Archive pour Histoire de la plongée

Georges SERENON

Mon ami  « JOJO »

Par Gérard Loridon

Georges SERENON, ami du Cdt JY. COUSTEAU et de Frédéric DUMAS, connu sur le port de Sanary sous le diminutif de « JOJO, a débuté dans le monde sous-marin aux côtés de ces deux pionniers, ses amis très proches, et c’est en leur compagnie qu’il fit ses premières plongées.

De cette passion dont il fit sa vie, il faut retenir qu’il commença à Sanary chez Paul DUBOIS, fabricant du masque Squale. Jojo, pendant plusieurs années assura la promotion et la vente de ce matériel (toujours fabriqué de nos jours) dans des conditions quelquefois épiques…

Dans les années 50, il entra comme cadre commercial à la Spirotechnique dite « SPIRO », entreprise créée par l’Air Liquide pour commercialiser les inventions du Cdt Cousteau. C’est à cette époque, qu’il prit contact avec les premiers professionnels des travaux sous-marins.

Ces toutes nouvelles entreprises dont la Sogétram, n’étaient pas les meilleures affaires financières.

La Spiro n’en est pas morte, l’Air Liquide avait les reins solides ! Et c’est bien souvent notre ami Jojo Sérénon qui avait en charge ce type de problèmes, surtout quand la Sogétram s’étant développée, des plongeurs issus de ses rangs fondèrent d’autres entreprises. Jojo faisait le tour de ces créanciers pour qui, il faut le reconnaître, il avait beaucoup d’amitié, ce qui n’arrangeait pas les choses. Dont la SUBA, siégeant à Sanary, pas loin de chez Jojo, qui s’entendit répondre un jour ou, poussé dans ses derniers retranchements par sa direction, il avait « osé » venir présenter des factures datant de plus de six mois :  » vous comprenez, Jojo, nous préférons avoir un découvert à la Spirotechnique qu’à notre banque, cela nous coûte moins cher… »

Il était néanmoins, un professionnel sérieux et reconnu, puisque la Spiro lui confia la création du CIP Bendor, en 1960, qui va être en fait le premier organisme de formation important dans le domaine de la plongée de Loisirs, de la plongée Professionnelle, et des plongeurs de l’administration. On y verra tous les stages de sapeurs pompiers, de gendarmes, de CRS, et bien d’autres. Stages de hauts niveaux sous les ordres du chef de centre Claude Arzillier, et de son fidèle moniteur Jacques Burnier, issu comme chacun sait de la Sogétram.

Quittant la Spiro, Jojo va prendre les rênes de la FIFAS (Fédération Internationale des Fabricants d’Articles de Sports)

Prenant sa retraite, il devint, à Sanary, l’un des membres fondateurs de l’association du Musée Frédéric Dumas, et son Vice Président d’Honneur. Il offrira au dit Musée, toute sa collection d’anciens matériels de plongée, dont certaines pièces chargées d’histoire. JOJO, nous a quittés en 2000 ; il a rejoint là-haut, ses amis Cousteau, Dumas et bien d’autres pionniers, avec qui il doit évoquer ses premières plongées au Rouveau et à la Clapassude.

Jojo, à gauche avec son mérou

Paul DUBOIS, l’Homme au Masque… SQUALE

Paul DUBOIS, l’Homme au Masque… SQUALE
(par Gérard LORIDON)

Paul DUBOIS, que rien ne prédestinait à devenir un inventeur original et prestigieux, naît à Paris le 16 juin 1899, et j’ai pourtant l’impression qu’il est toujours parmi nous, sur le port de Sanary.

Tout d’abord, chef comptable aux halles de Baltar, il devient dans les années 30 représentant aux Chocolats SUCHARD. Il s’y serait distingué en inventant déjà, un certain modèle de tablette de ce délicieux produit. Il y rencontre son épouse Jeanine, qui va tenir une grande place dans ses aventures. Ils convolent tous deux, en justes noces le 9 novembre 1934.

Ils auraient pu être ainsi heureux, dans ce monde de distribution d’un produit exotique célèbre… Encore que Paul, dont le dynamisme n’était pas le moindre de ses défauts, pensait déjà à d’autres horizons plus cléments. D’après sa femme Jeanine, il était un bon vendeur et pensait à obtenir auprès de sa direction la représentation sur la Côte d’Azur.

C’est la guerre en 1939 qui va précipiter son avenir.

