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Publicités dans les quotidiens des années 1930

Notes Historiques sur Sanary

Par Roger Vallentin Du Cheylard1,

1ère publication en 1912

Les intéressants travaux de M. Bottin, relatifs aux temps préhistoriques ou, en termes plus précis, aux temps néolithiques2 et aux périodes qui les ont suivies même au-delà de la constitution de l’empire romain, permettront d’avoir des notions suffisantes sur l’industrie des habitants de la région d’Ollioules.

La création du village de St-Nazaire, dans le comté de Toulon, remonte à une date reculée, mais bien postérieure à l’ère chrétienne et son nom décèle suffisamment l’influence religieuse qui a présidé à cet évènement. Antérieurement à cette époque, qu’il est impossible de préciser mathématiquement, de rares pêcheurs et quelques bergers fréquentaient seuls son emplacement. Malgré les assertions contraires, St-Nazaire est un martyr italien du Ier siècle, dont quelques reliques sont vénérées actuellement et qui, fils d’un officier supérieur romain et païen et de Ste-Perpétue, fut arrêté à Milan et mis à mort.

Divers érudits ont confondu l’acte d’habitation du début du XVIe siècle avec un acte de fondation. La première mention de Sanary que j’ai pu découvrir est de l’année 1113. Le 23 avril de cette année-là, le pape Pascal II confirma aux moines de St-Victor de Marseille leurs possessions et dans la longue liste les énumérant, nous voyons figurer l’église de St-Nazaire à côté de celle de Six-Fours notamment, au diocèse de Toulon. Un peu plus tard (18 juin1135), Innocent II leur accorda la même faveur3. Certes Ollioules est bien antérieur à son ancien hameau. Foulques (Fulco), vicomte de Marseille et sa femme, Odila, concédèrent à l’abbaye de St-Victor la moitié des trois quarts du castellum et de la villa d’Ollioules (1044) et la donation stipula qu’il s’agissait de la paroisse, des dîmes, des moulins et de l’ensemble de son territoire. Le 4 juillet 1079, le pape Grégoire VII confirma au même monastère ses droits à Ollioules et ces droits figurent également dans la bulle de 1135. A la fin du XIe siècle, le vicomte Fulco fit de nouvelles largesses aux mêmes moines sur ce terroir. Les noms cités n’éveillent aucun souvenir dans notre esprit et les religieux reçurent la moitié de la paroisse, un manse ou ferme, six pâturages, deux chènevières.etc. Il n’est plus question d’une partie du château d’Ollioules et du village ouvert, bâti au pied de ses murailles. D’après les conventions de 1143, l’évêque de Toulon devait recevoir le quart des dîmes et les deux tiers du droit de mort ou de succession4, le surplus étant réservé aux moines et ce partage concernait uniquement les possessions de ces derniers à Ollioules5.

Toutes ces données sont quelque peu vagues. Elles permettent pourtant d’affirmer que la construction de la première église de Sanary est due aux moines de St-Victor, dont le rôle a été si considérable en Provence. Ils l’élevèrent entre les années 1044 et 1113 et dès le début elle fut placée sous l’invocation d’un saint italien. Les documents liturgiques du diocèse de Toulon sont formels à ce sujet.

Pourquoi n’a-t-on pas eu recours à l’un des saints les plus populaires du sud-est, tels St-André, St-Jean, St-Julien,St-Martin,St-Michel, St-Pierre, etc ? A cette date lointaine,une seule autre église de cette région était placée sous le vocable de St-Nazaire et elle était située à Cadarosc ou Berre (Bouches-du-Rhône). Propriété des mêmes religieux, elle leur avait été donnée par Raimbaud, archevêque d’Arles (1041) lorsqu’elle portait déjà ce nom6 (1). Peut on établir un rapprochement quelconque entré ces deux, saints ? Le problème est trop délicat pour être résolu. Quoi qu’il en soit, de tout temps la partie orientale des côtes provençales de la Méditerranée a reçu des émigrants de la Rivière de Gênes et plus généralement a subi une infiltration italienne. Dès lors, l’installation d’un groupe de personnes de cette. origine aura entraîné le choix d’un vocable la rappelant, que la nouvelle construction ait renfermé ou non des reliques de ce saint. L’entrée d’une partie du territoire d’Ollioules dans le domaine du monastère de St-Victor entraîna l’amélioration de la culture et le défrichement d’une notable portion des terres. La venue de nouveaux immigrants en fut la conséquence toute naturelle et la présence d’un petit noyau de population engagea les moines à édifier une église sur un sol désormais ouvert à la civilisation. Telle est l’origine probable du premier village de St-Nazaire7.

