Plage de Barry à Bandol

 

Plage de Barry, à Bandol, Juin 1943…Octobre 1997…
Par Gérard Loridon (reproduit avec autorisation)
http://www.philippe.tailliez.net/

Un matin de Janvier 1997, le commandant Tailliez, me téléphone et me demande d’ouvrir le Musée Frédéric DUMAS, dans l’après midi. Il reçoit un professeur, sommité universitaire de Roumanie. Toujours content de passer un moment avec celui qui fut mon Pacha et qui est devenu mon ami, je lui donne volontiers mon accord.

Nous nous retrouvons dans la Tour Romane et je décris, les pièces historiques de nos collections au visiteur. Le Commandant insiste sur celles, nombreuses, qui lui rappellent des souvenirs particuliers. Ce professeur roumain, qui comprend et parle très bien le français, est enthousiasmé et nous pose de nombreuses questions.

 

En fin de visite, il demande où s’est déroulé la première plongée dont il est fait état dans « Le Monde du Silence » Le Commandant lui réponds que c’est à Bandol et se propose de lui faire découvrir ce lieu historique.

Ne connaissant pas, moi-même l’endroit exact, je lui demande si il m’est possible de les accompagner. Ce qu’il accepte, bien vivement. Il ne fait pas très beau, un peu de vent d’est et une ondée de temps en temps. Nous arrivons sur la corniche après avoir dépassé Bandol, nous dirigeant vert l’île Rousse et le quartier des Engraviers.

Nous arrêtons devant une petite crique. Le Commandant ému, il est chacun le sait très sensible, reconnaît les lieux et nous les fait découvrir. Je reconnais là une photographie ancienne, dont je n’ai plus hélas que la photocopie. Philippe Tailliez nous retrace brièvement le récit de cette première plongée. On en trouve une relation détaillée dans « Le Monde du Silence ».

C’est ici en Juin 1943, que ceux qui allaient devenirs célèbres et « Mousquemers » utilisèrent pour la première fois, en mer, le scaphandre autonome Cousteau-Gagnan.

Le pacha me fait voir la maison où ils habitaient, juste en face de l’autre côté de la route. Elle sert maintenant, comme centre de repos pour l’organisme social d’une administration.

Il me vient une idée et je me tourne vers Philippe Tailliez :
-  Commandant, mais c’est un lieu mythique, il serait bon de le conserver et surtout de le faire connaître…en y mettant en place une plaque commémorative relatant ce fait historique unique.
-  Gérard, tu as raison et je suis tout à fait d’accord avec toi, fais cela.

Nous sommes repartis ce soir là, heureux et moi, chargé d’une mission délicate. Effectivement, on ne pose pas ainsi une plaque, sans autorisation, de qui, au fait ? Comment ? Quelle forme allons nous lui donner ?

Je me rends compte que je me suis mis sur les bras une rude affaire. Aussi, je pense que c’est un projet qui doit être développé par l’association du Musée Frédéric Dumas dont je suis le Vice Président. Je me tourne vers le Président, mon ami Pierre Yves LE BIGOT, sur qui je peux compter. Et pour cause.

Nous nous entendons très bien. Chacun apportant ses idées, nous les mettons en pratique en commun. Idées dont la particularité est d’être au départ un peu folles..Une jeune et jolie journaliste de la presse locale ne nous a-t-elle pas baptisés, en première page, les « Fous de mer »

Aussi mon propos ne choque nullement Pierre Yves.
-  Tu t’occupes de la partie administrative, je fais le reste me dit-il.
-  Je suis maintenant tranquille. L’efficacité de Pierre Yves n’est pas un vain mot.

Quelques jours après je suis dans le bureau du Dr SUQUET, premier magistrat de la commune de Bandol, qui vient de m’accorder un rendez vous.

