Le restaurant des plongeurs

A SANARY… Chez VICTOR, au Provençal…le Restaurant des plongeurs
Par Gérard Loridon

J’assistais, en Mars dernier, au vernissage de l’exposition sur le Corail, manifestation  » Art Bleu  » organisé par le Musée Frédéric DUMAS. Monsieur le Dr Ferdinand BERNHARD, Maire et Conseiller général, cita au cours d’une courte allocution  » …SANARY, le berceau de la Plongée..  » Cette reconnaissance, en ces termes, par celui qui nous a offert la Tour Romane et nous a fournit une aide importante pour y implanter le Musée de la Plongée dédié à Frédéric DUMAS est une véritable consécration pour Sanary. Surtout, au vu des nombreux pionniers qui y ont vécu et qui ont largement participé à l’éclosion de cette activité sportive et industrielle, qui fut pour nous aussi, une véritable passion. Je citerais très vite et donc tout d’abord Frédéric DUMAS qui vécu à Portissol.

Ensuite le Cdt Cousteau qui possédait une villa, et son ami Georges SERENON, le fondateur du CIP Bendor. Enfin, Paul DUBOIS, qui mit au point le Masque Squale toujours en fabrication et vendu dans le monde entier.Paul Dubois, personnage haut en couleurs, était connu de tous les Sanaryens, au même titre que Frédéric Dumas qu’ils appellaient Didi. Et aussi Jojo SERENON…. Paul DUBOIS avait commencé par habiter rue Nazaire Fournier dans une villa qu’il avait loué nommée  » Sam’suffit  » et qui existe toujours. Jojo SERENON, quartier du Rosaire ou sa maison porte le nom d’un îlot des Embiez,  » La Clapassude  » et le Cdt Cousteau dont son fils Jean Michel a pris la suite, à la Villa  » Baobab  » … Rappelant ainsi son essentielle histoire sous marine, notre ville possède donc plusieurs lieux de souvenirs subaquatiques, dus à ces personnages célèbres. Mais il est aussi, un haut lieu de la convivialité subaquatique que l’on ne peut oublier et que j’aimerais donc rappeler ici.

J’ai découvert Sanary en 1954, alors que je remplissais mes obligations militaires au GERS, dans la Marine Nationale, où j’étais matelot et……surtout plongeur. Avec plusieurs de mes amis, dans la même situation, nous y venions souvent, attirés par des fonds sous-marins encore peu explorés. La solde du Matelot recruté de l’époque, était modique et ne nous aurait pas permis de pratiquer notre sport favori, la Chasse s/m, si, il n’y avait été adjoint des primes de plongée substantielles. Malgré cela, nous ne nous livrions pas à de folles dépenses et après avoir fait le tour du port, cherchant un restaurant prometteur et modique, nous avons découvert le Provençal, après une étude comparative correspondant à nos faibles moyens…mais à nos gros appétits. Nous avions 20 ans et après une partie de pêche sous-marine à La Cride, dans une eau fraîche, peu protégés par les vêtements en caoutchouc mousse de l’époque, nous aurions comme me le disait mon ami Enzo  » manger un aïne et caguer les fers…  » excuser les termes réalistes, mais il me faut conserver l’image du moment. Le Provençal avait, en plus d’un menu sain et abondant une présentation fidèle de la cuisine familiale, qu’il a toujours conservé d’ailleurs.

Pour le repas qui a suivit…il faut que je vous explique.

Le Provençal était tenu par Victor Ranuccison épouse Régine et sa sœur Mado. Evidemment les plats étaient copieux, le vin en pichet conséquent et débattant de nos exploits subaquatiques du matin, nos assiettes se vidaient normalement. Victor, enchanté de voir cette bande de copains, faire honneur à sa cuisine, doublait et triplait le plat de frites, le pain, le pichet, les fromages au fur et à mesure de l’engloutissement recommandant à Mado  » …il faut les nourrir comme il faut, ils ont plongé toute la matinée…  » Et ce, bien sur, sans aucune majoration tarifaire. Le pli était pris et l’adresse communiquée aux autres amis plongeurs  » ..Le Provençal, à Sanary, sur le port,…le patron, un mec sympa, qui nous comprend, et la bouff’…attention, comme à la maison.  » Très rapidement, avec Victor, nous sommes devenus des amis, il ne pouvait en être autrement.

Et cela fut vite compris par les hordes de plongeurs, bruyants quelquefois, affamées toujours, et en fin de compte heureux, de se retrouver aussi souvent que possible ; autour d’une table qu’ils avaient finit par considérée comme étant la leur. En ½ siècle de fréquentation du Provençal, pas moins, nous y avons convié, tous les plongeurs du GERS, tous ceux de mon entreprise, car il ‘était plus facile de nourrir mes scaphandriers chez Victor que dans ce que l’on appelle un  » restaurant d’entreprise « . Nous nous y sommes retrouvés au cours des soirées mémorables du Ski-club et du Club de ski Nautique, dont le président Jeannot Nevière n’était pas le dernier à y créer une ambiance plus que conviviale.

Et cela a continué avec les visiteurs et membres de l’association du musée Frédéric DUMAS et par la suite les grandes tablées de l’archéologie subaquatique de l’Ouest varois, tablées hautement patronnées par l’ami Pierre Chazal et Didier Martina-Fieschi. On y a vu quelques vieux Scaphs’, BURNIER, GALERNE venant des USA. Maintenant la nouvelle équipe du Musée, Yves, Jean Marie, Henri…. Victor, Régine , Mado, ont pris leur retraite, mais la suite est assurée par Marc le fils de Victor et sa charmante épouse Valérie. Normal, Marc, c’est un plongeur !

L’autre soir, donc, sortant de ce vernissage, conservant la tradition, nous étions attablés avec mon épouse  » Chez Victor  » quand nous avons vu arriver deux couples de nos amis. Jean et Danièle BRONDI, accompagnés de Robert et Nicole Jacquet. Jeannot comme nous l’appelons tous, quand il s’est mis à la plongée n’a pas fait les choses à moitié et a franchi toutes les limites de la profondeur en moins d’un mois. Je me souviens, l’ayant rencontré un jour sur le port, rentrant de mer, et lui avoir demandé comme on le fait d’ordinaire  » …alors Jeannot, la plongée tu en est où ?…  » La réponse fut simple  » pas de problèmes me dit-il, quand je vois un coin qui me plait, je mouille l’ancre et je descends jusqu’au fond…  » Je crois savoir que 70/80 mètres, ce n’était pas pour l’effrayer, avec notre ami Marc DUPLAN un autre  » Fou de Mer  » Robert lui c’est plutôt un voileux, il n’est jamais aussi heureux que lorsque sous toute la toile, il rentre du Rouveau, par un bon mistral de travers de 30/40 nœuds Et la plongée, en bouteilles il appréciait. Aussi en apnée pour se faire un bon sac d’oursins, les dimanches matins d’hiver, qu’il fait déguster à ses amis, devant sa maison de l’Huide, accompagnés d’un rosé nécessaire et bienvenu. Ce soir là, nous en avons évoqué des souvenirs, trop long à raconter ici… ChezVICTOR, maintenant chez MARC, c’est toujours la table des Plongeurs et des Scaphandriers, la seule d’autant plus que, à une époque lointaine, des promoteurs novateurs avaient proposé la construction d’un restaurant sous-marin…. Inutile le Monde du Silence, le Grand Bleu, Victor les a tous invités à la table du Provençal, il y a 48 ans !

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