Paul DUBOIS, l’Homme au Masque… SQUALE

Paul DUBOIS, l’Homme au Masque… SQUALE
(par Gérard LORIDON)

Paul DUBOIS, que rien ne prédestinait à devenir un inventeur original et prestigieux, naît à Paris le 16 juin 1899, et j’ai pourtant l’impression qu’il est toujours parmi nous, sur le port de Sanary.

Tout d’abord, chef comptable aux halles de Baltar, il devient dans les années 30 représentant aux Chocolats SUCHARD. Il s’y serait distingué en inventant déjà, un certain modèle de tablette de ce délicieux produit. Il y rencontre son épouse Jeanine, qui va tenir une grande place dans ses aventures. Ils convolent tous deux, en justes noces le 9 novembre 1934.

Ils auraient pu être ainsi heureux, dans ce monde de distribution d’un produit exotique célèbre… Encore que Paul, dont le dynamisme n’était pas le moindre de ses défauts, pensait déjà à d’autres horizons plus cléments. D’après sa femme Jeanine, il était un bon vendeur et pensait à obtenir auprès de sa direction la représentation sur la Côte d’Azur.

C’est la guerre en 1939 qui va précipiter son avenir.

Militaire en 1940, dans un COAA (Centre d’organisation des archives de l’Armée ?) à Melun, il obtient la mission d’aller mettre à l’abri des dossiers importants à Marseille. On lui fournit une camionnette, des bons d’essence et il embarque trois militaires, un journaliste, un imprimeur et… son épouse, la charmante Jeanine. Il pressent que le retour sera difficile et sans doute impossible. Et surtout il se rapproche de la Méditerranée…. Il se fait démobiliser sur place et s’installe à Sanary (Var) dans une villa louée au chef de gare, rue Lazare Fournier, dite « villa Sam »Suffit » (elle existe toujours).

Mais que faire en 1940, période de défaite où commencent les restrictions.

Dans l’esprit de Paul Dubois et ainsi qu’il le confiait à sa femme, il fallait toujours être prêt à fournir ce dont on manquait et dont on avait le plus besoin.
Alors, il invente un savon après avoir lu quelques livres et consulté un ami chimiste.

Il investit toutes les économies du ménage dans l’achat d’une tonne de terre à foulon, venant du Maroc.

Il en fera un produit de toilette en sachet baptisé « Poudre SAVAR », que sa femme vendra sur les marchés où elle se rend en charrette à cheval. Perfectionnant son produit, il en fera des savonnettes appelées « Savonnettes SAVOR ».

Nous sommes loin de la plongée, nous allons y arriver.

Pendant la guerre, Frédéric Dumas, le célèbre pionnier du monde sous-marin, compagnon de Cousteau et Tailliez, qu’il vient de rencontrer, se livre aux joies de la pêche sous-marine, dans un but alimentaire, en ces périodes de disette.
Jeanine DUBOIS, qui se rend souvent à la plage, remarque ce beau plongeur et en parle à son mari.

Toujours dans l’idée de fournir des produits nouveaux, Paul Dubois, rencontre Frédéric Dumas et se fait montrer son matériel. Parmi les différentes pièces de celui-ci, il remarque son masque.

Il s’agit d’un masque englobant le nez et les yeux, très semblable à ceux qui sont utilisés actuellement. Frédéric DUMAS, très habile de ses mains l’a construit lui-même dans une chambre à air de camion, et il y a fixé une vitre ronde et un cerclage, toujours de sa fabrication. Ce masque est visible au Musée de la Plongée à Sanary, musée dédié à Frédéric DUMAS.

Paul DUBOIS va créer et mettre au point un célèbre masque de plongée, qu’il baptisera Masque SQUALE et dont il déposera le Brevet, à l’Office Blétry, à Paris le 19 décembre 1944, à 14 H 05 Mn. (voir dudit brevet).

Paul va lancer la fabrication de ce masque, dans un atelier à côté de sa villa, dans le quartier de la gare de Sanary. Il en produira plusieurs modèles qu’il va améliorer (voir photos jointes) pour en arriver au type actuel.

Devenant une sommité dans ce domaine, il exposera son matériel, au Salon Nautique où l’on peut le voir à côté d’un ministre.

Il ne va pas s’arrêter au masque Squale, il va aussi mettre au point et fabriquer des fusils sous-marins, des palmes, des lunettes, des tubas avec la boule de Ping-pong.