Militaire en 1940, dans un COAA (Centre d’organisation des archives de l’Armée ?) à Melun, il obtient la mission d’aller mettre à l’abri des dossiers importants à Marseille. On lui fournit une camionnette, des bons d’essence et il embarque trois militaires, un journaliste, un imprimeur et… son épouse, la charmante Jeanine. Il pressent que le retour sera difficile et sans doute impossible. Et surtout il se rapproche de la Méditerranée…. Il se fait démobiliser sur place et s’installe à Sanary (Var) dans une villa louée au chef de gare, rue Lazare Fournier, dite « villa Sam »Suffit » (elle existe toujours).

Mais que faire en 1940, période de défaite où commencent les restrictions.

Dans l’esprit de Paul Dubois et ainsi qu’il le confiait à sa femme, il fallait toujours être prêt à fournir ce dont on manquait et dont on avait le plus besoin.
Alors, il invente un savon après avoir lu quelques livres et consulté un ami chimiste.

Il investit toutes les économies du ménage dans l’achat d’une tonne de terre à foulon, venant du Maroc.

Il en fera un produit de toilette en sachet baptisé « Poudre SAVAR », que sa femme vendra sur les marchés où elle se rend en charrette à cheval. Perfectionnant son produit, il en fera des savonnettes appelées « Savonnettes SAVOR ».

Nous sommes loin de la plongée, nous allons y arriver.

Pendant la guerre, Frédéric Dumas, le célèbre pionnier du monde sous-marin, compagnon de Cousteau et Tailliez, qu’il vient de rencontrer, se livre aux joies de la pêche sous-marine, dans un but alimentaire, en ces périodes de disette.
Jeanine DUBOIS, qui se rend souvent à la plage, remarque ce beau plongeur et en parle à son mari.

Toujours dans l’idée de fournir des produits nouveaux, Paul Dubois, rencontre Frédéric Dumas et se fait montrer son matériel. Parmi les différentes pièces de celui-ci, il remarque son masque.

Il s’agit d’un masque englobant le nez et les yeux, très semblable à ceux qui sont utilisés actuellement. Frédéric DUMAS, très habile de ses mains l’a construit lui-même dans une chambre à air de camion, et il y a fixé une vitre ronde et un cerclage, toujours de sa fabrication. Ce masque est visible au Musée de la Plongée à Sanary, musée dédié à Frédéric DUMAS.

Paul DUBOIS va créer et mettre au point un célèbre masque de plongée, qu’il baptisera Masque SQUALE et dont il déposera le Brevet, à l’Office Blétry, à Paris le 19 décembre 1944, à 14 H 05 Mn. (voir dudit brevet).

Paul va lancer la fabrication de ce masque, dans un atelier à côté de sa villa, dans le quartier de la gare de Sanary. Il en produira plusieurs modèles qu’il va améliorer (voir photos jointes) pour en arriver au type actuel.

Devenant une sommité dans ce domaine, il exposera son matériel, au Salon Nautique où l’on peut le voir à côté d’un ministre.

Il ne va pas s’arrêter au masque Squale, il va aussi mettre au point et fabriquer des fusils sous-marins, des palmes, des lunettes, des tubas avec la boule de Ping-pong.

Pour diffuser et fabriquer ses différents produits Paul Dubois va créer le 12 Janvier 1950, la Sarl. « SEESSA » dont le but est surtout «la vente et la fabrication d’articles pour l’exploration sous-marine et pour tous les sports aquatiques… »

Il est l’ami de Cousteau, DUMAS, Tailliez.

Le commandant COUSTEAU cite dans le « Monde du Silence » éditions de 1954, page 39 : « Pendant l’été, l’ami DUBOIS va de plage en plage, avec sa camionnette, donnant, aux premiers venus des leçons de plongée en scaphandre autonome… »

Effectivement, l’esprit fertile de Paul va continuer à produire des Inventions, et quelles inventions.

Il commence en tentant de perfectionner le masque SQUALE, qui n’en a pas besoin et essaye de mettre au point un masque à vitre courbe, qui nous faisait loucher et produisait des hauts le cœur, digne du meilleur mal de mer sous-marin. Il nous fit essayer ensuite un masque en glace orée, qui nous faisait voir la vie en rose et qui était hors de prix. Vinrent les palmes, dont le plus bel exemple fut les Supermarines, d’une finition parfaite, elles étaient parmi les premières à avoir la gauche et la droite.