C’est un monsieur très aimable, mais aussi très sérieux. Il m’écoute develloper l’histoire de cette naissance historique, et le projet que nous caressons.
Monsieur LORIDON, sachez tout d’abord que pour tout ce qui touche au patrimoine de Bandol, ma porte vous sera toujours ouverte…
Merci, Monsieur le Maire….je me dit que ce préambule nous permet d’envisager une suite favorable.
Sachez aussi reprends-t-il, que je connais bien Frédéric Dumas et qu’il m’arrivait de le rencontrer très souvent dans le car qui nous emmenait à Toulon. Aussi, je vous demande de me remettre un dossier avec descriptif complet, et le montant des frais à engager. Je présenterais cela au prochain Conseil municipal.

Quel plaisir de rencontrer et de travailler avec des édiles aussi ouverts.

A la suite de quoi, je pris contact avec le Cdt Cousteau qui nous donna un avis très favorable par une lettre de son secrétariat, lui-même étant déjà malade.

Le commandant Tailliez, m’avait donné un accord oral dès le départ, Il fut doublé par une carte disant : « Cher Gérard LORIDON, comment ne pas applaudir, doyen que je suis des Mousquemers, à votre idée d’apposer une plaque commémorative, ce grand évènement auquel j’ai pris part, et exprimer mes remerciements à Monsieur le Maire de Bandol. Certes, je serais là, lors de la cérémonie, accompagné d’amis. Pour nous tous, ce sera très émouvant »

Madame Jeanne Dumas me fit tenir une lettre « où elle et ses deux filles se réjouissaient » de cette heureuse initiative. Pendant ce temps là, Pierre Yves avait rencontré un membre de notre association, Pierre Blanchard, styliste, artiste, dessinateur. Pierre nous fit un croquis et une maquette magnifique. La plaque, en bronze, fut coulée à Nice.

Le Dr SUQUET, Maire de Bandol, la fit poser sur une stèle devant la mer. Une cérémonie émouvante eu lieu le 26 Octobre 1997. Il y avait là 120 personnes dont Jean Michel COUSTEAU venu spécialement des USA.

Le Maire de Bandol pris la parole et me la transmis pour une courte évocation historique. Ensuite Jean Michel COUSTEAU, nous dit sa joie, car il était présent lors de ces essais. Le Commandant Tailliez, vu son âge était assis, ému. Il s’est levé à mis la main dans sa poche et en a sorti son célèbre bonnet rouge qu’il a coiffé au milieu des applaudissements. Je ne ma rappelle plus très bien ses paroles, mais il était heureux « d’être là, à nouveau, à côté de Jean Michel qu’il avait fait plongé dans cet endroit il y avait plus de 50 années »

Ensuite la plaque recouverte du pavillon français a été dévoilée, d’un bord par le Capitaine de Vaisseau Philippe TAILLIEZ, de l’autre bord par Emmanuelle FAURE, 12 ans, émue aux larmes, une jeune plongeuse, file d’un de mes amis, plongeur lui-même.

Je l’avais choisi, voulant que deux générations de passionnés du monde sous marins soient réunies ce jour là.

Ce Monde du Silence, ce Merveilleux Royaume dont le Commandant TAILLIEZ nous disait souvent, qu’il nous l’avait offert pour des siècles et des siècles.


Plaque commémorative (Plage de Barry, commune de Bandol)
Photo Yves Maucherat

Mon ami, Yves MAUCHERAT, membre du Musée lui aussi, effectuât tout le reportage photographique. Il possède maintenant une belle collection d’images de cette journée mémorable. Il n’allait d’ailleurs pas tarder à faire parler de lui, en prenant en charge l’association, que nous lui avons confiée après deux mandats de trois années.

L’association du Musée Frédéric DUMAS a posé, sous la Présidence de Yves MAUCHERAT, une seconde plaque au Brusc, commémorant le premier film « Par 18 mètres de fond » tourné en 1942/43, par les Mousquemers. Philippe TAILLEZ y figure, à côté de ses deux amis.

Gérard LORIDON. Vice président Honoraire de l’Association du Musée Frédéric DUMAS.

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