Son évolution fut progressive et surtout lente, comme celle de tous les lieux privés d’éléments de prospérité. Un voile impénétrable nous cache pendant plus de cent cinquante ans les faits et gestes de ses habitants dont la vie ne dut pas s’écouler heureuse et tranquille à travers les guerres des XIIe et XIIIe siècles.

Une décision, malheureuse pour les chercheurs, car il est plus agréable d’aller à Carcassonne que de gagner Draguignan, a incité la Conseil municipal à verser aux archives départementales du Var 50 volumes de protocoles anciens (septembre 1890). Néanmoins, nous tâcherons d’étudier quelques documents inédits pour la plupart et concernant un âge lointain.

En 1302, des lettres de Ricard ou Richard de Gambatesa, sénéchal de Provence, prescrivirent la création de phares sur les bords de la Méditerranée :

« Item debet fieri farossium, sive gardia, in dicto loco de laquila, quod respondere debet als Rauzels, alias vocato Plumassa8, quod est in territorio de Oliolis ».

Un autre devait être établi « in dicto loco dels Rauzels, quod res pondere debet al cap de Sesiech, quod est in territorio de Sex Furnis »9.

Essayons d’interpréter ce texte intéressant pour l’histoire de la Provence en général. L’aquila doit être identifié avec le Bec de l’Aigle situé sur le territoire de la Ciotat, où ont été établis successivement au cours des temps les plus modernes un sémaphore et un poste de télégraphie sans fil.

Le Rauzels est devenu le Rosaire, petite éminence sise au quartier de Portissol. La correspondance approximative du Bec de l’Aigle avec le Rosaire et de ce dernier lieu avec le cap Sicié est facile à vérifier. Le Rosaire constitue une corruption de Rausel, dont la signification est lieu couvert de roseaux. De belles touffes de cannes s’y voyaient encore il y a soixante ans et servaient à protéger les vignes des grands froids.

Ces farossia sive gardiae ne sauraient rappeler ni de près ni de loin les phares de nos jours. C’étaient surtout des vigies. De même à la date de 1419, l’autorité décida l’installation d’un farot et gardia à Toulon, sur la montagne bien connu du Faron10. Des investigations, même sommaires, permettraient de retrouver des dénominations provençales rappelant l’installation de phares et existant antérieurement à 1302, car les Romains connaissaient les phares munis d’un feu, construits en forme de tour et disposés à l’entrée des ports. Dans tous les cas, la vigie du Rosaire ne dut pas subsister longtemps, car le cadastre de Sanary n’en n’a pas conservé la moindre trace11.

Quant au cap Sicié que les météorologistes vantent volontiers, les pêcheurs l’évitent avec soin, car il y vente par trop.

Le procès-verbal de visite en 1323 des fortifications des côtes de Provence signale la présence aux Martigues (Bouches-du-Rhône) d’une tour pourvue d’un colombier et entièrement détruite12. Ce détail a son importance et nous le mettrons à profit plus loin.

Un paragraphe est consacré aux castra d’Ollioules, de St-Nazaire et d’Evenos. Le second d’entre eux nous intéresse seul : « turrim seu lortalicium Sancti Nazarii, quod omnimode hominum, victua lium et armorum caret munitione… et certos homines teneant in fortalicio Sancti Nazarii pro custodia ejusdem de numero conde centi » à la charge des « domini » ou seigneurs du lieu. L’indivision du fief subsistait vingt-cinq ans plus tard. Il fut prescrit de déposer dans la tour de nombreuses provisions ou victuailles, de la farine, du vin, des viandes salées, des légumes, du bois, etc., en quantité nécessaire pour la subsistance pendant trois mois de dix hommes. Cette mesure fut ordonnée pour chaque castrum.

Le malheur des temps avait rendu nécessaire la construction de la tour de St-Nazaire et l’établissement d’une enceinte défensive dont l’existence est révélée par un seul document. Les « homines universitatum dictorum locorum » devaient réparer les murailles et mettre en état les portes, afin qu’elles puissent être fermées avec soin pendant la nuit. La rue du Portail, débaptisée au XIXe siècle pourrait bien rappeler ce souvenir lointain.