Il avait aussi produit, dans ses débuts un masque « Cygne » baptisé ainsi, parce que comportant un tuba gracieux qui… catastrophe… était branché sur le masque (photo jointe). Même avec la classique balle de Ping-pong, vous étiez sûr d’avoir les yeux arrachés passés 2 mètres. Il en dépose le brevet le 12 mars 1962, toujours à l’office Blétry, sous le titre « perfectionnement aux masques respiratoires périscopiques »

Il mettra au point des fusils sous-marins, les modèles Flash, à crosse en Inox et fut en bois. Précurseur de la parité féminine, on y trouvera des modèles « Miss Flash et Lady Flash »

Il sera aussi le premier à produire des cartes postales sous-marines aux éditions Aris à Sanary. Les vues sous-marines, très belles, même encore actuellement, avaient été réalisées par Robert DIOT, un autre pionnier, dans la photographie.
Il va quitter son atelier et faire construire un immeuble qu’il appellera l’immeuble SQUALE, où il va installer ses ateliers et ses bureaux, car la production de ses produits augmente de belle manière. Le masque Squale équipe la planète entière, la Marine Nationale. Nous conserverons longtemps le souvenir de l’anecdote suivante. Paul DUBOIS était un personnage haut en couleur et lorsqu’il recevait un chèque important des USA, fruit de ses ventes, on pouvait le rencontrer, le soir sur le port de Sanary dans les bars, où il entrait en brandissant le chèque en dollars et criant, de sa voix de ténor :
– « Tournée générale pour tout le monde »

Paul avait une âme généreuse, il m’a souvent croisé, dans les premières années 60, époque où, avec deux autres plongeurs, nous venions d’installer une entreprise de travaux s / m. Nos clients étaient rares, et il nous arrivait d’être quelquefois dans une situation affamée. Alors Paul, qui s’en rendait compte, sans que l’on le lui dise, nous glissait un billet de 100 Fr avec lequel nous nous précipitions chez Mimile à La Chaumière pour commander une bassine de spaghettis.

Il a fait mieux, ou pire pour la suite de ses affaires :
Quatre solides gaillards avaient quitté St-Malo en Juillet 1954, pour faire le tour du monde de la pêche sous-marine, à bord d’un voilier de dix mètres le « MOANA »
Passons sur les aventures de ces personnages picaresques qui se terminèrent trois années plus tard lors leur retour à St. Tropez. Ils produisirent un film et écrivirent un livre de deux tomes. Qu’allait devenir le Moana ? Qu’ils n’avaient plus les moyens d’entretenir, leurs aventures ne les ayant pas transformés en millionnaire.
Paul DUBOIS rachète le Moana et le fait venir, sur une remorque, à Sanary, en liesse au cours d’une fête qu’il organise. Il sauve ainsi ce bateau mythique, qui se trouve actuellement, en très bon état dans un port de la Côte d’Azur.

Mais, cruellement, le monde des affaires évoluant, il n’y avait plus la place, pour Paul qui voulait faire partager sa joie de vivre et sa réussite, car a trop partagé…
Le Masque SQUALE a continué à vivre, il est toujours en fabrication.

Paul DUBOIS lui s’est éteint le 19 Mars 1971. Il repose au cimetière de Sanary, où l’on peut voir, sur sa tombe, sa photo aux côtés de son chien.

Plage de Barry à Bandol

 

Plage de Barry, à Bandol, Juin 1943…Octobre 1997…
Par Gérard Loridon (reproduit avec autorisation)
http://www.philippe.tailliez.net/

Un matin de Janvier 1997, le commandant Tailliez, me téléphone et me demande d’ouvrir le Musée Frédéric DUMAS, dans l’après midi. Il reçoit un professeur, sommité universitaire de Roumanie. Toujours content de passer un moment avec celui qui fut mon Pacha et qui est devenu mon ami, je lui donne volontiers mon accord.

Nous nous retrouvons dans la Tour Romane et je décris, les pièces historiques de nos collections au visiteur. Le Commandant insiste sur celles, nombreuses, qui lui rappellent des souvenirs particuliers. Ce professeur roumain, qui comprend et parle très bien le français, est enthousiasmé et nous pose de nombreuses questions.

 

En fin de visite, il demande où s’est déroulé la première plongée dont il est fait état dans « Le Monde du Silence » Le Commandant lui réponds que c’est à Bandol et se propose de lui faire découvrir ce lieu historique.

Ne connaissant pas, moi-même l’endroit exact, je lui demande si il m’est possible de les accompagner. Ce qu’il accepte, bien vivement. Il ne fait pas très beau, un peu de vent d’est et une ondée de temps en temps. Nous arrivons sur la corniche après avoir dépassé Bandol, nous dirigeant vert l’île Rousse et le quartier des Engraviers.

