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Albert Cavet

Une place de Sanary qui est située devant la propriété familiale porte son nom.

Qui était Albert Cavet ?

Albert Cavet est né le 14 septembre 1918 à Sanary (Var) et il fut tué au combat le 1er avril 1945.

Engagé au titre de l’Ecole de l’Air de Salon de Provence en septembre 1938 (Promotion Lieutenant Colonel Mailloux), Albert Cavet est breveté observateur en juillet de la même année., nommé Sous Lieutenant en mars 1939 et breveté pilote en décembre 1939. Le 15 mai 1940, il est affecté au Groupe de Reconnaissance I/33, puis au Groupe de Bombardement I/51 à Lézignan, le 1 décembre 1940. Promu Lieutenant en septembre 1941, il est mis en congé d’armistice sur sa demande, le 31 mars 1942.

Il passe la frontière Espagnole le 20 août 1942, est arrêté 9 jours plus tard, interné à Miranda jusqu’au 14 juillet 1943, il rejoint Gibraltar le lendemain, arrive à Londres et s’engage dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL) le 9 août 1943 (la date d’effet sera modifiée et ramenée au 30 août 1942). Après un passage à Camberley, il commence son entraînement de pilote dans les écoles de la RAF, à l’Advanced Flying Unit en février 1944, puis à l’OTU 53 le 4 avril 1944 avant d’être mis en attente au Group Support Unit 84 le 10 juin 1944.

Il rejoint sa première affectation opérationnelle le 18 juillet 1944, au Groupe de Chasse « Berry » / Squadron 345 avant d’être transféré au Groupe de Chasse 2 « Ile-de-France » / Sq 340, le 1 mars 1945. Un mois plus tard, le 1 avril 1945, alors qu’il attaque un train près de Deventer aux Pays Bas, il est perdu de vue par son équipier qui l’appelle à la radio sans obtenir de réponse. Probablement touché par la Flak, le Spitfire XVI (TB496) du Lieutenant Cavet vient de s’écraser au sol.

Décorations obtenues par Albert Cavet :

• Chevalier de la Légion d’Honneur
• Croix de Guerre 1939-45 avec 1 Etoile d’Argent
• Médaille des Évadés

source : http://www.cieldegloire.com/

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Tome 1 : Dans les guides touristiques du début du XXe siècle, la ville de Sanary-sur-Mer est qualifiée de station hivernale et de bains de mer. De nouveaux hôtels sortent de terre et des villas se construisent dans l’arrière-pays. A partir des années 1930, les vacanciers privilégient la période estivale pour profiter des plages de Port-Issol, de la Gorguette ou encore de la Reppe. L’auteur, Olivier Thomas, voue un véritable amour à sa ville natale dont il a appris à connaître l’histoire. A partir de plus de 200 cartes postales et photographies anciennes, il vous invite à la découvrir telle qu’elle existait dans la première moitié du XXe siècle. Au fil des pages, vous admirerez les plages et les villas, sans oublier le port et les paysages pittoresques. La seconde guerre mondiale n’a pas épargné la cité. Cet ouvrage est donc l’occasion de se souvenir des édifices disparus à jamais.

Tome 2 : Olivier Thomas, dont la famille est sanaryenne depuis plusieurs générations, a constitué depuis quelques années une collection importante de photos anciennes de sa ville. La sortie du tome I de Sanary-sur-Mer lui a permis de recueillir de nouveaux témoignages des aînés et de précieux documents photographiques jusque-là inédits. Cet ouvrage dévoile de nouvelles anecdotes et de nouveaux faits historiques. Les anciens retrouveront les fêtes et les coutumes qui ont accompagné leur jeunesse. Quant aux plus jeunes, ils pourront prendre connaissance des paysages naturels et du patrimoine désormais disparu. L’ouvrage aborde également la triste période de la seconde guerre mondiale car, contrairement aux idées reçues, la ville et ses habitants n’ont pas été épargnés.

Photos anciennes de Sanary-sur-Mer

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L’agent secret Hans-Günther von Dincklage en France

La séduction comme couverture

L’agent secret Hans-Günther von Dincklage en France

Laurence Pellegrini Thomas

Docteur en études germaniques

L’espion allemand Hans-Günther von Dincklage a été rendu célèbre par sa relation avec Coco Chanel (1883-1971), surtout avec la parution de Sleeping with the enemy du journaliste américain Hal Vaughan en août 2011. Les médias se sont concentrés sur cette aventure teintée de romanesque, occultant son personnage le plus énigmatique : le baron von Dincklage.

Issu de l’aristocratie militaire prussienne (son grand-père a été anobli en 1871) et conservatrice, inscrite dans la mouvance völkisch, le lieutenant Hans-Günther von Dincklage a servi durant la Première Guerre mondiale. Maîtrisant parfaitement le français et l’anglais, ce blond aux yeux bleus, distingué et cultivé, juriste de formation, a rapidement été recruté par les services de renseignements allemands, lors de la proclamation de la République de Weimar. Grâce à son « charme qui agissait naturellement sur les hommes comme sur les femmes » (Sybille Bedford), l’agent secret est facilement parvenu à s’implanter en France et y agir au service du Troisième Reich.

Nebeck, dite Catsy. Mariage d’amour ou couverture ? Tous deux forment en somme un couple d’espions qui s’installe à Sanary-sur-Mer, station balnéaire du Sud de la France. Ils doivent la découverte de ce lieu discret à la demi-sœur de Maximiliane, Sybille Bedford. En effet, en 1924, suite à l’accession au pouvoir de Benito Mussolini, la mère de cette dernière, Elisabeth Marchesani, fuit l’Italie pour s’installer dans le Var. Quand les Dincklage rejoignent Sybille Bedford à Sanary dans les années 1930, la couverture est parfaite. Maximiliane étant juive, le couple se présente comme des victimes du régime national-socialiste. Pour ne pas compromettre ses réelles activités, Hans-Günther n’a en outre jamais adhéré au parti nazi (NSDAP) et s’est retiré de la vie militaire.

Dans les registres de Sanary-sur-Mer, Hans-Günther et Maximiliane sont officiellement « sans profession ».

Pour le compte de Joseph Goebbels, ministre du Reich à l’Education du peuple et à la Propagande, le couple Dincklage espionne pourtant les intellectuels allemands en exil qui tentent d’organiser la résistance intellectuelle. Sans doute n’est-il pas étranger à l’échec de la revue clandestine Die Sammlung, qui cessa d’exister après seulement deux ans d’existence. La majorité de ses auteurs, dont Klaus et Golo Mann, René Schickele, Stefan Zweig, Bertolt Brecht, Bruno Frank ou encore Alfred Kantorowicz, ont séjourné à Sanary. Certains de ces exilés comme Lion et Martha Feucht- wanger, la baronne de Bodenhausen, l’« étudiant » Willi Ulmer ou Hans Clausmeyer « se disant commerçant » étaient soupçonnés par les services de renseignements français d’être les complices de Dincklage.

Sanary est aussi un emplacement stratégique pour surveiller le port militaire de Toulon, situé à quelques kilomètres. Installé dans la villa « La petite casa », Dincklage avait comme voisins Charles Cotton, ancien officier de marine, et Pierre Mimerel, ancien entrepreneur de transports, recrutés par l’intermédiaire de Catsy. Un autre agent de Dincklage, l’Allemande Lucie Braun, séjourna également à Sanary. Ce réseau séduisait et finançait des informateurs de l’intérieur, parmi lesquels comptait vraisemblablement l’enseigne de vaisseau Marc Aubert, fusillé à Toulon en 1939 pour intelligence avec l’ennemi.

Un attaché très spécial

En 1933, les ministères de la Propagande et des Affaires étrangères allemands décident d’infiltrer un espion à Paris. Aussi Hans-Günther von Dincklage, « homme de confiance du chancelier Hitler », fut-il nommé – directement par Berlin – d’abord attaché de presse à l’ambassade d’Allemagne, rue Huysmans, dans l’ancienne demeure du prince Eugène de Beauharnais, puis « attaché spécial », suite aux rumeurs persistantes sur l’arrivée d’un envoyé du Reich à Paris.