Pour diffuser et fabriquer ses différents produits Paul Dubois va créer le 12 Janvier 1950, la Sarl. « SEESSA » dont le but est surtout «la vente et la fabrication d’articles pour l’exploration sous-marine et pour tous les sports aquatiques… »

Il est l’ami de Cousteau, DUMAS, Tailliez.

Le commandant COUSTEAU cite dans le « Monde du Silence » éditions de 1954, page 39 : « Pendant l’été, l’ami DUBOIS va de plage en plage, avec sa camionnette, donnant, aux premiers venus des leçons de plongée en scaphandre autonome… »

Effectivement, l’esprit fertile de Paul va continuer à produire des Inventions, et quelles inventions.

Il commence en tentant de perfectionner le masque SQUALE, qui n’en a pas besoin et essaye de mettre au point un masque à vitre courbe, qui nous faisait loucher et produisait des hauts le cœur, digne du meilleur mal de mer sous-marin. Il nous fit essayer ensuite un masque en glace orée, qui nous faisait voir la vie en rose et qui était hors de prix. Vinrent les palmes, dont le plus bel exemple fut les Supermarines, d’une finition parfaite, elles étaient parmi les premières à avoir la gauche et la droite.

Il avait aussi produit, dans ses débuts un masque « Cygne » baptisé ainsi, parce que comportant un tuba gracieux qui… catastrophe… était branché sur le masque (photo jointe). Même avec la classique balle de Ping-pong, vous étiez sûr d’avoir les yeux arrachés passés 2 mètres. Il en dépose le brevet le 12 mars 1962, toujours à l’office Blétry, sous le titre « perfectionnement aux masques respiratoires périscopiques »

Il mettra au point des fusils sous-marins, les modèles Flash, à crosse en Inox et fut en bois. Précurseur de la parité féminine, on y trouvera des modèles « Miss Flash et Lady Flash »

Il sera aussi le premier à produire des cartes postales sous-marines aux éditions Aris à Sanary. Les vues sous-marines, très belles, même encore actuellement, avaient été réalisées par Robert DIOT, un autre pionnier, dans la photographie.
Il va quitter son atelier et faire construire un immeuble qu’il appellera l’immeuble SQUALE, où il va installer ses ateliers et ses bureaux, car la production de ses produits augmente de belle manière. Le masque Squale équipe la planète entière, la Marine Nationale. Nous conserverons longtemps le souvenir de l’anecdote suivante. Paul DUBOIS était un personnage haut en couleur et lorsqu’il recevait un chèque important des USA, fruit de ses ventes, on pouvait le rencontrer, le soir sur le port de Sanary dans les bars, où il entrait en brandissant le chèque en dollars et criant, de sa voix de ténor :
– « Tournée générale pour tout le monde »

Paul avait une âme généreuse, il m’a souvent croisé, dans les premières années 60, époque où, avec deux autres plongeurs, nous venions d’installer une entreprise de travaux s / m. Nos clients étaient rares, et il nous arrivait d’être quelquefois dans une situation affamée. Alors Paul, qui s’en rendait compte, sans que l’on le lui dise, nous glissait un billet de 100 Fr avec lequel nous nous précipitions chez Mimile à La Chaumière pour commander une bassine de spaghettis.

Il a fait mieux, ou pire pour la suite de ses affaires :
Quatre solides gaillards avaient quitté St-Malo en Juillet 1954, pour faire le tour du monde de la pêche sous-marine, à bord d’un voilier de dix mètres le « MOANA »
Passons sur les aventures de ces personnages picaresques qui se terminèrent trois années plus tard lors leur retour à St. Tropez. Ils produisirent un film et écrivirent un livre de deux tomes. Qu’allait devenir le Moana ? Qu’ils n’avaient plus les moyens d’entretenir, leurs aventures ne les ayant pas transformés en millionnaire.
Paul DUBOIS rachète le Moana et le fait venir, sur une remorque, à Sanary, en liesse au cours d’une fête qu’il organise. Il sauve ainsi ce bateau mythique, qui se trouve actuellement, en très bon état dans un port de la Côte d’Azur.

Mais, cruellement, le monde des affaires évoluant, il n’y avait plus la place, pour Paul qui voulait faire partager sa joie de vivre et sa réussite, car a trop partagé…
Le Masque SQUALE a continué à vivre, il est toujours en fabrication.

Paul DUBOIS lui s’est éteint le 19 Mars 1971. Il repose au cimetière de Sanary, où l’on peut voir, sur sa tombe, sa photo aux côtés de son chien.

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