Comme armement, chaque castrum devait être muni de : X balistes, X caisses de carreaux ou flèches (cadrellorum caysiis), XX cuirasses (platis)13, XX lances, des dards en quantité suffisante, X cervelières [cerveleriis)14. X boucliers (scutis). Ces moyens d’action très limités étaient cependant parfaitement en harmonie avec les usages de ce temps-là, où l’on voyait des sièges effectués par 30 ou 40 hommes seulement.

Aucune différence n’était faite entre les trois châteaux. Cette circonstance paraît prouver l’identité approximative de leur valeur au point de vue défensif et atteste la fortune rapide de St-Nazaire.

Lors de l’installation des vigies sur les côtes provençales et au moment de la mise en état de défense des forteresses, aucun ennemi européen ne menaçait cette région. Les guerres, soutenues contre les Génois, avaient détruit son commerce et les armements considérables faits à diverses reprises l’avaient ruinée. C’est le 19 août 1302 que fut signée la paix entre Charles, comte de Provence et Frédéric d’Aragon, roi de Sicile. D’autre part, en 1323. une période d’accalmie régnait et le roi Robert maria Charles, son fils, avec Marie de Valois, fille du comte de Valois. La réunion de ces faits semble établir que ces dispositions étaient dirigées uniquement contre les incursions possibles des barbaresques15.

Evenos se trouvait entre les mains de la maison de Signe au commencement du XIVe siècle et si nous rappelons ce détail c’est pour faire mieux ressortir l’indépendance de la seigneurie de ce lieu d’avec la seigneurie d’Ollioules. Jetons au hasard quelques notes sur cette dernière.

Le 11 décembre 1322, Hélion de Villeneuve, maître d’un hôpital de St-Jean-de-Jérusalem, fut désigné comme arbitre entre Boniface de Vintimille, seigneur de la Verdière, père de Bertrand de Marseille, héritier de Bertrand de Marseille, seigneur d’Ollioules16 (3) et Béatrix de Sabran, veuve de ce Bertrand de Marseille. En 1348, le fils de Boniface servit de caution et fut qualifié co-seigneur d’Ollioules.

Le 25 mars 1352, Paul de Villeneuve, en qualité de tuteur de Bertrand de Vintimille, reçut l’hommage des habitants d’Ollioules et il avait précisément épousé, Sibylle de Vintimille, fille de Bertrand de Vintimille de Marseille, père du précédent. Bientôt, son pupille, devenu baron d’Ollioules et d’Evenos, épousa lui-même Béatrix de Villeneuve et malgré ces diverses unions, la terre d’Ollioules ne sortit pas de la maison de Vintimille. Leur fils, Manuel de Marseille, était en vie en 137617 et c’est vers le milieu du XIVe siècle que les deux fiefs d’Evenos et d’Ollioules furent réunis sur la même tête, au moins pour un temps.

Selon Maynier, la création de la baronnie d’Ollioules, serait antérieure à 1354 et se perdrait dans la nuit des temps18. Cette date, évidemment, n’a pas été inventée par cet écrivain, mais les documents font présumer que cette terre a été érigée en baronnie en faveur de la famille de Vintimille peu de temps avant cette même date. Quoi qu’il en soit, la seigneurie a été d’abord au pouvoir de la maison de Marseille et Guillaume de Signe, vicomte de cette ville, étant mort sans postérité, après avoir légué ses biens à Sibylle de Marseille, femme d’Emmanuel de Vintimille (1290), ce dernier fut le premier membre de cette famille ayant possédé ce fief. Meyer est donc dans l’erreur lorsqu’il fait céder la terre de St-Nazaire à cette famille par la reine Jeanne et son mari Louis I (24 juin 1352)19.

N’ayant pas l’intention d’étudier l’histoire d’Ollioules elle-même, nous arrêterons là nos investigations généalogiques. D’épaisses ténèbres couvrent la vie particulière de St-Nazaire de 1323 à 1508 (n. st.), époque à laquelle 16 familles passèrent des conventions avec le possesseur de la terre pour y bâtir des maisons20.

Dans quelles conditions disparut le premier village de St-Nazaire, nous l’ignorons. Ce triste évènement est-il le résultat d’une incursion des barbaresques ? Est-il dû à une guerre locale ? Est-ce là l’œuvre d’une peste terrible ou d’une grave épidémie ? La salubrité particulière du pays permet d’écarter cette dernière occurrence. Des travaux récents ont mis en relief la disparition de quantité de villages à la fin du XIVe siècle ou durant la première partie du siècle suivant21. Cette constatation trouve ici son application.