Sous les ordres de Goebbels, Dincklage devait garantir la propagande noire du Reich sur le sol français et créer un service de sûreté pour contrôler l’opposition. Pour assurer cette mission, les relais de Dincklage, qui apparaissaient dans le langage codé de ses correspondances comme des auxiliaires (Hilfskraft), étaient rémunérés grâce à des fonds très élevés – de l’ordre de 25 millions de francs – alloués aux « tâches administratives ». Pour correspondre avec le ministère, Dincklage disposait en outre de lignes téléphoniques directes, de télégraphes ou encore de « machines de chiffrement », la fameuse Enigma.

A la fin de la guerre, nombre de dossiers sensi- bles ont été détruits par les nazis. Mais les archives politiques du ministère des Affaires étrangères allemand disposent encore de documents qui éclairent sur les méthodes de Dincklage. Il apporta par exemple un soutien financier et logistique aux sympathisants du régime – membres du NSDAP, Union des étudiants nationaux-socialistes, le mouvement patriotique Turnverein, le syndicat des commerçants ou celui des employés (Deutschnationaler Handlungsgehilfenverein) et des journalistes allemands, ou encore les organisations religieuses – pour qu’ils s’implantent en France. Dincklage dirigea également la diffusion de la propagande et l’infiltration d’ingénieurs allemands au sein des usines françaises. On peut aussi noter le financement de la presse nationaliste et antisémite française par Berlin, comme le quotidien Le Jour, fondé en 1933 par Léon Bailby. Enfin, Dincklage infiltra des étudiants et des professeurs à la Sorbonne pour s’informer et y orienter l’enseignement germaniste.

A la fin de l’année 1934, Dincklage doit quitter l’ambassade pour Londres – l’hôtel Mayfair Court où séjournent Joachim von Ribbentrop et un autre agent, Stephanie von Hohenlohe, chargée de la propagande en Angleterre. En effet, non seulement les douanes françaises, chargées de mener des « fouilles discrètes de tout sujet allemand déclarant se rendre à Sanary», retiennent son véhicule, mais surtout la presse parisienne, et en particulier Vendémiaire, dénoncent en détail ses activités d’espion. D’abord, il est soupçonné, dans un article intitulé Les dessous de l’attentat de Marseille, d’avoir participé à l’assassinat du roi Alexandre Ier, venu soutenir la France contre l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste – et du ministre français des Affaires étrangères, Louis Barthou. Ensuite, on révéla la « propagande incessante et sans scrupule », l’« entreprise de pangermanisme hitlérien » destinée à « préparer la guerre qui, un jour, grâce à l’aveuglement de ses victimes, devrait assurer au Reich un triomphe complet ». Avec l’article Gestapo über alles, la couverture de diplomate de l’agent Dincklage fut définitivement terminée.

L’opération chapeau de couture

Suite à cette série d’article, Dincklage écrit à son ambassade : « Je suis en train de me créer une nouvelle existence ». A cette époque, avec la promulgation des lois de Nuremberg, il divorce en effet de Catsy, avec qui il gardera néanmoins un contact ininterrompu. Mais cela signifiait surtout qu’il avait une nouvelle mission, en Afrique du Nord cette fois-ci, pour laquelle il recruta la baronne Hélène Dessoffy. A chaque nouvelle mission, Dincklage s’affichait avec une nouvelle maîtresse de la haute société, qui était très vraisemblablement un pourvoyeur de fonds et une couverture.

De retour à Paris pendant l’Occupation, Dincklage se lie avec Gabrielle Chasnel, qui devient sous sa coupe l’agent Wesminster. Pour Axel Madsen, ils s’étaient rencontrés avant la guerre, alors que Dincklage devait assurer le contrôle de l’industrie textile française. Hal Vaughan a démontré que Dincklage a en retour permis à Coco Chanel de jouir d’un statut privilégié durant l’Occupation, en conservant notamment sa chambre au Ritz, alors que les civils en étaient évacués pour laisser place au quartier général de la Luftwaffe. Cette relation a surtout abouti à l’opération Chapeau de couture, durant laquelle Coco

Chanel devait négocier un accord de paix séparé entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne avec son ami Winston Churchill. Sur les motivations de sa collaboration avec le NSDAP, le mystère demeure : était-elle réellement « antisémite et pro- nazie », comme on peut le lire dans la presse, affirmation réfutée vigoureusement par la maison Chanel ? Ou a-t-elle voulu sauver son neveu André Palasse, fait prisonnier pendant l’Occupation, comme le soutient Gabrielle Palasse-Labrunie, petite-nièce de Coco Chanel dans le livre d’Isabelle Fiemeyer paru en 2011 ? Etait-elle enfin une « belle femme sans scrupules », selon les termes du metteur en scène Luchino Visconti, prête à tout pour sauver son empire ? Rappelons un courrier envoyé par Coco Chanel à Georges Madoux, ad- ministrateur provisoire nommé par Vichy : « Je me porte acquéreur de la totalité des actions Parfums Chanel qui sont encore la propriété de juifs et que vous avez pour mission de céder ou faire céder à des sujets aryens ».

Après la guerre, Coco Chanel s’installe en Suisse, rejointe à la fin des années 1940 par Dinck- lage („Spatz“), avec qui elle séjourne au Lausanne Palace, au Beau-Rivage-Palace au bord du lac Léman et dans la station de ski suisse de Zermatt. Les archives suisses montrent que Dincklage s’était déjà rendu à Bâle, au début de la Seconde Guerre mondiale et qu’il y possédait un compte à la HSBC. Sans doute préparait-il déjà son exil. Jusqu’à la fin de sa vie, le charme de Spatz aura opéré. En effet, selon Pierre Galante, il a fini par quitter Coco Chanel pour aller s’installer à Majorque, dans une demeure offerte par son ancienne maîtresse. Décédé en 1974, Hans-Günther von Dincklage n’a jamais été inquiété par la justice.

La résistance des exilés allemands de Sanary/Mer

HM et Laurence Pellegrini

La résistance allemande au régime hitlérien fut longtemps ignorée et ses représentants en subirent les conséquences, ni soutenus ni reconnus officiellement en France, avant comme après la guerre. La lettre du président du Pen Club international, le poète Jules Romains, au maire de Sanary-sur-Mer, qui certifie, en 1940, que Lion Feuchtwanger en est membre, en passant sous silence ses activités d’opposant, étaye cet argument.

Pourtant, cette résistance au 3e Reich est une réa- lité : politique, principalement de la part du SPD et du KPD, avec l’action publique à l’étranger et clandestine à l’intérieur ; religieuse contre les orientations païennes du régime et contre l’extermination des juifs. Les opérations de jeunes étu- diants et les tentatives de coup d’état d’une partie de l’armée ne furent pas sans perturber un régime qui oppressait autant ses nationaux que ses con- quis. Dès février 1933, les premiers pensionnaires des tous nouveaux camps de concentration sont les opposants au régime.

Une des premières mesures du régime national- socialiste fut aussi de conspuer, interdire, chasser ou encore interner les intellectuels, juifs ou non, responsables à leurs yeux de la décadence du peuple allemand. C’est ainsi que plusieurs centaines à plusieurs milliers d’intellectuels allemands, selon les années et selon les sources, fuient le Reich à partir de janvier 1933, ce qui a comme conséquence de dépeupler l’Allemagne d’une grande partie de ses élites. Ils se retrouvent en particulier en France, et, s’agissant de peintres et surtout d’écrivains, ils rejoignent pour quelques jours ou plusieurs années Sanary-sur-mer, village recom- mandé pour ses charmes et ses prix abordables par Julius Meier-Graefe, qui résidait à Saint-Cyr-sur-Mer, par l’Anglais Aldous Huxley, qui y avait acheté une maison, tout comme le peintre de la « Nouvelle objectivité » Anton Raederscheidt et sa compagne Ilse Salberg.

Tout d’abord, entre exil et résistance, comment le rassemblement de représentants de l’intelligentsia allemande à Sanary s’achemine-t-il vers la création, en 1936, de Das Wort, revue antifasciste majeure de l’avant-guerre ? Ensuite, dans quelle mesure les articles de la revue sont-ils représenta- tifs de la littérature politique de l’exil ? Enfin, la motivation principale de l’écriture étant de dé- noncer et d’informer, quels thèmes les intellectuels décident-ils de soulever dans le premier numéro pour illustrer leur perception du régime natio- nal-socialiste ?