Nous arrêtons devant une petite crique. Le Commandant ému, il est chacun le sait très sensible, reconnaît les lieux et nous les fait découvrir. Je reconnais là une photographie ancienne, dont je n’ai plus hélas que la photocopie. Philippe Tailliez nous retrace brièvement le récit de cette première plongée. On en trouve une relation détaillée dans « Le Monde du Silence ».

C’est ici en Juin 1943, que ceux qui allaient devenirs célèbres et « Mousquemers » utilisèrent pour la première fois, en mer, le scaphandre autonome Cousteau-Gagnan.

Le pacha me fait voir la maison où ils habitaient, juste en face de l’autre côté de la route. Elle sert maintenant, comme centre de repos pour l’organisme social d’une administration.

Il me vient une idée et je me tourne vers Philippe Tailliez :
-  Commandant, mais c’est un lieu mythique, il serait bon de le conserver et surtout de le faire connaître…en y mettant en place une plaque commémorative relatant ce fait historique unique.
-  Gérard, tu as raison et je suis tout à fait d’accord avec toi, fais cela.

Nous sommes repartis ce soir là, heureux et moi, chargé d’une mission délicate. Effectivement, on ne pose pas ainsi une plaque, sans autorisation, de qui, au fait ? Comment ? Quelle forme allons nous lui donner ?

Je me rends compte que je me suis mis sur les bras une rude affaire. Aussi, je pense que c’est un projet qui doit être développé par l’association du Musée Frédéric Dumas dont je suis le Vice Président. Je me tourne vers le Président, mon ami Pierre Yves LE BIGOT, sur qui je peux compter. Et pour cause.

Nous nous entendons très bien. Chacun apportant ses idées, nous les mettons en pratique en commun. Idées dont la particularité est d’être au départ un peu folles..Une jeune et jolie journaliste de la presse locale ne nous a-t-elle pas baptisés, en première page, les « Fous de mer »

Aussi mon propos ne choque nullement Pierre Yves.
-  Tu t’occupes de la partie administrative, je fais le reste me dit-il.
-  Je suis maintenant tranquille. L’efficacité de Pierre Yves n’est pas un vain mot.

Quelques jours après je suis dans le bureau du Dr SUQUET, premier magistrat de la commune de Bandol, qui vient de m’accorder un rendez vous.

C’est un monsieur très aimable, mais aussi très sérieux. Il m’écoute develloper l’histoire de cette naissance historique, et le projet que nous caressons.
Monsieur LORIDON, sachez tout d’abord que pour tout ce qui touche au patrimoine de Bandol, ma porte vous sera toujours ouverte…
Merci, Monsieur le Maire….je me dit que ce préambule nous permet d’envisager une suite favorable.
Sachez aussi reprends-t-il, que je connais bien Frédéric Dumas et qu’il m’arrivait de le rencontrer très souvent dans le car qui nous emmenait à Toulon. Aussi, je vous demande de me remettre un dossier avec descriptif complet, et le montant des frais à engager. Je présenterais cela au prochain Conseil municipal.

Quel plaisir de rencontrer et de travailler avec des édiles aussi ouverts.

A la suite de quoi, je pris contact avec le Cdt Cousteau qui nous donna un avis très favorable par une lettre de son secrétariat, lui-même étant déjà malade.

Le commandant Tailliez, m’avait donné un accord oral dès le départ, Il fut doublé par une carte disant : « Cher Gérard LORIDON, comment ne pas applaudir, doyen que je suis des Mousquemers, à votre idée d’apposer une plaque commémorative, ce grand évènement auquel j’ai pris part, et exprimer mes remerciements à Monsieur le Maire de Bandol. Certes, je serais là, lors de la cérémonie, accompagné d’amis. Pour nous tous, ce sera très émouvant »

Madame Jeanne Dumas me fit tenir une lettre « où elle et ses deux filles se réjouissaient » de cette heureuse initiative. Pendant ce temps là, Pierre Yves avait rencontré un membre de notre association, Pierre Blanchard, styliste, artiste, dessinateur. Pierre nous fit un croquis et une maquette magnifique. La plaque, en bronze, fut coulée à Nice.

Le Dr SUQUET, Maire de Bandol, la fit poser sur une stèle devant la mer. Une cérémonie émouvante eu lieu le 26 Octobre 1997. Il y avait là 120 personnes dont Jean Michel COUSTEAU venu spécialement des USA.