Glanons de ci et de là quelques notules relatives aux guerres de religion. Boyer22, lieutenant de la Valette, après la prise d’Ollioules, sa patrie, s’empara de Six-Fours, de St-Nazaire et de La Ciotat (1589). Son compatriote Isnard, capitaine ligueur, défendit Evenos avec courage contre Lesdiguières (1592). St-Nazaire dut ressentir le contre-coup de ce siège. D’après une note adressée à Philippe II, roi d’Espagne, peut-être par le duc d’Epernon lui-même, Sanary, dont le nom est écrit de cette façon, figurait au nombre des villes (sic) reconnaissant l’autorité de ce duc (octobre 1594). Un peu plus tard, Boyer, abandonnant la faction de ce dernier, faisait crier Vive le roi à Ollioules, à St-Nazaire, etc., et retournait au parti du roi (novembre 1595)23.

Au siècle suivant, le désintéressement par trop criant témoigné par Ollioules à St-Nazaire, amena celui-ci, à demander sa séparation, acceptée par François de Vintimille avec empressement, aux termes d’un acte du 23 juin 166324.

A la date de 1660, St-Nazaire qualifié en effet tantôt hameau, tantôt bourg, passait pour être composé de 250 familles. Les réunions des chefs de famille se tenaient, le cas échéant, dans la chapelle des Pénitents Blancs. Les principaux d’entre eux étaient les bourgeois Gauthier, Bernard, Infernet, Sabatier, Raymond de St-Maurice, etc., le chirurgien Mourenc, le tisseur sur toile Aycard

et quelques patrons pêcheurs. A la même époque, l’autorisation de nommer 9 syndics fut demandée au Parlement de Provence et à raison du relèvement de la population, ce corps avait déjà ordonné au seigneur de nommer un lieutenant de juge. Parmi les habitants assistant aux assemblées diverses tenues en 1660, nous relevons les noms de Jean Flotte, Granet, Chabert, Martinenq, Hermitte, Soleillet, Cabre, Tournaire, David, Farnoux, Vidal, Viguier, Estoart, Rambaud, Prat, Coulomb, Gilles, Ventre, Martin,Sicard, Dxniel, Marin, Lantier, Moustier, Bonnegrace, Cay, Laugier, Andrieu, Deprat, Broutin, Gravier, Bérenguier, Chauvin, Decugis, Giboin, Maistre, Tournatoire, Aubert, Carle, l’inévitable Reboul, etc.

La Seyne avait été disjointe de Six-Fours antérieurement à 1660 et les Sanaryens sollicitèrent une faveur analogue à raison de leur éloignement d’Ollioules et parce que cette ville négligeait complètement, au point administratif, son principal hameau. A la suite de multiples demandes qu’il serait trop long de narrer par le menu, intervint un arrêt rendu par le Conseil d’État portant séparation du territoire de St-Nazaire de celui d’Ollioules (10 juillet 1688). L’intendant rendit une ordonnance conforme le 14 août suivant. L’arrêt fut exécuté le 25 août. Telle est l’origine de l’élection des consuls le jour de la fête de St-Louis. Les deux premiers d’entre eux élus furent Barnabé Infernet, bourgeois et Sébastien Bernard, marchand (25 août 1688). Le même jour, furent choisis 5 conseillers, un trésorier et un greffier. A ce moment-là, le viguier et lieutenant de juge était Pierre Reboul et trois maîtres chirurgiens exerçaient leur art, Soleillet, Maurier et Daspre. Tout de suite le conseil entra en fonctions et s’occupa des affaires les plus urgentes. L’arrêt avait ordonné de mettre le port en état de recevoir au moins 13 galères du roi et l’entreprise en fut confiée à Callis le 21 octobre 1688 en vertu d’un procès-verbal d’adjudication aux enchères. Le 27 mars 1680, les travaux effectués à la jetée et l’achèvement d’un certain nombre de toises sont mentionnés. Le montant de la dépense totale s’éleva vers le milieu de l’année suivante à 6,465 1. 10 s..

Une maison commune ne tarda-pas à être choisie (1690). L’année précédente, la reconstruction de l’église avait été jugée nécessaire (ig juin 1689) et des réparations à l’écluse du moulin de, Portissol avaient été prescrites25.

Aucun incident important n’est à retenir pendant plusieurs annèes. Du reste, le registre des délibérations n’en renferme pas une seule pour la période du 20 décembre 1706 au 12 juin 1707. C’est vraiment surprenant. Citons, cependant, la députation d’André Decugis à l’assemblée du corps de la viguerie d’Aix (1706).