Pour être enregistré par les autorités françaises, les exilés devaient soit avoir besoin de papiers, soit être déclarés par un meublé ou un hôtel. Leur présence sur le territoire sanaryen fut si nombreuse que le FBI interrogea Ludwig Marcuse, selon ses termes, sur « la colonie allemande de Sanary », très certainement au sens d’un collectif de pensée et par conséquent objet d’enquête. Dans ce sens justement, Das Wort avait rempli son rôle, celui de massifier des pensées individuelles, inefficaces si elles restaient isolées. Ce fut l’œuvre des auteurs « sanaryens », Lion Feuchtwanger (1884–1958), Bertolt Brecht (1898–1956), Fritz Brügel (1897–1955), Heinrich Mann (1871–1955), Arthur Koestler (1905–1983), Arnold Zweig (1887–1968), Ludwig Marcuse (1894–1971) et Stefan Zweig (1881–1942).

Les archives administratives, les rapports du maire de Sanary ou des services de police sont pourtant quasi muets sur les activités de résistance des exilés. Il existe néanmoins un procès-verbal du premier magistrat, qui stipule que Lion Feuchtwanger est très correct d’un point de vue national (français), qu’il se dit persécuté et qu’il écrit beaucoup et parle beaucoup en France et à l’étranger. Le 17 mai 1940, le maire, sensible aux « incidents qui se sont produits dans sa commune entre la population et les sujets ennemis », attire l’attention du préfet « sur les inconvénients que peut présenter la présence de sujets allemands sur la côte varoise aux abords du port de Toulon ». Ce fut la grande déception des exilés que de voir les autorités françaises les interner et d’être livrés aux « nazis » même après l’armistice, eux les résistants qui défendaient la France.

Pour l’administration varoise, tout comme pour la littérature et la résistance au régime, ce fut Lion Feuchtwanger qui symbolisa et agrégea au- teurs et éditeurs, dans un paradis perdu, une sorte de Weimar en exil. En réalité, sauf pour la cour- te période de l’été 1933, durant laquelle Thomas Mann reproduisit ses soirées de lectures devant une assistance plus large et cosmopolite qu’à Munich, il n’y eut jamais de grande concentration d’intellectuels. Mais, de très nombreuses rencontres contribuèrent, dans l’exil et la peur du lendemain, à forger des solidarités, et cela durant neuf années. Cette situation conduisit certains d’entre eux, les plus politiques ou lucides, à se donner les moyens d’être entendus, en exil comme en Allemagne. On ne peut pas non plus négliger un certain sentiment de culpabilité face à l’inefficacité de l’intelligence et de l’art contre la machine totalitaire, qui opposait l’autodafé à l’expression artistique et Mein Kampf aux œuvres des « dégénérés ». Das Wort se voulut une réponse et une reprise en main de l’usage de la création dans la société. Aux côtés d’un ardent combattant du fascisme Willi Bredel, Lion Feuchtwanger et Bertolt Brecht furent non seulement les membres fondateurs et les rédacteurs de Das Wort, mais aussi les figures emblématiques de l’antifascisme.

Ainsi, la préface de la première édition de la revue en est le cri : « Encore jamais une revue n’a eu si peu besoin de justifier sa parution que Das Wort  parce que les principaux représentants d’une grande littérature n’ont jamais été dans la situation des écrivains allemands contemporains. Traduite dans toutes les langues du monde, témoin d’un quart de siècle de destins dramatiques de la société et des individus, depuis plus de trois ans d’exil, cette littérature si réprimée a certes des éditeurs, mais pas une seule revue. » Ils reprochent au régime national-socialiste de « violer la langue allemande, pas moins que la chair des Allemands dans leurs camps de concentration ». Das Wort (le mot) apparaît donc comme l’emblème de l’élite intellectuelle, qui veut représenter son Allemagne en dehors de ses frontières, pour les Allemands restés sur le territoire, pour les exilés, et enfin aux yeux du monde.

Entre résistance et impuissance Das Wort paraît pour la première fois en 1936 aux éditions Jourgaz à Moscou. Pour de nombreux intellectuels de l’époque, seule l’Union soviétique peut à la fois soutenir la création artistique et défendre les valeurs sociales, et même humanistes, qui viennent d’être détruites par le régime nazi, dégénérescence du capitalisme. Ils ont une considération marquée pour l’Union soviétique, ainsi qu’il est écrit dans l’avant-propos : « Das Wort paraît dans un pays qui ne connaît pas le chômage, où plus d’un million d’Allemands ont été initiés à la vie culturelle nationale intensive. Dans un pays, qui dénigre certes les actuels détenteurs du pouvoir en Allemagne et qui les menace de leur déclarer la guerre, mais qui ne réagit pas avec chauvinisme, mais avec un amour et un respect inchangés pour le véritable esprit humaniste allemand. » Ce choix de lieu de parution est en réalité beaucoup plus matérialiste et propagandiste que les auteurs de Das Wort veulent bien l’admettre. Après l’échec de précédentes revues d’exil comme Die Sammlung et Die Neuen Deutschen Blätter pour des raisons budgétaires, le directeur de la maison d’édition russe, Michail Kolzow, leur propose de financer Das Wort avec les ressources des partis et des autorités moscovites, à condition que les écrits restent dans la ligne.

Ses auteurs étaient également soutenus par les différentes prises de conscience de leurs collègues européens. Par exemple, l’Association de défense des écrivains allemands, créée à Paris en 1933, maintint le lien entre la résistance clandestine et les exilés, en contribuant à la diffusion de revues prohibées. Le premier congrès international pour la défense de la culture en 1935 entretint également l’action de la résistance intellectuelle. Mais, au cours de cette assemblée, les influences politiques furent très prégnantes et ne favorisèrent pas l’improbable unité de cette opposition. Un an plus tard, Das Wort paraît comme une volonté de remédier à la division.

Pour ces auteurs, la revue est également un exutoire, l’expression de leur situation intellectuelle, partagée entre exclusion et quête d’identité. Dans Das Wort, Fritz Brügel livre par exemple, sous la forme d’un poème intitulé Chant chuchoté, des pistes universelles sur l’exil : l’apatride (« on ne nous voit pas, on ne nous connaît pas »), la dispersion (« nous continuons à tisser notre toile qui devient de plus en plus fine de ville en ville, de lieu en lieu ») et le dualisme entre la résistance et l’impuissance (dans la pointe du poème : « ils n’ont rien, ils n’ont rien, ils vont tout avoir »).

La contribution la plus importante des auteurs de Das Wort est sans aucun doute leur approche pédagogique de l’art. Ils s’appuient en effet sur un postulat didactique, qui consiste à tirer du passé la compréhension du présent et l’appréhension de l’avenir dans une dialectique qui oppose la guerre au pacifisme, le capitalisme au socialisme et la violence à l’humanisme. En cela, ils combattent l’idéalisme d’un Thomas Mann, qui, malgré la présence attestée de son clan à Sanary, n’entre justement pas dans la revue « sanaryenne ».

Quelques exemples

Arnold Zweig, ancien de Verdun, est devenu un ardent pacifiste. Cette attitude repose essentiellement sur une analyse de la société militaire allemande et de ses rapports socioculturels : entre le simple soldat et les officiers prussiens, entre juifs et non-juifs. Dans sa nouvelle Schipper Schammes, tirée de son roman d’apprentissage Erziehung vor Verdun paru un an plus tôt, il décrit la guerre comme le creuset de la formation intellectuelle de nombreux Allemands, à commencer par la formalisation sociale et culturelle du sionisme. Pour lui, le conflit armé s’avère contraire à la civilisation, au débat politique et aux individus. Il faut donc combattre contre Hitler le guerrier, mais qu’en sera-t-il d’une guerre de la civilisation contre Hitler ?

Bertolt Brecht, dans son poème Les effets vivifiants de l’argent, analyse cette situation, d’un point de vue économique et politique, au prisme de la dialectique marxiste. Il accepte Lion Feuchtwanger, car il est l’un des rares à admettre l’impasse de l’humanisme dans les conditions imposées par Hitler. Das Wort signale justement à tous les intellectuels que la réalité-argent est plus forte que le bien-idéal auxquels beaucoup voudraient encore croire. En ce sens, ces entrevues sanaryennes furent sans doute le milieu neutre et idyllique, qui permit la distanciation entre ces auteurs et l’effet de leur production sur le public.

