Frédéric DUMAS

Frédéric DUMAS
Par P.-Y. Le Bigot (reproduit avec autorisation)

UN PIONNIER SURDOUE

Pionnier de la plongée en scaphandre autonome, du cinéma sous-marin et de l’archéologie sous-marine, Frédéric Dumas fut avant la deuxième guerre, un chasseur sous-marin qui forçait l’admiration et dont la réputation était connue de Marseille à Nice.

En 1938, au cours d’une partie de pêche, il fait la connaissance de Philippe Tailliez, puis de Jacques-Yves Cousteau. Ainsi va naître l’équipe qui sera à l’origine du développement de la plongée autonome.

Frédéric Dumas naît le 14 janvier 1913 à Albi. Dès l’âge de six ans, sa santé fragile oblige ses parents à venir s’installer au bord de la mer à Sanary. Là, dans la baie de Portissol, il découvre avec ses deux frères les joies procurées par la Méditerranée, la natation puis la chasse sous-marine à partir de 1936 (il a alors 23 ans) grâce à un touriste canadien qui fréquente régulièrement la plage de Portissol, Lemoigne.

L’objet qui va déclencher l’intérêt de Frédéric pour le monde sous-marin va être une paire de lunettes binoculaires Fernez : grâce à elles il va découvrir que là où il se baigne régulièrement évoluent « des poissons gros comme des assiettes ». Avec Lemoigne, Didi transforme un lance-pierres en arme de chasse sous-marine, les tringles à rideau remplacent les pierres ; si le résultat est médiocre, il permet tout de même de tuer quelques poissons (principalement des saupes et des sars).

DE LA CHASSE AU CINEMA

Frédéric va sans cesse améliorer son équipement de chasse, les lunettes font place à un masque monohublot tiré d’une chambre à air de voiture, le lance-pierres évolue vers une arbalète en bois redoutable, les prises ne sont plus des saupes mais des loups, des mérous, des liches. Didi n’acquerra ses premières palmes de caoutchouc, des « de Corlieu » qu’en 1938, grâce aux conseils de Philippe Tailliez. C’est cette même année, au cours d’une partie de chasse sous-marine aux îles des Embiez, qu’il fait la connaissance de Phlippe. A la suite de cette rencontre puis de celle avec Jacques-Yves Cousteau, va naître l’équipe qui sera à l’origine du développement de la plongée autonome. Les parties de chasse avec Tailliez et Cousteau seront interrompues par la guerre, Frédéric part comme caporal muletier dans les Alpes, les deux officiers de marine rejoignent chacun leur navire. Quelques mois plus tard la débâcle de l’armée française a pour effet de renvoyer un grand nombre de militaires chez eux ou dans leurs casernements. Dumas, Tailliez et Cousteau sont du nombre : un à Bandol, l’autre dans le Massif Central, le troisième à Toulon.

Le trio se reforme toutefois en 42, les activités sous-marines reprennent. Cousteau a alors une passion et une idée fixe : sa passion c’est le cinéma et la photographie sous-marine ; l’idée fixe c’est de disposer d’un équipement qui lui permette d’évoluer librement sous les eaux. Il va entraîner Dumas et Tailliez dans ces deux aventures, les exploits cynégétiques de Didi serviront de sujet au premier film de Cousteau Par dix-huit mè tres de fond. En 1943 dès que Cousteau reçoit le scaphandre autonome que lui fait parvenir Emile Gagnan et qui deviendra célèbre sous le nom de « scaphandre Cousteau Gagnan », Frédéric Dumas le plus aquatique des trois, est de toutes les parties de la plongée. « Dumas, c’était le dieu de l’eau, il y faisait ce qu’aucun d’entre nous n’était capable de faire, non par sensibilité, mais par nature, par philosophie. Il jouait avec elle… ». C’est lui que Cousteau choisira une nouvelle fois comme « acteur » lorsqu’il tournera son deuxième film, Epaves, le premier montrant le nouveau scaphandre autonome.