Sanary comptait, dès une époque ancienne, un chirurgien et parfois deux ou trois chirurgiens simultanément. Mais l’absence de tout médecin était vivement regrettée, dans les cas de maladie de longue durée, dont l’issue devenait fatale, faute de soins. « Rien n’étant plus cher que la santé » il fut proposé à Martelli, médecin à Ollioules, de venir visiter les malades un jour par semaine, moyennant l’abonnement annuel de 150 livres. Ce prix ne fut pas accepté par l’administration (1707).

St-Nazaire, en cas de guerre, a toujours joué un rôle considérable. La délibération du 2 octobre 1707 mentionne l’installation d’officiers pendant le siège de Toulon. Pareille donnée sur les logements nous a été transmise pour l’année suivante. La flotte des ennemis ayant apparu, la plupart des habitants avaient « abandonné le dit lieu ». La défense, imputée à Jean Granet26, n’est pas relatée dans le moindre document contemporain. Le conseil constata en effet le 6 novembre 1707 que le creusement du port et l’établissement de la jetée du môle avaient duré dix à douze ans. Mû par un sentiment louable, il décida en même temps de « faire ranger » les archives jetées en désordre et déplacées lorsque l’escadre des ennemies vint mouiller dans la rade. La même fibre patriotique a vibré récemment et la municipalité composée de MM. Grondona, maire, Flotte, premier adjoint et Gautier, second adjoint, , a eu la sage pensée de faire classer méthodiquement les archives de la ville. Cette délicate mission a été remplie avec le plus grand succès et avec le plus entier dévouement par M. Henri Flotte. Glorifions les amis du passé !

D’après divers reçus, le budget local eut à acquitter 400 livres pour les fourrages et les rations de pain et de vin fournis aux troupes royales pendant le séjour des vaisseaux anglo-sardes, après la levée du siège de Toulon. Il était redevable de 42 quintaux de fourrage pour la nourriture des chevaux de 50 dragons et officiers du régiment de Languedoc sous les ordres de leur colonel le comte de Barville, ayant séjourné 3 jours 1/2 àSanary pour empêcher la descente de l’étranger27. L’armée régulière paraît avoir contribué seule au salut de la localité. Enfin, le 29 janvier 1708, l’adjudicataire du droit de piquet demanda des dommages-intérêts, car la fuite générale de ses concitoyens l ‘avait privé de la perception des droits pendant un mois et demi. Le conseil ne contesta pas ses dires et décida de s’en rapporter à son avocat au sujet du montant de l’indemnité à verser. Cette panique était parfaitement justifiée par les atrocités commises aux environs. Fait singulier, les registres de catholicité n’offrent pas la moindre lacune. Ils ont été « mis. à jour » après coup.

La tour, sur le plateau de laquelle le canon aurait été tiré, appartenait d ailleurs au seigneur et n’était pas une propriété communale. En annonçant la mort de son mari, la baronne d’Agoult avait prié Infernet, bourgeois, de continuer à conserver la clef de la porte de cette tour, clef qui lui avait été confiée par M. d’Agoult28. Par contre, la tour de Portissol, possédée par la communauté, a été utilisée plusieurs fois pour le tir du canon et la volée imputée à Jean Granet, a été lancée de là, si toutefois elle a été exécutée

D’après la délibération du 31 août 1710, la présence des ennemis près de la côte avait obligé le maire à établir du 15 juillet au 6 août une garde à la tour de Portissol, dont l’emplacement est merveilleux, et à la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié et à former un corps de garde dans le village. Des dépenses considérables avaient été faites de ce chef à raison des soldats logés en ce lieu et à cause de la milice. En outre, le maire avait dû distribuer de la poudre et des balles à ces troupes et il avait été tiré « en différents temps plusieurs coups de canon à des baptimens ennemis qui avaient mouillé en cette rade »29.

Aux termes de la délibération du 26 avril 1711, des quatre barils de poudre et de balles, consignés entre les mains de la municipalité, il ne restait plus que 40 livres de poudre et un baril unique de balles. Le maire fut autorisé par le conseil à prendre en charge à son tour au nom de la communauté « toutes les ustensiles de canon de la tour précédente, la poudre et les balles, après due vérification ». Bientôt du reste, un officier énergique, le comte de Sabran, capitaine de vaisseau fut nommé par le roi gouverneur de Sanary (1711).