Quant à Stefan Zweig et Ludwig Marcuse, ils arborent une conception davantage philosophique de leur environnement. Dans sa nouvelle Une conscience contre la violence, Stefan Zweig suggère le combat de la résistance intellectuelle contre le régime hitlérien par la métaphore de Castellion contre Calvin. L’auteur défend l’idée d’une réflexion spirituelle nécessaire face au barbarisme des dogmes politiques et religieux. Il en appelle à la solidarité de la résistance intellectuelle, dont il admet la limite face à la puissance de l’appareil militaire.

« Les moustiques contre les éléphants », ou encore « la guerre du pur esprit contre la surpuissance d’une dictature en armure », c’est ainsi qu’il se représente le combat humaniste. Malgré les dangers liés à l’action clandestine, l’auteur exhorte les peuples à exercer leur « liberté » et leur « indépendance» intellectuelle. Dans la dernière phrase de son texte, où il incite à « appeler toutes ces boucheries dévotes par leur vrai nom : meurtre », le discours de Stefan Zweig apparaît à la fois universel et annonciateur.

Dans Das Wort, Lion Marcuse définit l’humanisme comme l’approche philosophique en tous points opposée à l’aryanisme, qui défend la supériorité de la race des descendants des peuples de langue indo-européenne. À l’élitisme et l’antisémitisme, l’intellectuel oppose la solidarité des peuples, l’égalité entre les races face aux « nécessités sur cette terre ». Lion Marcuse rejette les fondements nationaux-socialistes d’une nation ethnoculturelle, légitimée par les droits du sang. Mais plus encore, il s’insurge contre leur détournement de la théorie pangermaniste fichtéenne au profit de l’impérialisme. En effet, il rappelle que Fichte avait certes prôné l’émancipation, l’unité du peuple allemand et le patriotisme, mais dans le but de s’affranchir de la soumission à la puissance napoléonienne.

L’auteur ne reconnaît à la politique national-socialiste aucun fondement intellectuel et revendique pour son propre groupe le monopole de la réflexion philosophique allemande et universelle. En cela, il s’oppose à la culture « völkisch », inventée par les nationaux-socialistes. Das Wort ne se contente pas d’en mener la critique, mais publie, dans sa revue de presse à la fin de chaque numéro, des extraits de la presse officielle du Reich.

Initiatives de Mémoire Ces auteurs, plus ou moins politisés, ont cependant tous la conscience aiguë que d’une part, les « nazis » détruisent la culture et la langue allemandes – et pas seulement la leur, mais celle de l’histoire allemande –, et que d’autre part, la guerre à mort, qui ne manquera pas de survenir, entraînera la destruction de l’Allemagne. La déclaration de guerre a donc comme conséquence le déplacement des enjeux, puis inattendu, le renversement de la situation des proscrits en France. La revue ne peut perdurer. Les écrivains se retrouvent enfermés au propre comme au figuré et n’ont de cesse que de fuir plus loin. Et, compte tenu des accords entre le Reich et l’Union soviétique, ils ne trouvent refuge physique et intellectuel qu’aux Amériques.

Le francophile Lion Feuchtwanger devra écrire Le Diable en France pour exorciser le drame de la culture allemande, qui voyait la France comme le « séjour de Dieu ». Bertolt Brecht fait le tour de l’Europe « avec deux divisions allemandes motorisées aux fesses et sans le moindre visa ». Heinrich Mann, malgré son âge, traverse les Pyrénées. Fritz Brügel et Arthur Koestler s’exilent en Grande-Bretagne, donc restent en Europe, le berceau de leur culture. En Amérique latine, on trouve Arnod Zweig en Haïti et Stefan Zweig au Brésil, nouvel eldorado intellectuel, mais dans les deux cas très européen.

Hannsferdinand Döbler, écrivain allemand qui avait rédigé en 1984 un article très remarqué dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit (« Vertriebene. Wo Thomas und Heinrich Mann mit all den anderen Zuflucht fanden »), fut à l’initiative d’une plaque commémorative, offerte par les gouvernements allemand et autrichien. Elle fut inaugurée le 18 septembre 1987, après deux ans de tractations, l’établissement de la liste des exilés n’étant pas le moindre problème. Le conseil municipal s’insurgea de n’avoir pas été sollicité : « Sur le fond, comme on le dit à la messe, cela était juste et bon.

Mais dans la forme, c’était parfaitement illégal et pour tout dire, ubuesque. Nous avons vu, en territoire français, une autorité étrangère inaugurer un hommage public que seul le Conseil municipal est autorisé par la Loi à décerner. » Les historiens sanaryens Jeanpierre Guindon, co-auteur de Zone d’ombres en 1990, et Barthélémy Rotger, pionniers de la recherche sur l’exil sanaryen, entamèrent des recherches au début des années 1980. La découverte de l’histoire du camp des Milles suscita un travail universitaire à Aix en Provence sous la direction de Jacques Granjonc et de Theresia Grundtner. C’est à partir de 1998, que la commune de Sanary prit des initiatives dites de mémoire : voyages en des lieux symboliques, inauguration du Jardin des Enfants d’Yzieu, création du parcours de lieux de séjour, dont vingt et un sont identifiés par des plaques, ou encore édition d’une brochure bilingue historique et touristique. En effet, la commune était alors sollicitée autant par les chercheurs que par les tours opérateurs. En 2004, une nouvelle brochure trilingue fut publiée alors que se tenaient à Sanary les journées du cinquantenaire de l’OFAJ. Cette commune, Sanary, est en quelque sorte reconnue pour ce qu’elle ne savait pas être à l’époque, selon la fameuse et ironique phrase de Ludwig Marcuse, « la capitale secrète de la littérature allemande ». Du côté allemand, Heinke Wunderlich et Stefanie Menke en 1996, Ulrike Voswinckel et Frank Berninger en 2005, (ouvrage traduit en français) ont enrichi ces dernières années, avec d’autres, tels Ruth Werfel ou Peter Spiro, la connaissance de l’exil à Sanary.

Le devoir de mémoire ayant aujourd’hui largement mis à jour les éléments matériels de la présence des exilés de langue allemande à Sanary, il reste encore à analyser plus précisément la production littéraire liée à cet exil. La thèse de Magali Nieradka (Die Hauptstadt der deutschen Literatur: Sanary-sur-mer als Ort des Exils deutschsprachiger Schriftsteller, publiée en 2010) est l’occasion d’une meilleure connaissance de la question de l’inspiration artistique. Dans la recherche française en revanche, le motif littéraire chez les exilés « sanaryens » reste encore relativement inexploré, d’un point de vue systématique. Pourtant, l’étude de Das Wort ne serait-elle pas l’occasion d’une connaissance plus approfondie de ces hôtes inattendus

Plage de Barry à Bandol

 

Plage de Barry, à Bandol, Juin 1943…Octobre 1997…
Par Gérard Loridon (reproduit avec autorisation)
http://www.philippe.tailliez.net/

Un matin de Janvier 1997, le commandant Tailliez, me téléphone et me demande d’ouvrir le Musée Frédéric DUMAS, dans l’après midi. Il reçoit un professeur, sommité universitaire de Roumanie. Toujours content de passer un moment avec celui qui fut mon Pacha et qui est devenu mon ami, je lui donne volontiers mon accord.

Nous nous retrouvons dans la Tour Romane et je décris, les pièces historiques de nos collections au visiteur. Le Commandant insiste sur celles, nombreuses, qui lui rappellent des souvenirs particuliers. Ce professeur roumain, qui comprend et parle très bien le français, est enthousiasmé et nous pose de nombreuses questions.

 

En fin de visite, il demande où s’est déroulé la première plongée dont il est fait état dans « Le Monde du Silence » Le Commandant lui réponds que c’est à Bandol et se propose de lui faire découvrir ce lieu historique.

Ne connaissant pas, moi-même l’endroit exact, je lui demande si il m’est possible de les accompagner. Ce qu’il accepte, bien vivement. Il ne fait pas très beau, un peu de vent d’est et une ondée de temps en temps. Nous arrivons sur la corniche après avoir dépassé Bandol, nous dirigeant vert l’île Rousse et le quartier des Engraviers.

Nous arrêtons devant une petite crique. Le Commandant ému, il est chacun le sait très sensible, reconnaît les lieux et nous les fait découvrir. Je reconnais là une photographie ancienne, dont je n’ai plus hélas que la photocopie. Philippe Tailliez nous retrace brièvement le récit de cette première plongée. On en trouve une relation détaillée dans « Le Monde du Silence ».

C’est ici en Juin 1943, que ceux qui allaient devenirs célèbres et « Mousquemers » utilisèrent pour la première fois, en mer, le scaphandre autonome Cousteau-Gagnan.