UNE EXPERIENCE INEGALABLE

A la fin de la guerre, Cousteau et Tailliez armés du film « Epaves » vont plaider auprès des autorités maritimes, la cause de la création au sein de la Marine Nationale d’une unité de plongeurs autonomes. Le besoin en plongeurs à la fin de la guerre étrant évident (déminage, reconnaissance d’épaves) ils obtiennent gain de cause et le Groupe de Recherches Sous-Marines (GRS) est créé. Philippe Tailliez en prend le commandement. Dès le 1er mai 1945, Frédéric Dumas intègre le groupe en qualité de collaborateur scientifique (il deviendra agent contractuel en janvier 1947) il y restera 20 ans et participera de façon très active à la naissance et au développement de la plongée autonome et de ses applications. Son sens du milieu sous-marin et son génie du bricolage nous donneront parmi des dizaines d’inventions le célèbre sanglage qui porte son nom (deux sangles + la sous-cutale) et qui n’a été supplanté que par l’apparition du gilet de stabilisation. Il sera un des principaux acteurs du sauvetage du bathyscaphe du Professeur Piccard, le FNRS II lors de l’expédition de 1949 à Dakar. Grâce à ce sauvetage, la Marine Française pourra réutiliser la sphère du bathyscaphe pour réaliser le FNRS III.

A partir de 1951, Frédéric Dumas bien qu’étant toujours sous contrat avec l’armement de la Calypso en tant que chef de plongée et parfois comme chef de mission. C’est l’époque où arrivent à bord des plongeurs qui constitueront la plus fameuse équipe de plongeurs de l’histoire de la plongée autonome. Falco, Laban, Wesly, Klentzy, Goiran seront quelques-uns de ceux là.

En 1953, Frédéric Dumas cosigne avec Cousteau l’ouvrage de plongée le plus connu dans le monde, Le Monde du Silence, le récit des premières aventures sous-marines du trio Cousteau, Tailliez, Dumas.

En 1955, commence le tournage du film Le Monde du Silence ; Frédéric Dumas y est omniprésent, une des plus belles séquences est le ballet qu’il exécute avec Jojo le mérou.

Quand il n’est pas sur Calypso, Frédéric est au GERS où la Marine développe de nouveaux équipements et mène à bien de nombreuses recherches sur la physiologie humaine en plongée. Sa participation au développement des activités de plongée au sein du GERS lui valent de se voir attribuer en 1959 la médaille d’argent de la Défense Nationale.

UN PASSIONNE D’ARCHEOLOGIE SOUS-MARINE

Que ce soit avec le GERS, à bord de Calypso ou au sein des instances fédérales (Ffessm) et internationales (Cmas) de la plongée sous-marine, Didi se passionne pour l’archéologie sous-marine que le scaphandre autonome a fait entrer dans une nouvelle dimension. L’épave de Mahdia en Tunisie, du Grand Congloué près de Marseille, de Gelidonya en Turquie, des sites précolombiens en Amérique du Sud seront, entre autres, ses bancs d’essai pour la mise au point de nouvelles techniques de recherches et de travail en archéologie sous-marine. Il collaborera notamment avec Georges Bass (USA) et Miss Honor Frost (Grande-Bretagne). Pendant de nombreuses années, Frédéric Dumas sera d’ailleurs président de la commission archéologie de la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (Cmas) et de la Fédération Française d’Etudes et de Sports Sous-Marins (Ffessm). Maurice Herzog, le célèbre alpiniste, Haut Commissaire à la Jeunesse et aux sports, le nomme Chevalier de l’Ordre du Mérite Sportif en 1960.

Au sein du GERS, Frédéric Dumas conserve auprès des jeunes plongeurs son statut de pionnier avec l’aura qui l’accompagne. Par contre certains officiers et médecins sont moins enthousiasmes. Les avancées significatives sont maintenant dues aux physiologistes, aux ingénieurs des sociétés qui travaillent avec le GERS en vue de concrétiser les idées qui en fusent et non plus aux bricoleurs géniaux et aux plongeurs instinctifs comme Dumas. La Marine, argumentant sur son âge et des restrictions budgétaires, met fin au contrat qui la liait à Frédéric Dumas en juin 1965 (il a alors 52 ans).

Didi se retire dès lors dans sa maison de Portissol à Sanary. Il va mettre à profit ce changement de rythme pour se consacrer à la rédaction d’ouvrages d’archéologie sous-marine et de souvenirs. De 1946 à 1980, ce ne seront pas moins de onze ouvrages qu’il signera ou cosignera depuis Par dix-huit mètres de fond jusqu’à La mer antique.

Frédéric Dumas décède le 26 juillet 1991 à l’hôpital Saint-Louis de Toulon à l’âge de 78 ans. Ses cendres ont été déposées dans le cimetière familial de Lédignan (Gard), village d’origine de son père.

P.-Y. Le Bigot

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