Le Maire de Bandol pris la parole et me la transmis pour une courte évocation historique. Ensuite Jean Michel COUSTEAU, nous dit sa joie, car il était présent lors de ces essais. Le Commandant Tailliez, vu son âge était assis, ému. Il s’est levé à mis la main dans sa poche et en a sorti son célèbre bonnet rouge qu’il a coiffé au milieu des applaudissements. Je ne ma rappelle plus très bien ses paroles, mais il était heureux « d’être là, à nouveau, à côté de Jean Michel qu’il avait fait plongé dans cet endroit il y avait plus de 50 années »

Ensuite la plaque recouverte du pavillon français a été dévoilée, d’un bord par le Capitaine de Vaisseau Philippe TAILLIEZ, de l’autre bord par Emmanuelle FAURE, 12 ans, émue aux larmes, une jeune plongeuse, file d’un de mes amis, plongeur lui-même.

Je l’avais choisi, voulant que deux générations de passionnés du monde sous marins soient réunies ce jour là.

Ce Monde du Silence, ce Merveilleux Royaume dont le Commandant TAILLIEZ nous disait souvent, qu’il nous l’avait offert pour des siècles et des siècles.


Plaque commémorative (Plage de Barry, commune de Bandol)
Photo Yves Maucherat

Mon ami, Yves MAUCHERAT, membre du Musée lui aussi, effectuât tout le reportage photographique. Il possède maintenant une belle collection d’images de cette journée mémorable. Il n’allait d’ailleurs pas tarder à faire parler de lui, en prenant en charge l’association, que nous lui avons confiée après deux mandats de trois années.

L’association du Musée Frédéric DUMAS a posé, sous la Présidence de Yves MAUCHERAT, une seconde plaque au Brusc, commémorant le premier film « Par 18 mètres de fond » tourné en 1942/43, par les Mousquemers. Philippe TAILLEZ y figure, à côté de ses deux amis.

Gérard LORIDON. Vice président Honoraire de l’Association du Musée Frédéric DUMAS.

Le restaurant des plongeurs

A SANARY… Chez VICTOR, au Provençal…le Restaurant des plongeurs
Par Gérard Loridon

J’assistais, en Mars dernier, au vernissage de l’exposition sur le Corail, manifestation  » Art Bleu  » organisé par le Musée Frédéric DUMAS. Monsieur le Dr Ferdinand BERNHARD, Maire et Conseiller général, cita au cours d’une courte allocution  » …SANARY, le berceau de la Plongée..  » Cette reconnaissance, en ces termes, par celui qui nous a offert la Tour Romane et nous a fournit une aide importante pour y implanter le Musée de la Plongée dédié à Frédéric DUMAS est une véritable consécration pour Sanary. Surtout, au vu des nombreux pionniers qui y ont vécu et qui ont largement participé à l’éclosion de cette activité sportive et industrielle, qui fut pour nous aussi, une véritable passion. Je citerais très vite et donc tout d’abord Frédéric DUMAS qui vécu à Portissol.

Ensuite le Cdt Cousteau qui possédait une villa, et son ami Georges SERENON, le fondateur du CIP Bendor. Enfin, Paul DUBOIS, qui mit au point le Masque Squale toujours en fabrication et vendu dans le monde entier.Paul Dubois, personnage haut en couleurs, était connu de tous les Sanaryens, au même titre que Frédéric Dumas qu’ils appellaient Didi. Et aussi Jojo SERENON…. Paul DUBOIS avait commencé par habiter rue Nazaire Fournier dans une villa qu’il avait loué nommée  » Sam’suffit  » et qui existe toujours. Jojo SERENON, quartier du Rosaire ou sa maison porte le nom d’un îlot des Embiez,  » La Clapassude  » et le Cdt Cousteau dont son fils Jean Michel a pris la suite, à la Villa  » Baobab  » … Rappelant ainsi son essentielle histoire sous marine, notre ville possède donc plusieurs lieux de souvenirs subaquatiques, dus à ces personnages célèbres. Mais il est aussi, un haut lieu de la convivialité subaquatique que l’on ne peut oublier et que j’aimerais donc rappeler ici.