Le pacha me fait voir la maison où ils habitaient, juste en face de l’autre côté de la route. Elle sert maintenant, comme centre de repos pour l’organisme social d’une administration.

Il me vient une idée et je me tourne vers Philippe Tailliez :
-  Commandant, mais c’est un lieu mythique, il serait bon de le conserver et surtout de le faire connaître…en y mettant en place une plaque commémorative relatant ce fait historique unique.
-  Gérard, tu as raison et je suis tout à fait d’accord avec toi, fais cela.

Nous sommes repartis ce soir là, heureux et moi, chargé d’une mission délicate. Effectivement, on ne pose pas ainsi une plaque, sans autorisation, de qui, au fait ? Comment ? Quelle forme allons nous lui donner ?

Je me rends compte que je me suis mis sur les bras une rude affaire. Aussi, je pense que c’est un projet qui doit être développé par l’association du Musée Frédéric Dumas dont je suis le Vice Président. Je me tourne vers le Président, mon ami Pierre Yves LE BIGOT, sur qui je peux compter. Et pour cause.

Nous nous entendons très bien. Chacun apportant ses idées, nous les mettons en pratique en commun. Idées dont la particularité est d’être au départ un peu folles..Une jeune et jolie journaliste de la presse locale ne nous a-t-elle pas baptisés, en première page, les « Fous de mer »

Aussi mon propos ne choque nullement Pierre Yves.
-  Tu t’occupes de la partie administrative, je fais le reste me dit-il.
-  Je suis maintenant tranquille. L’efficacité de Pierre Yves n’est pas un vain mot.

Quelques jours après je suis dans le bureau du Dr SUQUET, premier magistrat de la commune de Bandol, qui vient de m’accorder un rendez vous.

C’est un monsieur très aimable, mais aussi très sérieux. Il m’écoute develloper l’histoire de cette naissance historique, et le projet que nous caressons.
Monsieur LORIDON, sachez tout d’abord que pour tout ce qui touche au patrimoine de Bandol, ma porte vous sera toujours ouverte…
Merci, Monsieur le Maire….je me dit que ce préambule nous permet d’envisager une suite favorable.
Sachez aussi reprends-t-il, que je connais bien Frédéric Dumas et qu’il m’arrivait de le rencontrer très souvent dans le car qui nous emmenait à Toulon. Aussi, je vous demande de me remettre un dossier avec descriptif complet, et le montant des frais à engager. Je présenterais cela au prochain Conseil municipal.

Quel plaisir de rencontrer et de travailler avec des édiles aussi ouverts.

A la suite de quoi, je pris contact avec le Cdt Cousteau qui nous donna un avis très favorable par une lettre de son secrétariat, lui-même étant déjà malade.

Le commandant Tailliez, m’avait donné un accord oral dès le départ, Il fut doublé par une carte disant : « Cher Gérard LORIDON, comment ne pas applaudir, doyen que je suis des Mousquemers, à votre idée d’apposer une plaque commémorative, ce grand évènement auquel j’ai pris part, et exprimer mes remerciements à Monsieur le Maire de Bandol. Certes, je serais là, lors de la cérémonie, accompagné d’amis. Pour nous tous, ce sera très émouvant »

Madame Jeanne Dumas me fit tenir une lettre « où elle et ses deux filles se réjouissaient » de cette heureuse initiative. Pendant ce temps là, Pierre Yves avait rencontré un membre de notre association, Pierre Blanchard, styliste, artiste, dessinateur. Pierre nous fit un croquis et une maquette magnifique. La plaque, en bronze, fut coulée à Nice.

Le Dr SUQUET, Maire de Bandol, la fit poser sur une stèle devant la mer. Une cérémonie émouvante eu lieu le 26 Octobre 1997. Il y avait là 120 personnes dont Jean Michel COUSTEAU venu spécialement des USA.

Le Maire de Bandol pris la parole et me la transmis pour une courte évocation historique. Ensuite Jean Michel COUSTEAU, nous dit sa joie, car il était présent lors de ces essais. Le Commandant Tailliez, vu son âge était assis, ému. Il s’est levé à mis la main dans sa poche et en a sorti son célèbre bonnet rouge qu’il a coiffé au milieu des applaudissements. Je ne ma rappelle plus très bien ses paroles, mais il était heureux « d’être là, à nouveau, à côté de Jean Michel qu’il avait fait plongé dans cet endroit il y avait plus de 50 années »

Ensuite la plaque recouverte du pavillon français a été dévoilée, d’un bord par le Capitaine de Vaisseau Philippe TAILLIEZ, de l’autre bord par Emmanuelle FAURE, 12 ans, émue aux larmes, une jeune plongeuse, file d’un de mes amis, plongeur lui-même.

Je l’avais choisi, voulant que deux générations de passionnés du monde sous marins soient réunies ce jour là.

Ce Monde du Silence, ce Merveilleux Royaume dont le Commandant TAILLIEZ nous disait souvent, qu’il nous l’avait offert pour des siècles et des siècles.


Plaque commémorative (Plage de Barry, commune de Bandol)
Photo Yves Maucherat

Mon ami, Yves MAUCHERAT, membre du Musée lui aussi, effectuât tout le reportage photographique. Il possède maintenant une belle collection d’images de cette journée mémorable. Il n’allait d’ailleurs pas tarder à faire parler de lui, en prenant en charge l’association, que nous lui avons confiée après deux mandats de trois années.

L’association du Musée Frédéric DUMAS a posé, sous la Présidence de Yves MAUCHERAT, une seconde plaque au Brusc, commémorant le premier film « Par 18 mètres de fond » tourné en 1942/43, par les Mousquemers. Philippe TAILLEZ y figure, à côté de ses deux amis.

Gérard LORIDON. Vice président Honoraire de l’Association du Musée Frédéric DUMAS.

Le restaurant des plongeurs

A SANARY… Chez VICTOR, au Provençal…le Restaurant des plongeurs
Par Gérard Loridon

J’assistais, en Mars dernier, au vernissage de l’exposition sur le Corail, manifestation  » Art Bleu  » organisé par le Musée Frédéric DUMAS. Monsieur le Dr Ferdinand BERNHARD, Maire et Conseiller général, cita au cours d’une courte allocution  » …SANARY, le berceau de la Plongée..  » Cette reconnaissance, en ces termes, par celui qui nous a offert la Tour Romane et nous a fournit une aide importante pour y implanter le Musée de la Plongée dédié à Frédéric DUMAS est une véritable consécration pour Sanary. Surtout, au vu des nombreux pionniers qui y ont vécu et qui ont largement participé à l’éclosion de cette activité sportive et industrielle, qui fut pour nous aussi, une véritable passion. Je citerais très vite et donc tout d’abord Frédéric DUMAS qui vécu à Portissol.

Ensuite le Cdt Cousteau qui possédait une villa, et son ami Georges SERENON, le fondateur du CIP Bendor. Enfin, Paul DUBOIS, qui mit au point le Masque Squale toujours en fabrication et vendu dans le monde entier.Paul Dubois, personnage haut en couleurs, était connu de tous les Sanaryens, au même titre que Frédéric Dumas qu’ils appellaient Didi. Et aussi Jojo SERENON…. Paul DUBOIS avait commencé par habiter rue Nazaire Fournier dans une villa qu’il avait loué nommée  » Sam’suffit  » et qui existe toujours. Jojo SERENON, quartier du Rosaire ou sa maison porte le nom d’un îlot des Embiez,  » La Clapassude  » et le Cdt Cousteau dont son fils Jean Michel a pris la suite, à la Villa  » Baobab  » … Rappelant ainsi son essentielle histoire sous marine, notre ville possède donc plusieurs lieux de souvenirs subaquatiques, dus à ces personnages célèbres. Mais il est aussi, un haut lieu de la convivialité subaquatique que l’on ne peut oublier et que j’aimerais donc rappeler ici.