Malgré la tradition, les registres des délibérations des années 1710-1711 ne renferment aucun renseignement sur Barthélémy de Don.

Le 8 février 1710, les gages du médecin furent fixés à 150 livres. De même eaux du maître d‘école furent taxés à 2 15 livres, y compris la « rente de son logement ». L’année suivante, la Rèpe causa des ravages importants par ses débordements et la question de la création d’un nouveau cimetière fut agitée (26 avril).

Selon divers documents, Barthélémy de Don dont le nom a été donné à une rue et qui aurait été d’abord un simple matelot aurait été tué en se rendant maître d’un vaisseau ennemi. Il est rangé d’autre part parmi les bienfaiteurs de la ville, comme ayant fondé la chapelle des pénitents blancs. Les recherches faites à son sujet ont été relativement peu fructueuses. D’ailleurs trois Sanaryens furent tués dans des combats vers cette époque : François Achard, matelot (1712), Jean Gilly (Gili) à 25 ans et dans un combat naval (inhumé le 27 avril 1707) et Jean Flotte tué le 27 octobre 1704 dans un engagement contre les Anglais. Conservons pieusement leur mémoire !

Claire Cabre de Doni, décédée à 50 ans, fut inhumée dans l’église (1710). Elle était née Cabre et sa famille, essentiellement locale, est tombée en quenouille dans la famille Dusseuil. Plus tard (1722), Alexis Las, fils de Jean et de feue Magdeleine Bonifay, de Cassis, épousa « honnête fille » Pélule-Marie-Alexandre de Don, fille de feu André et d’Anne Icard à Sanary. La future signa Dedons. Enfin fut célébré le 11 décembre 1710 un service « des morts » pour le repos de l’âme de Barthélémy de Dom, capitaine d’un vaisseau de guerre, tué dans un combat à l’âge de 60 ans. Nous voilà bien loin d’un simpie matelot, mais ce matelot aurait pu devenir officier. Dans tous les cas, il n’est pas qualifié noble et les deux personnes dénommées de Doni et Dedons appartenaient à sa famille. L’orthographe des noms propres était encore mal fixée au XVIIIe siècle. Ainsi Alexis Las et Paule Dedons eurent un fils Pierre-Antoine né le 31 juillet 1724 et qui mourut le 23 janvier suivant. Dans l’acte de baptême la mère est appelée Dedons et dans l’acte de sépulture, Don. L’acte de sépulture d’un autre enfant, Marie-Anne, nous montre Dedons (18 août 1724). Cette fois apparaît la qualité de demoiselle, réservée d’habitude aux personnes mariées appartenant à la bourgeoisie ou à la noblesse et le curé Infernet s’est d’ailleurs montré assez prodigue de ce titre sur les registres tenus par lui. Ces divers Sanaryens que nous venons de rencontrer pourraient à la rigueur faire partie de l’antique maison Dedons de Pierrefeu30. Je me hâte d’ajouter que le fait n’est pas encore prouvé et qu’en matière de généalogie établie sur des bases sérieuses, le sentiment n’est pas admis. Supposons pour l’instant que la parenté n’existe pas, malgré le Voisinage relatif des communes de Sanary et de Pierrefeu.

Dès l’origine, des incompatibilités furent prévues avec soin et les chefs de famille décidèrent de confier la gestion des affaires communales, exclusivement à des personnes solvables. Les consuls devaient être inscrits au cadastre, savoir le premier consul pour quarante petites et le second pour 20, Le trésorier devait être taxé sur la base de 40 petites. Ne pouvaient faire partie simultanément du conseil, le père et le fils, deux frères, l’oncle et le neveu, le beau-père et le beau-fils, les beaux-frères et les comptables de la communauté. Étaient exclues les personnes condamnées pour crime ou pour délit et les mineurs de 25 ans. Le traitement des consuls était fixé à 50 livres et ils devaient porter un chaperon, etc. L’indemnité attribuée aux administrateurs municipaux n’est pas donc d’invention récente. Une petite n’était pas autre chose qu’une petite livre cadastrale.

La délibération du 25 septembre 1689 imposa une taille de 9 sols « pour chasque petite », soit 45 livres pour « chasque livre grosse cadastralle ». Cet exemple est isolé. Si l ‘on retrouvait d autres évaluations identiques, on devrait admettre que la grosse livre cadastrale valait cent fois plus que la petite, car 45 livres correspondent à 900 sols Rien ne saurait contredire à priori un tel résultat et d’ailleurs la grosse livre comprenait plus de 40 petites, d’après les données précédentes.