J’ai découvert Sanary en 1954, alors que je remplissais mes obligations militaires au GERS, dans la Marine Nationale, où j’étais matelot et……surtout plongeur. Avec plusieurs de mes amis, dans la même situation, nous y venions souvent, attirés par des fonds sous-marins encore peu explorés. La solde du Matelot recruté de l’époque, était modique et ne nous aurait pas permis de pratiquer notre sport favori, la Chasse s/m, si, il n’y avait été adjoint des primes de plongée substantielles. Malgré cela, nous ne nous livrions pas à de folles dépenses et après avoir fait le tour du port, cherchant un restaurant prometteur et modique, nous avons découvert le Provençal, après une étude comparative correspondant à nos faibles moyens…mais à nos gros appétits. Nous avions 20 ans et après une partie de pêche sous-marine à La Cride, dans une eau fraîche, peu protégés par les vêtements en caoutchouc mousse de l’époque, nous aurions comme me le disait mon ami Enzo  » manger un aïne et caguer les fers…  » excuser les termes réalistes, mais il me faut conserver l’image du moment. Le Provençal avait, en plus d’un menu sain et abondant une présentation fidèle de la cuisine familiale, qu’il a toujours conservé d’ailleurs.

Pour le repas qui a suivit…il faut que je vous explique.

Le Provençal était tenu par Victor Ranuccison épouse Régine et sa sœur Mado. Evidemment les plats étaient copieux, le vin en pichet conséquent et débattant de nos exploits subaquatiques du matin, nos assiettes se vidaient normalement. Victor, enchanté de voir cette bande de copains, faire honneur à sa cuisine, doublait et triplait le plat de frites, le pain, le pichet, les fromages au fur et à mesure de l’engloutissement recommandant à Mado  » …il faut les nourrir comme il faut, ils ont plongé toute la matinée…  » Et ce, bien sur, sans aucune majoration tarifaire. Le pli était pris et l’adresse communiquée aux autres amis plongeurs  » ..Le Provençal, à Sanary, sur le port,…le patron, un mec sympa, qui nous comprend, et la bouff’…attention, comme à la maison.  » Très rapidement, avec Victor, nous sommes devenus des amis, il ne pouvait en être autrement.

Et cela fut vite compris par les hordes de plongeurs, bruyants quelquefois, affamées toujours, et en fin de compte heureux, de se retrouver aussi souvent que possible ; autour d’une table qu’ils avaient finit par considérée comme étant la leur. En ½ siècle de fréquentation du Provençal, pas moins, nous y avons convié, tous les plongeurs du GERS, tous ceux de mon entreprise, car il ‘était plus facile de nourrir mes scaphandriers chez Victor que dans ce que l’on appelle un  » restaurant d’entreprise « . Nous nous y sommes retrouvés au cours des soirées mémorables du Ski-club et du Club de ski Nautique, dont le président Jeannot Nevière n’était pas le dernier à y créer une ambiance plus que conviviale.

Et cela a continué avec les visiteurs et membres de l’association du musée Frédéric DUMAS et par la suite les grandes tablées de l’archéologie subaquatique de l’Ouest varois, tablées hautement patronnées par l’ami Pierre Chazal et Didier Martina-Fieschi. On y a vu quelques vieux Scaphs’, BURNIER, GALERNE venant des USA. Maintenant la nouvelle équipe du Musée, Yves, Jean Marie, Henri…. Victor, Régine , Mado, ont pris leur retraite, mais la suite est assurée par Marc le fils de Victor et sa charmante épouse Valérie. Normal, Marc, c’est un plongeur !

L’autre soir, donc, sortant de ce vernissage, conservant la tradition, nous étions attablés avec mon épouse  » Chez Victor  » quand nous avons vu arriver deux couples de nos amis. Jean et Danièle BRONDI, accompagnés de Robert et Nicole Jacquet. Jeannot comme nous l’appelons tous, quand il s’est mis à la plongée n’a pas fait les choses à moitié et a franchi toutes les limites de la profondeur en moins d’un mois. Je me souviens, l’ayant rencontré un jour sur le port, rentrant de mer, et lui avoir demandé comme on le fait d’ordinaire  » …alors Jeannot, la plongée tu en est où ?…  » La réponse fut simple  » pas de problèmes me dit-il, quand je vois un coin qui me plait, je mouille l’ancre et je descends jusqu’au fond…  » Je crois savoir que 70/80 mètres, ce n’était pas pour l’effrayer, avec notre ami Marc DUPLAN un autre  » Fou de Mer  » Robert lui c’est plutôt un voileux, il n’est jamais aussi heureux que lorsque sous toute la toile, il rentre du Rouveau, par un bon mistral de travers de 30/40 nœuds Et la plongée, en bouteilles il appréciait. Aussi en apnée pour se faire un bon sac d’oursins, les dimanches matins d’hiver, qu’il fait déguster à ses amis, devant sa maison de l’Huide, accompagnés d’un rosé nécessaire et bienvenu. Ce soir là, nous en avons évoqué des souvenirs, trop long à raconter ici… ChezVICTOR, maintenant chez MARC, c’est toujours la table des Plongeurs et des Scaphandriers, la seule d’autant plus que, à une époque lointaine, des promoteurs novateurs avaient proposé la construction d’un restaurant sous-marin…. Inutile le Monde du Silence, le Grand Bleu, Victor les a tous invités à la table du Provençal, il y a 48 ans !