J’ai découvert Sanary en 1954, alors que je remplissais mes obligations militaires au GERS, dans la Marine Nationale, où j’étais matelot et……surtout plongeur. Avec plusieurs de mes amis, dans la même situation, nous y venions souvent, attirés par des fonds sous-marins encore peu explorés. La solde du Matelot recruté de l’époque, était modique et ne nous aurait pas permis de pratiquer notre sport favori, la Chasse s/m, si, il n’y avait été adjoint des primes de plongée substantielles. Malgré cela, nous ne nous livrions pas à de folles dépenses et après avoir fait le tour du port, cherchant un restaurant prometteur et modique, nous avons découvert le Provençal, après une étude comparative correspondant à nos faibles moyens…mais à nos gros appétits. Nous avions 20 ans et après une partie de pêche sous-marine à La Cride, dans une eau fraîche, peu protégés par les vêtements en caoutchouc mousse de l’époque, nous aurions comme me le disait mon ami Enzo  » manger un aïne et caguer les fers…  » excuser les termes réalistes, mais il me faut conserver l’image du moment. Le Provençal avait, en plus d’un menu sain et abondant une présentation fidèle de la cuisine familiale, qu’il a toujours conservé d’ailleurs.

Pour le repas qui a suivit…il faut que je vous explique.

Le Provençal était tenu par Victor Ranuccison épouse Régine et sa sœur Mado. Evidemment les plats étaient copieux, le vin en pichet conséquent et débattant de nos exploits subaquatiques du matin, nos assiettes se vidaient normalement. Victor, enchanté de voir cette bande de copains, faire honneur à sa cuisine, doublait et triplait le plat de frites, le pain, le pichet, les fromages au fur et à mesure de l’engloutissement recommandant à Mado  » …il faut les nourrir comme il faut, ils ont plongé toute la matinée…  » Et ce, bien sur, sans aucune majoration tarifaire. Le pli était pris et l’adresse communiquée aux autres amis plongeurs  » ..Le Provençal, à Sanary, sur le port,…le patron, un mec sympa, qui nous comprend, et la bouff’…attention, comme à la maison.  » Très rapidement, avec Victor, nous sommes devenus des amis, il ne pouvait en être autrement.

Et cela fut vite compris par les hordes de plongeurs, bruyants quelquefois, affamées toujours, et en fin de compte heureux, de se retrouver aussi souvent que possible ; autour d’une table qu’ils avaient finit par considérée comme étant la leur. En ½ siècle de fréquentation du Provençal, pas moins, nous y avons convié, tous les plongeurs du GERS, tous ceux de mon entreprise, car il ‘était plus facile de nourrir mes scaphandriers chez Victor que dans ce que l’on appelle un  » restaurant d’entreprise « . Nous nous y sommes retrouvés au cours des soirées mémorables du Ski-club et du Club de ski Nautique, dont le président Jeannot Nevière n’était pas le dernier à y créer une ambiance plus que conviviale.

Et cela a continué avec les visiteurs et membres de l’association du musée Frédéric DUMAS et par la suite les grandes tablées de l’archéologie subaquatique de l’Ouest varois, tablées hautement patronnées par l’ami Pierre Chazal et Didier Martina-Fieschi. On y a vu quelques vieux Scaphs’, BURNIER, GALERNE venant des USA. Maintenant la nouvelle équipe du Musée, Yves, Jean Marie, Henri…. Victor, Régine , Mado, ont pris leur retraite, mais la suite est assurée par Marc le fils de Victor et sa charmante épouse Valérie. Normal, Marc, c’est un plongeur !

L’autre soir, donc, sortant de ce vernissage, conservant la tradition, nous étions attablés avec mon épouse  » Chez Victor  » quand nous avons vu arriver deux couples de nos amis. Jean et Danièle BRONDI, accompagnés de Robert et Nicole Jacquet. Jeannot comme nous l’appelons tous, quand il s’est mis à la plongée n’a pas fait les choses à moitié et a franchi toutes les limites de la profondeur en moins d’un mois. Je me souviens, l’ayant rencontré un jour sur le port, rentrant de mer, et lui avoir demandé comme on le fait d’ordinaire  » …alors Jeannot, la plongée tu en est où ?…  » La réponse fut simple  » pas de problèmes me dit-il, quand je vois un coin qui me plait, je mouille l’ancre et je descends jusqu’au fond…  » Je crois savoir que 70/80 mètres, ce n’était pas pour l’effrayer, avec notre ami Marc DUPLAN un autre  » Fou de Mer  » Robert lui c’est plutôt un voileux, il n’est jamais aussi heureux que lorsque sous toute la toile, il rentre du Rouveau, par un bon mistral de travers de 30/40 nœuds Et la plongée, en bouteilles il appréciait. Aussi en apnée pour se faire un bon sac d’oursins, les dimanches matins d’hiver, qu’il fait déguster à ses amis, devant sa maison de l’Huide, accompagnés d’un rosé nécessaire et bienvenu. Ce soir là, nous en avons évoqué des souvenirs, trop long à raconter ici… ChezVICTOR, maintenant chez MARC, c’est toujours la table des Plongeurs et des Scaphandriers, la seule d’autant plus que, à une époque lointaine, des promoteurs novateurs avaient proposé la construction d’un restaurant sous-marin…. Inutile le Monde du Silence, le Grand Bleu, Victor les a tous invités à la table du Provençal, il y a 48 ans !

Brève histoire de Sanary

L’histoire de Sanary

A partir du XIème siècle, les anciens titres des moines de Saint-Victor, de Marseille, signalent le «Cellam Sancti Nazarii».

Autour de celui-ci viennent se grouper quelques pêcheurs et agriculteurs d’Ollioules de qui dépend le terroir, sous la suzeraineté des Vicomtes de Marseille et de Simiane.

Certes, ce ne sont pas les premiers habitants de notre rivage. Déjà, le village celtoligure du Garou est daté de 600 avant J.C., des villes gallo-romaines sont identifiées à Portissol, à la Gorguette. Un peu partout, des débris de doila, de tegulas, jonchent le sol. En 1882, à Portissol, vingt tombes sont découvertes ; récemment, on y a mis à jour un four de potier. Des monnaies de Claude, d’Adrien, de Vespasien ont été trouvées.

Une stèle a été découverte au bord de la Reppe. Il y a longtemps que l’homme a laissé des traces de son habitat sur notre terroir. Peut-on penser que les habitants de la Courtine, si proches du bord de mer, ne soient pas venus voir un peu ce qui s’y passait ?

1300 APJC: La tour romane

Mais c’est surtout à partir du XIVème siècle que commence le début de ce qui va devenir un hameau d’abord, un bourg ensuite. Dans une supplique au Roi, les syndics des habitants de Saint-Nazaire-les-Ollioules font connaître ce qui suit : « Le lieu d’Oliolis a un grand et spacieux terroir qui aboutit en divers endroits au rivage de la mer où il s’y trouve deux ports, dedans l’un desquels les Seigneurs du lieu ayant un grand ténement de leur ancien fief et domaine au quartier Saint-Nazaire, ils ont fait bastir au rivage du port une tour très forte et considérable… », (la date de construction de la tour romane est de 1300). Ces deux ports sont Lagoubran, la termine d’en haut, et Saint-Nazaire, la termine d’en bas. C’est ainsi qu’ils appellent ces terroirs.

En 1436, le risque d’une incursion de barbaresques incita le roi René à ordonner à Oliolis, contre certains privilèges, de renforcer les défenses de Saint-Nazaire en ces termes : « Etant donné que le bourg de Saint-Nazaire est de la dépendance d’Oliolis, le roi René porte à Oliolis de faire le boulevard et fossé à la tour Saint-Nazaire… ». Cet acte est daté du 1er juillet 1436. La tour avait déjà été réarmé en 1323, après la visite de Robert de Millet, sénéchal de Provence.

L’on voit -par le changement qui intervient dans la désignation de l’agglomération que l’on appelle successivement habitations, hameau, puis bourg – une évolution dans le nombre des maisons, donc de la population. Plus tard, nous verrons cette évolution s’amplifier, notamment en 1507. Cette année-là, le seigneur Bertrand de Ventimille et son cousin germain, Guiran de Simiane, tous deux co-seigneurs, accordent des terres à seize nouvelles familles venant accroître le nombre d’habitants. Certains de ces nouveaux arrivants seront autorisés à bâtir sur le boulevard de la tour, à l’intérieur des fossés. Un an auparavant, ils ont aussi concédé à Chautard d’Ollioules des terres situées à Mortier et en-dessous du chemin qui conduit à la Gorguette.

Le port

Le port, qui voit la construction d’un premier quai venu s’ajouter au débarcadère proche de la tour, prend de l’importance. Il devient plus fréquenté, mais sa faible profondeur, son envasement par la rivière, la Reppe, lui nuiront toujours.