Terminons ce court aperçu de l’histoire de Sanary par le récit de quelques faits empruntés aux évènements de la Révolution.

Le 18 mai 1790, vers 5 heures du soir, des volontaires au nombre de 30 environ, armés d’un fusil chacun, se présentèrent à l église de ce lieu, suivis d’une foule évaluée à 4 ou 500 personnes, de tout âge et de tout sexe. Ils entraînaient de vive force Antoine M âgé de 57 ans, ancien fabricant de bas, habitant le village et ils supplièrent le curé Jullien de procéder à son mariage avec Elisabeth-Marguerite D âgée de 43 ans, fille d’un capitaine décédé, et de feue Magdeleine H…

… « et cela tout de suite, pour des raisons très urgentes et sans recourir à la dispense de tout ban » M déclara qu ‘il ne cédait qu’à la violence et le curé quitta l’église. Un quart d’heure était à peine écoulé, que deux volontaires vinrent quérir le curé pour l’informer du consentement de leur compatriote. Craignant « qu’un plus long refus… ne produisit quelque scène de sang, après avoir protesté contre la violence… », le curé fut contraint de faire trois publications à de courts intervalles « auxquelles un peuple immense a répondu par ce cri unanime mariage, mariage ». Le consentement mutuel fut reçu selon les règles prescrites par l’Église.

Furent témoins Jacques Dusseuil, maire; Pierre-Louis Fabre, commandant ; Joseph-Sauveur Roustan, major de la garde nationale, Laurent Augier, Joseph Souchier, Pierre Armagnin, officiers

municipaux. Le curé, avant de se retirer, fit observer que « pareille démarche » était contraire aux lois de l’Église et à celles de l ‘État31. De tels procédés pourraient être qualifiés américains dans une localité , patrie de plusieurs capitaines de la marine marchande qui se signalèrent dans la guerre de l’indépendance.

Les habitants de Sanary s étant livrés à des « excès pernicieux « qui faisaient craindre pour la tranquillité », le 29 mars 1789, Jean Granet, procureur juridictionnel, fit venir des troupes de ligne. Cette mesure ayant été jugée inutile, il dut rembourser au percepteur 224 l. 10 s. montant des frais occasionnés (16 août 1792)32.

A la demande de la Société républicaine, le conseil vota !a suppression du verbal dressé contre Antoine Aicard ou Aycard le 6 décembre 1789 et qui ne pourra désormais jamais lui être opposé (7 avril 1793). Il fut en effet « biffé » avec soin. Sur ce, des certificats de civisme furent délivrés à Jean Granet et à Antoine Aicard. Cependant quelques jours plus tard, Granet fut désarmé, comme suspect, à la demande d’une députation de la garde nationale. Dès le début des temps nouveaux il s’était en effet montré hostile aux événements. Ayant intenté des poursuites contre leurs partisans, dont « la plupart d’y ceux furent arrêtés, précipités dans des cachots », un certain nombre dut s’expatrier. Il avait même pris l’habitude de faire faire son service de garde national par son « valet de campagne ». Le 3 août 1793, il fut réarmé, la peine prononcée contre lui ayant été rapportée33.

Les tristes incidents dont Toulon et ses environs furent bientôt le théâtre méritent une étude particulière et nous arrêterons là notre aperçu sommaire et fort succin. La sagesse des nations considère comme heureux les peuples qui n’ont pas d’histoire. Que penser d’une localité fondée à deux reprises ? Le silence de mort planant jusqu’à présent sur la première phase de son existence fait présumer qu’elle a péri par le fer et par le feu. Nouveau phénix, issu de ses cendres, Sanary a pu dès sa résurrection envisager l’avenir avec sérénité.

Les redresseurs de torts sont peu sympathiques, s ‘il faut en croire la commune renommée, Cette fâcheuse réputation ne saurait arrêter les chercheurs, désireux de rétablir la vérité. Le vulgaire affirme volontiers que !a dénomination « les Monts des Maures » rappelle la domination sarrasine en Provence.

L’un des multiples volumes relatifs à la géographie, dont la connaissance est imposée aux collégiens par les programmes officiels, enseigne au contraire que ces montagnes tirent leur nom de la couleur de la végétation qui les orne ou de l’aspect sombre que cette végétation leur donne.