Frédéric DUMAS

Frédéric DUMAS
Par P.-Y. Le Bigot (reproduit avec autorisation)

UN PIONNIER SURDOUE

Pionnier de la plongée en scaphandre autonome, du cinéma sous-marin et de l’archéologie sous-marine, Frédéric Dumas fut avant la deuxième guerre, un chasseur sous-marin qui forçait l’admiration et dont la réputation était connue de Marseille à Nice.

En 1938, au cours d’une partie de pêche, il fait la connaissance de Philippe Tailliez, puis de Jacques-Yves Cousteau. Ainsi va naître l’équipe qui sera à l’origine du développement de la plongée autonome.

Frédéric Dumas naît le 14 janvier 1913 à Albi. Dès l’âge de six ans, sa santé fragile oblige ses parents à venir s’installer au bord de la mer à Sanary. Là, dans la baie de Portissol, il découvre avec ses deux frères les joies procurées par la Méditerranée, la natation puis la chasse sous-marine à partir de 1936 (il a alors 23 ans) grâce à un touriste canadien qui fréquente régulièrement la plage de Portissol, Lemoigne.

L’objet qui va déclencher l’intérêt de Frédéric pour le monde sous-marin va être une paire de lunettes binoculaires Fernez : grâce à elles il va découvrir que là où il se baigne régulièrement évoluent « des poissons gros comme des assiettes ». Avec Lemoigne, Didi transforme un lance-pierres en arme de chasse sous-marine, les tringles à rideau remplacent les pierres ; si le résultat est médiocre, il permet tout de même de tuer quelques poissons (principalement des saupes et des sars).

DE LA CHASSE AU CINEMA

Frédéric va sans cesse améliorer son équipement de chasse, les lunettes font place à un masque monohublot tiré d’une chambre à air de voiture, le lance-pierres évolue vers une arbalète en bois redoutable, les prises ne sont plus des saupes mais des loups, des mérous, des liches. Didi n’acquerra ses premières palmes de caoutchouc, des « de Corlieu » qu’en 1938, grâce aux conseils de Philippe Tailliez. C’est cette même année, au cours d’une partie de chasse sous-marine aux îles des Embiez, qu’il fait la connaissance de Phlippe. A la suite de cette rencontre puis de celle avec Jacques-Yves Cousteau, va naître l’équipe qui sera à l’origine du développement de la plongée autonome. Les parties de chasse avec Tailliez et Cousteau seront interrompues par la guerre, Frédéric part comme caporal muletier dans les Alpes, les deux officiers de marine rejoignent chacun leur navire. Quelques mois plus tard la débâcle de l’armée française a pour effet de renvoyer un grand nombre de militaires chez eux ou dans leurs casernements. Dumas, Tailliez et Cousteau sont du nombre : un à Bandol, l’autre dans le Massif Central, le troisième à Toulon.

Le trio se reforme toutefois en 42, les activités sous-marines reprennent. Cousteau a alors une passion et une idée fixe : sa passion c’est le cinéma et la photographie sous-marine ; l’idée fixe c’est de disposer d’un équipement qui lui permette d’évoluer librement sous les eaux. Il va entraîner Dumas et Tailliez dans ces deux aventures, les exploits cynégétiques de Didi serviront de sujet au premier film de Cousteau Par dix-huit mè tres de fond. En 1943 dès que Cousteau reçoit le scaphandre autonome que lui fait parvenir Emile Gagnan et qui deviendra célèbre sous le nom de « scaphandre Cousteau Gagnan », Frédéric Dumas le plus aquatique des trois, est de toutes les parties de la plongée. « Dumas, c’était le dieu de l’eau, il y faisait ce qu’aucun d’entre nous n’était capable de faire, non par sensibilité, mais par nature, par philosophie. Il jouait avec elle… ». C’est lui que Cousteau choisira une nouvelle fois comme « acteur » lorsqu’il tournera son deuxième film, Epaves, le premier montrant le nouveau scaphandre autonome.