Une grande partie de la population vit de la mer : pécheurs, navigateurs pour les échelles du Levant et, avec le temps, plus loin encore, vers les Amériques et Terre-Neuve.

Hélas, Saint-Nazaire a du mal à se développer tant qu’il est lié à Ollioules. Aussi, à mesure que le commerce se développe, naît une bourgeoisie de marchands, des notables plus entreprenants se manifestent.

La population, a la certitude de pouvoir s’administrer elle-même.
Ollioules sera obligé d’admettre des syndics à Saint-Nazaire, qui viendront siéger au Conseil de la Communauté. Ces Syndics, les Bernard, Infernet, de Saint-Maurice, déploieront les plus grands efforts dans des requêtes, des procès, des interventions tant auprès du Parlement de Provence, à Aix, qu’à la cour de France. Ils veulent obtenir leur autonomie, d’autant plus qu’en diverses autres communes, des faits semblables vont se produire et ainsi les conforter dans leur espoir.

C’est la Seyne qui, en 1657, obtient de se séparer de Six-Fours, la Ciotat, en 1675, se sépare de Ceyreste. Tous les bourgs de l’intérieur des terres voient leurs dépendances du bord de mer, devenu plus sûr, se séparer de la commune mère. Il ne peut en être différemment d’Ollioules et de Saint-Nazaire.

Plusieurs procès en séparation vont être intentés contre Ollioules. En 1649, 1673, et 1678.

Toujours en pure perte et bien souvent avec des menaces de répression. Cependant, de nombreux avantages sont obtenus d’Ollioules qui comprend qu’il lui faut faire quelques concessions.

C’est ainsi qu’on obtient une fontaine, un banc de boucherie, un troupeau communal et bien d’autres améliorations, tel qu’un Lieutenant du juge d’Ollioules. Mais rien n’y fait et l’on comprend l’amertume d’Ollioules qui, malgré ses efforts de compréhension, sent Saint-Nazaire lui échapper. Elle pressent que sa vie économique en sera perturbée, surtout par la perte du port. C’est par lui que se font les exportations de sa production, par lui que les denrées importantes lui parviennent. Cela lui est déjà arrivé dans le temps, en 1225, dans un différend avec Toulon pour Lagoubran. Plus tard aussi, en 1296, Evenos s’est séparé d’Ollioules.

1688 : Victoire

Pour les Saint-Nazairiens, avec la croissance de leur cité, le désir de pouvoir s’administrer eux-mêmes s’accroît.

Les notables, appuyés par des capitaines marchands qui fréquentent leur port, font pression et essaient d’avoir des appuis, haut-placés, tels ceux du Duc de Beaufort, de l’Intendant Arnould, du Marquis de Centurioni, de Nicet.

Ce sera même Pierre Puget qui dessinera le futur port en 1672. Tout cela fournira matière à étoffer un important dossier qui ébranlera le roi Louis XIV lui-même. Un seul obstacle d’importance, le ministre Colbert.

Il entreprend de grands travaux à Toulon pour le port et pour l’arsenal et ne souhaite pas de port concurrentiel, si petit soit-il. Après sa mort, survenue en 1683, une dernière tentative convaincra le roi Louis XIV de la justesse des ambitions de Saint-Nazaire.

En 1688, un édit signé en son Conseil, le roi étant présent, consacrera la séparation d’Ollioules et de Saint-Nazaire.

C’est le 10 juillet. Après son passage devant le Parlement de Provence siégeant à Aix, l’édit parviendra à Saint-Nazaire le 20 juillet.

Cette nouvelle sera accueillie avec toute la joie que l’on devine. Cette victoire consacre les efforts de tous. Il y a trois cent ans de cela…

Désormais, la communauté prend en charge son administration. L’édit de séparation lui a attribué le tiers du territoire d’Ollioules et deux moulins à blé ; de plus, les revenus de rentes diverses. La première préoccupation de la nouvelle communauté sera l’élection d’un consul (maire) et de son conseil.

Le premier élu sera Barnabé Infernet. Il faut d’abord travailler à l’approfondissement du port, car une des obligations imposées par le roi pour la séparation est celle de l’accès éventuel du port à treize galères royales. Ce travail doit être payé un tiers par le bourg, un tiers par le parlement d’Aix, un tiers par le roi.

On attendra pendant plus de trente ans ce dernier paiement. Cette avance de fonds obérera pour longtemps les finances locales. Cependant, le désenvasement du port permettra l’accès de navires plus importants et favorisera le commerce maritime.

De nombreux capitaines marins, de nombreux navires marchands donneront une grande activité au port.

1707 : Conflit

La nouvelle communauté parviendra ainsi, malgré quelques difficultés, à gérer son avenir. La population augmente, ainsi que le nombre de maisons.

Saint-Nazaire est maintenant un bourg qui comprend 253 maisons et 37 bastides sur le terroir, soit environ 1600 habitants.

Hélas, en 1707, la guerre est à nos portes. Le Duc de Savoie assiège Toulon et une escadre ennemie de vingt-deux navires vient mouiller en rade de Saint-Nazaire avec l’intention d’y débarquer des troupes pour prendre Toulon à revers.

Après un échange de boulets qui durera trois jours et demi, l’ennemi est contraint de se retirer. Il est vrai qu’en plus de la milice garde-côte locale et les canons de la tour, Toulon a envoyé des dragons qui ont pris position tout au long du littoral.

Cependant, la mer, au large, reste peu sûre et cela gène le trafic maritime et la pèche. Deux ans plus tard, en 1709, ce seront les plus grands froids que la Provence ait connue. A nouveau, la mer est interdite et, de plus, l’agriculture a terriblement souffert.

Il faut acheter des grains au dehors. Les oliviers, la vigne, sources de richesse, sont gelés. Il faudra plusieurs années pour s’en remettre.

En résumé, des années difficiles pour une jeune communauté sans grands moyens. Un fléau, plus terrible encore, la frappe en 1720-1721, la peste, qui ravage la Provence de Marseille à Toulon et Ollioules, Saint-Nazaire en sera atteint en 1721 et seules des mesures sanitaires, prises à temps et sévèrement contrôlées, permettront à la population de survivre.

Les pertes ne seront que d’une cinquantaine de personnes. La vie reprendra ses droits.

En 1746, nouvelle invasion de la Provence par les austro-sardes. Saint-Nazaire ne sera pas touché car cette invasion ne pourra atteindre Toulon. En 1788, une escadre, sous les ordres de l’amiral d’Estaing, partant de Toulon, participera à la guerre d’indépendance des états d’Amérique. Vingt-sept Saint-Nazairiens serviront à bord de différents navires de cette flotte. 1789 : La Révolution

La Révolution de 1789 fera comme partout des victimes dans notre bourg. La vente de biens nationaux, chapelles, bois, terres gastes, fera peut-être de nouveaux riches mais n’enrichira pas les peu fortunés.

En 1792, la Prud’homie succède à la Confrérie Saint-Pierre des pêcheurs. Lors de l’attaque de Toulon, aux mains des Anglais et royalistes, les représentants en mission feront arrêter les maires de Sanary et de Six-Fours sous le prétexte, inexact, qu’ils ont livré des armes aux troupes anglaises.

Les deux maires seront guillotinés pour avoir voulu défendre leurs administrés de ces fausses accusations. Il faudra attendre le XIXème siècle pour que le bourg recommence à prospérer, dans le port comme à la campagne.

Dans le début de ce siècle, la flotte, qui comptait trente-cinq bâtiments, faisant principalement le commerce avec les Echelles du Levant, est tombée à douze navires seulement, qui font un commerce de blé, de vin, d’huile, de bois à brûler, de briques et de tuiles.

Le port, délaissé pendant les périodes troublées, s’est à nouveau envasé. Quelques améliorations cependant pour les routes. En particulier en 1810 : on construit un pont en pierre sur la Reppe.

Le cimetière de la rue Saint-Pierre (aujourd’hui rue de la Prud’homie) est transféré à notre actuel vieux cimetière. Les pêcheurs ne sont plus groupés en Confrérie, mais ont créé une Prud’homie en 1792. On procède à la réparation de toutes les rues du bourg.

1859 : le premier train

Jusqu’en 1859, la vie s’écoule assez paisiblement. C’est en Mai 1859 que le premier train reliant Marseille à Toulon va faire son premier voyage.

