En fin de visite, il demande où s'est
déroulé la première plongée dont il est fait état dans « Le
Monde du Silence » Le Commandant lui réponds que c'est à Bandol
et se propose de lui faire découvrir ce lieu historique.
Ne connaissant pas, moi-même l'endroit
exact, je lui demande si il m'est possible de les accompagner. Ce
qu'il accepte, bien vivement. Il ne fait pas très beau, un peu de
vent d'est et une ondée de temps en temps. Nous arrivons sur la
corniche après avoir dépassé Bandol, nous dirigeant vert l'île
Rousse et le quartier des Engraviers.
Nous arrêtons devant une petite crique.
Le Commandant ému, il est chacun le sait très sensible, reconnaît
les lieux et nous les fait découvrir. Je reconnais là une
photographie ancienne, dont je n'ai plus hélas que la photocopie.
Philippe Tailliez nous retrace brièvement le récit de cette première
plongée. On en trouve une relation détaillée dans « Le Monde du
Silence ».
C'est ici en Juin 1943, que ceux qui
allaient devenirs célèbres et « Mousquemers » utilisèrent
pour la première fois, en mer, le scaphandre autonome
Cousteau-Gagnan.
Le pacha me fait voir la maison où ils
habitaient, juste en face de l'autre côté de la route. Elle sert
maintenant, comme centre de repos pour l'organisme social d'une
administration.
Il me vient une idée et je me tourne
vers Philippe Tailliez :
Commandant, mais c'est un lieu
mythique, il serait bon de le conserver et surtout de le faire
connaître…en y mettant en place une plaque commémorative relatant ce
fait historique unique.
Gérard, tu as raison et je suis
tout à fait d'accord avec toi, fais cela.
Nous sommes repartis ce soir là, heureux
et moi, chargé d'une mission délicate. Effectivement, on ne pose pas
ainsi une plaque, sans autorisation, de qui, au fait ?
Comment ? Quelle forme allons nous lui donner ?
Je me rends compte que je me suis mis
sur les bras une rude affaire. Aussi, je pense que c'est un projet
qui doit être développé par l'association du Musée Frédéric Dumas
dont je suis le Vice Président. Je me tourne vers le Président, mon
ami Pierre Yves LE BIGOT, sur qui je peux compter. Et pour cause.
Nous nous entendons très bien. Chacun
apportant ses idées, nous les mettons en pratique en commun. Idées
dont la particularité est d'être au départ un peu folles..Une jeune
et jolie journaliste de la presse locale ne nous a-t-elle pas
baptisés, en première page, les « Fous de mer »
Aussi mon propos ne choque nullement
Pierre Yves.
Tu t'occupes de la partie
administrative, je fais le reste me dit-il.
Je suis maintenant tranquille.
L'efficacité de Pierre Yves n'est pas un vain mot.
Quelques jours après je suis dans le
bureau du Dr SUQUET, premier magistrat de la commune de Bandol, qui
vient de m'accorder un rendez vous.
C'est un monsieur très aimable, mais
aussi très sérieux. Il m'écoute develloper l'histoire de cette
naissance historique, et le projet que nous caressons.
Monsieur LORIDON, sachez tout
d'abord que pour tout ce qui touche au patrimoine de Bandol, ma
porte vous sera toujours ouverte…
Merci, Monsieur le Maire….je me dit
que ce préambule nous permet d'envisager une suite favorable.
Sachez aussi reprends-t-il, que je
connais bien Frédéric Dumas et qu'il m'arrivait de le rencontrer
très souvent dans le car qui nous emmenait à Toulon. Aussi, je vous
demande de me remettre un dossier avec descriptif complet, et le
montant des frais à engager. Je présenterais cela au prochain
Conseil municipal.
Quel plaisir de rencontrer et de
travailler avec des édiles aussi ouverts.
A la suite de quoi, je pris contact avec
le Cdt Cousteau qui nous donna un avis très favorable par une lettre
de son secrétariat, lui-même étant déjà malade.
Le commandant Tailliez, m'avait donné un
accord oral dès le départ, Il fut doublé par une carte disant :
« Cher Gérard LORIDON, comment ne pas applaudir, doyen que je
suis des Mousquemers, à votre idée d'apposer une plaque
commémorative, ce grand évènement auquel j'ai pris part, et exprimer
mes remerciements à Monsieur le Maire de Bandol. Certes, je serais
là, lors de la cérémonie, accompagné d'amis. Pour nous tous, ce sera
très émouvant »
Madame Jeanne Dumas me fit tenir une
lettre « où elle et ses deux filles se réjouissaient » de
cette heureuse initiative. Pendant ce temps là, Pierre Yves avait
rencontré un membre de notre association, Pierre Blanchard,
styliste, artiste, dessinateur. Pierre nous fit un croquis et une
maquette magnifique. La plaque, en bronze, fut coulée à Nice.
Le Dr SUQUET, Maire de Bandol, la fit
poser sur une stèle devant la mer. Une cérémonie émouvante eu lieu
le 26 Octobre 1997. Il y avait là 120 personnes dont Jean Michel
COUSTEAU venu spécialement des USA.
Le Maire de Bandol pris la parole et me
la transmis pour une courte évocation historique. Ensuite Jean
Michel COUSTEAU, nous dit sa joie, car il était présent lors de ces
essais. Le Commandant Tailliez, vu son âge était assis, ému. Il
s'est levé à mis la main dans sa poche et en a sorti son célèbre
bonnet rouge qu'il a coiffé au milieu des applaudissements. Je ne ma
rappelle plus très bien ses paroles, mais il était heureux
« d'être là, à nouveau, à côté de Jean Michel qu'il avait fait
plongé dans cet endroit il y avait plus de 50 années »
Ensuite la plaque recouverte du pavillon
français a été dévoilée, d'un bord par le Capitaine de Vaisseau
Philippe TAILLIEZ, de l'autre bord par Emmanuelle FAURE, 12 ans,
émue aux larmes, une jeune plongeuse, file d'un de mes amis,
plongeur lui-même.
Je l'avais choisi, voulant que deux
générations de passionnés du monde sous marins soient réunies ce
jour là.
Ce Monde du Silence, ce Merveilleux
Royaume dont le Commandant TAILLIEZ nous disait souvent, qu'il nous
l'avait offert pour des siècles et des siècles.
Plaque commémorative (Plage
de Barry, commune de Bandol)Photo Yves
Maucherat |