UNE EXPERIENCE INEGALABLE

A la fin de la guerre, Cousteau et Tailliez armés du film « Epaves » vont plaider auprès des autorités maritimes, la cause de la création au sein de la Marine Nationale d’une unité de plongeurs autonomes. Le besoin en plongeurs à la fin de la guerre étrant évident (déminage, reconnaissance d’épaves) ils obtiennent gain de cause et le Groupe de Recherches Sous-Marines (GRS) est créé. Philippe Tailliez en prend le commandement. Dès le 1er mai 1945, Frédéric Dumas intègre le groupe en qualité de collaborateur scientifique (il deviendra agent contractuel en janvier 1947) il y restera 20 ans et participera de façon très active à la naissance et au développement de la plongée autonome et de ses applications. Son sens du milieu sous-marin et son génie du bricolage nous donneront parmi des dizaines d’inventions le célèbre sanglage qui porte son nom (deux sangles + la sous-cutale) et qui n’a été supplanté que par l’apparition du gilet de stabilisation. Il sera un des principaux acteurs du sauvetage du bathyscaphe du Professeur Piccard, le FNRS II lors de l’expédition de 1949 à Dakar. Grâce à ce sauvetage, la Marine Française pourra réutiliser la sphère du bathyscaphe pour réaliser le FNRS III.

A partir de 1951, Frédéric Dumas bien qu’étant toujours sous contrat avec l’armement de la Calypso en tant que chef de plongée et parfois comme chef de mission. C’est l’époque où arrivent à bord des plongeurs qui constitueront la plus fameuse équipe de plongeurs de l’histoire de la plongée autonome. Falco, Laban, Wesly, Klentzy, Goiran seront quelques-uns de ceux là.

En 1953, Frédéric Dumas cosigne avec Cousteau l’ouvrage de plongée le plus connu dans le monde, Le Monde du Silence, le récit des premières aventures sous-marines du trio Cousteau, Tailliez, Dumas.

En 1955, commence le tournage du film Le Monde du Silence ; Frédéric Dumas y est omniprésent, une des plus belles séquences est le ballet qu’il exécute avec Jojo le mérou.

Quand il n’est pas sur Calypso, Frédéric est au GERS où la Marine développe de nouveaux équipements et mène à bien de nombreuses recherches sur la physiologie humaine en plongée. Sa participation au développement des activités de plongée au sein du GERS lui valent de se voir attribuer en 1959 la médaille d’argent de la Défense Nationale.

UN PASSIONNE D’ARCHEOLOGIE SOUS-MARINE

Que ce soit avec le GERS, à bord de Calypso ou au sein des instances fédérales (Ffessm) et internationales (Cmas) de la plongée sous-marine, Didi se passionne pour l’archéologie sous-marine que le scaphandre autonome a fait entrer dans une nouvelle dimension. L’épave de Mahdia en Tunisie, du Grand Congloué près de Marseille, de Gelidonya en Turquie, des sites précolombiens en Amérique du Sud seront, entre autres, ses bancs d’essai pour la mise au point de nouvelles techniques de recherches et de travail en archéologie sous-marine. Il collaborera notamment avec Georges Bass (USA) et Miss Honor Frost (Grande-Bretagne). Pendant de nombreuses années, Frédéric Dumas sera d’ailleurs président de la commission archéologie de la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (Cmas) et de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins (Ffessm). Maurice Herzog, le célèbre alpiniste, Haut Commissaire à la Jeunesse et aux sports, le nomme Chevalier de l’Ordre du Mérite Sportif en 1960.

Au sein du GERS, Frédéric Dumas conserve auprès des jeunes plongeurs son statut de pionnier avec l’aura qui l’accompagne. Par contre certains officiers et médecins sont moins enthousiasmes. Les avancées significatives sont maintenant dues aux physiologistes, aux ingénieurs des sociétés qui travaillent avec le GERS en vue de concrétiser les idées qui en fusent et non plus aux bricoleurs géniaux et aux plongeurs instinctifs comme Dumas. La Marine, argumentant sur son âge et des restrictions budgétaires, met fin au contrat qui la liait à Frédéric Dumas en juin 1965 (il a alors 52 ans).

Didi se retire dès lors dans sa maison de Portissol à Sanary. Il va mettre à profit ce changement de rythme pour se consacrer à la rédaction d’ouvrages d’archéologie sous-marine et de souvenirs. De 1946 à 1980, ce ne seront pas moins de onze ouvrages qu’il signera ou cosignera depuis Par dix-huit mètres de fond jusqu’à La mer antique.

Frédéric Dumas décède le 26 juillet 1991 à l’hôpital Saint-Louis de Toulon à l’âge de 78 ans. Ses cendres ont été déposées dans le cimetière familial de Lédignan (Gard), village d’origine de son père.

P.-Y. Le Bigot