Ce nouveau mode de transport va porter un coup fatal à trois activités : celle des moulins à vent, celle des moulins à huile et, surtout celle des transports maritimes.

Le port va décliner rapidement. Avec le ralentissement de la culture des oliviers, la vigne accroît son importance. Il en sera ainsi jusqu’en 1877, où le phylloxera affectera terriblement le terroir.

Pourtant, des domaines, ceux de Sainte-Trinide, de la Millière, de la Vernette, ont fait de grands progrès. La courte et désastreuse guerre de 1870 viendra arrêter cette expansion.

Heureusement en 1865 est arrivé un maire qui saura tourner le pays vers un avenir consacré au tourisme. On lui doit des constructions d’hôtels, des travaux d’embellissement des quais : plantation d’arbres, fontaines et, surtout l’élargissement qui va faire du port une belle promenade.

Le train est son allié avec le transport d’une clientèle qui recherche le soleil de notre Méditerranée, car ce sera tout d’abord un tourisme d’hiver. A la veille du XXème siècle, Saint-Nazaire devient Sanary le 12 novembre 1890. C’est son nom en provençal – San Nari – qui reprend ses droits.

Le 20ème siècle

Les travaux d’embellissement se poursuivent, des hôtels nouveaux se construisent, des villas se répandent dans l’arrière-pays. Sanary devient une petite ville.

La guerre de 1914-1918, comme pour toutes les villes de France, va arrêter cette expansion. Elle ne reprendra qu’à la fin du conflit qui a endeuillé beaucoup de familles et particulièrement le monde de la campagne et celui de la pêche. 1923 : Sanary sur mer

Le 27 juillet 1923, Sanary devient Sanary-sur-mer.

L’apparition des transports automobiles va permettre au monde du travail d’aller travailler à l’arsenal de Toulon, aux chantiers navals de la Seyne et la Ciotat. Il n’existe dans le terroir aucune industrie importante. Le tourisme cependant, à partir de 1936, va se développer et devenir surtout un tourisme d’été avec le nouvel engouement pour les bains de mer.

Là encore, la guerre de 1939-1945 va interrompre cette évolution. De nombreux étrangers, allemands, autrichiens, espagnols, vont venir se réfugier chez nous, fuyant le régime de leur pays. En 1942, les troupes allemandes et italiennes occupent la zone libre. Ces troupes entreprennent de transformer la côte en réduit fortifié.

Pour cela, plus de 150 maisons vont être détruites à l’explosif. Il faudra la Libération pour arrêter cette dévastation de notre commune.

Des blockhaus barrent les rues, le port est interdit, la population s’est réfugiée dans la campagne ou dans d’autres départements moins exposés. Avec la paix retrouvée, reprennent les activités touristiques. C’est la seule industrie qui peut permettre une activité rentable. Hélas, dans la tourmente, plusieurs hôtels ont disparu : Hôtel Dol, de la Mer, de la Ménandière, ainsi que des pensions de famille.

Par contre, favorisées par l’abandon de la culture, des terres deviennent disponibles pour des résidences secondaires. Sanary, un peu tous les jours, se transforme. C’est un autre Sanary-sur-Mer qui se bâtit pour le XXIème siècle.

Auteur : inconnu – source: synthèse de documents délivrés par l’Office de tourisme de Sanary par Olivier THOMAS

Les intellectuels allemands exilés à Sanary

Les intellectuels allemands exilés à Sanary, par Christian Soleil
Origine: PlumArt N°25 (janvier 2001) www.plumart.com
(reproduit avec autorisation)

Plutôt que de frémir et de s’attrister de la mort de cet homme, mieux aurait valu frémir et s’attrister de sa vie. » (Takeda Rintarô, Ningen)

En mai 1933, trois mois après l’accession d’Adolph Hitler au pouvoir, une campagne de destruction de la littérature « d’esprit non allemand » allume de nombreux bûchers dans tout le pays.

Des milliers d’oeuvres disparaissent. De nombreux auteurs, dont plusieurs de tout premier plan dans la littérature allemande et mondiale, prennent le chemin de l’exil, craignant alors pour leur liberté, parfois même pour leur vie…

Il en sera de même pour une quantité d’artistes peintres et musiciens. Beaucoup choisissent de s’expatrier vers la France.

Certains, pour fuir la cherté des grandes villes, optent pour les petits villages comme Sanary. Cette destination est encouragée par la présence de Thomas Mann, prix Nobel de littérature qui y a élu domicile avec ses enfants Klaus et Erika, sur les conseils de Jean Cocteau.

Grâce à sa fortune personnelle, il servira à tous ces artistes en exil de point d’accueil. Deux autres familles allemandes fréquentent Sanary depuis plusieurs années : le chanteur d’opéra Wilhem Ulmer et son épouse qui vivent à la Villa Bellevue en haut du quartier des Picotières et le peintre Anton Raderscheidt et Ilse Salberg qui font construire la Villa Le Patio dans le quartier de la Cride et où ils ouvriront un restaurant.

Ils seront plus tard internés dans le Camp des Milles près d’Aix-en-Provence.

L’écrivain allemand qui vécut le plus longtemps à Sanary fut sans doute Lion Feuchtwanger. Il y passe plus de sept années avec sa femme. Après un court séjour à l’hôtel de la Réserve à Bandol, ils viennent s’installer à Beaucours à la villa Lazare, qu’occupait jusque-là le peintre Lou Albert-Lazard, ami de Rainer Maria Rilke dont elle traduit quelques-unes une de ses oeuvres.

Ils louent ensuite la Villa  » Valmer  » à la Cride. Lion Feuchtwanger sera lui aussi interné au camp des Milles où il écrira Le diable en France, œuvre critique de l’administration de Vichy.

Autour de Thomas Mann et de Lion Feuchtwanger viennent se regrouper de nouveaux exilés : René Schikele, écrivain alsacien, Julius Meier-Grafe, historien d’art installé à St Cyr, Ernest Bloch, Hermann Kesten, Arthur Koestler, Franz Werfel et son épouse Alma, Ludwig Marcuse, Bruno Frank, Alfred Kantorowitz, le critique de théâtre Kerr, Annette Kolb et Berthold Brecht.

Certains viennent à Sanary quelques semaines, d’autres des mois, d’autres encore des années mais tous gardent le regard tourné vers l’Allemagne. Ils se retrouvent dans les cafés du port, le Nautique et la Marine. Hermann Kesten s’en inspirera pour son livre Le poète du café : « Lorsqu’on vit en exil, le café devient à la fois la maison familiale et la patrie, l’église et le parlement, un désert et un lieu de pèlerinage, le berceau des illusions et le cimetière … En exil, le café devient l’endroit unique où la vie continue … « 

C’est là que Berthold Brecht chante à la guitare des poèmes à l’encontre de Goebbels et Hitler. C’est là également que Fritz Lanshoff recrute en 1933 des auteurs pour sa nouvelle maison d’édition Quérido (Heinrich Mann, Lion Feuchtwanger, Ernst Toller et Arnold Zweig).

Un autre écrivain célèbre, Wilhem Herzog, en France depuis 1906, s’installe à Sanary dans la Villa Roge, rue de la Prudhommie. Interné en mai 1940 au Camp des Milles, il réussit à s’enfuir avant l’arrivée des troupes allemandes. Il écrit des biographies de Barthou et de Clémenceau et des ouvrages littéraires sur La Bruyère, Balzac, Daudet et Stendhal.

Que reste-t-il aujourd’hui des maisons habitées par les exilés allemands ?

– La Ville Roge est toujours visible, rue de la Prudhommie.
– La Villa Tranquille située à l’extrémité du chemin de la Colline a abrité Thomas Mann. Elle est détruite quelques temps après par les soldats allemands qui avaient fortifié la Pointe Rouge.
– La Villa Valmer occupée par les époux Feuchtwanger existe toujours. C’est là qu’est écrit en 1933, le roman Die Geschwister Oppermann qui remporte un immense succès. Le Moulin Gris qui a abrité Franz et Alma Malher se trouve au début du chemin de la Colline en face de la Chapelle de Notre Dame de Pitié.
– Derrière la Chapelle, un petit chemin rejoint le boulevard de Portissol et passe devant la Villa autrefois Mas de Carreirade où est mort Franz Hessel en 1941.
– La Villa Kerr Colette, située sur le boulevard Raphaël Boyer où a séjourné Lola Sernau, secrétaire de Lion Feuchtwanger.