En Provence34, les terres vagues recouvertes de pins et de chênes-Kermès, étaient désignées sous l’un des noms, maures, gast, terres gastes et garrigues. De nombreuses difficultés surgirent au sujet des terres gastes ou incultes. En vertu de l’acte du 11 décembre 1507, reçu par Me Antoine Malbechii, notaire public, apostolique et impérial à Aix, portant transaction entre les habitants d’Ollioules et Guiramand de Simiane, seigneur, de Casanova et Bertrand de Marseille des comtes de Vintimille, les contestations visaient les points suivants :

Les terres gastes, disaient ces derniers, appartenaient aux seigneurs et ceux-ci ne les cédaient qu’à titre d’emphytéose et à cense perpétuelle aux habitants du lieu comme à ceux du dehors. La communauté affirmait au contraire que la coutume la plus ancienne permettait de faire paître, de couper des herbes, d’élever des fours à chaux, d’abattre du bois pour construire des maisons, etc., dans les terres gastes de toute la Provence. Les fours à chaux pouvaient être bâtis même dans les parties défrichées. La transaction permit aux particuliers, propriétaires de parcelles de terres gastes, de les conserver sous la directe majeure du seigneur (majori directo dominio et senoria) et d’y faire ce que l’usage avait établi35.

D’après une consultation du 10 floréal au XI (30 avril 1803)36, les trois communes d’Ollioules, St-Nazaire et Evenos composaient à l’origine un seul territoire, possédant en pleine propriété des terres gastes formant la limite de leur terroir avec ceux du Revest, de Montrieux37, du Bausset, de la Cadière, de Bandol et les « bords de mer » du quartier de St-Nazaire, où « les habitants d’Ollioules firent « édifier en l’année 130038 ; une tour pour servir à la défense des « débarques »39 des Maures et empêcher leurs incursions dans le « terroir ».

La teneur du contrat suivant est formellement contredite par le texte de 1290. Expliquera, qui le pourra, ces divergences ! Aux termes de l’acte reçu en 1323 par Me Chautard, notaire à Ollioules,

de Vintimille, chevalier de la rivière de Gênes, épousa Sybille d’Evenos, des vicomtes de Marseille. Elle reçut en dot 10.000 sols en toute propriété et Vintimille obtint « le commandement que les vicomtes de Marseille avaient à titre de brevet de la forteresse d’Ollioules ». L’hérédité légale ou irrégulière de ce « commandement » devint la source de mille querelles. Selon l’acte dressé par Me Tressemane, notaire à Aix, le 17 février 1447, les habitants d ‘Ollioules cédèrent à de Vintimille leurs terres gastes ou incultes40, sous réserve de leur privilège de « pasturgage, lignage chauffage et four à chau ». Les Vintimille continuèrent par la suite à commander la forteresse d’Ollioules et la « tour de St-Nazaire » et son enceinte enclavées dans les terres gastes. Le 10 février 1507 (vieux style) par l’acte d’habitation dressé par Me de Morteriis, notaire à Ollioules, les habitants de la tour présents et à venir furent maintenus dans la jouissance du privilège accordé aux terres gastes par l’acte de 144741.

Telles sont les principales données contenues dans la consultation du jurisconsulte Monier42. Enfin, par un arrêt du 29 novembre 1773 rendu par le Parlement de Provence, à la demande de la communauté de St-Nazaire, l ‘introduction des chèvres dans les terres gastes fut autorisée, jusqu’à concurrence de 1600 têtes. En 1844, les frères Soleillet, propriétaires « des terres gastes de la commune de St-Nazaire » d’après leur exposé, déclarèrent que ces animaux avaient entièrement dévasté à la longue ces terres43. Après bien des péripéties et à la suite d’un acte intervenu devant Me Granet, notaire à St-Nazaire, un cantonnement, approuvé par l’autorité supérieure, intervint (8 mars 1863). La partie centrale de la terre gaste ou forêt de la Colle44 fut attribuée à la commune. Évaluée 24 963 francs 36 cent., elle contenait 174 hectares 8 ares 40 centiares. Les deux autres portions, emplacées l’une au levant et l’autre au couchant, s’étendant en totalité à 134 hectares 8 ares 40 centiares et estimées à la même valeur furent maintenues aux hoirs Soleillet, qui versèrent 804 francs pour le rachat des droits d’usage sur elles. Telle fut la fin des contestations qui durèrent des siècles. La tentative d’annulation du partage de 1863 ne put aboutir, en 1884, à la révision de cette affaire passionnante au plus haut degré. Les consorts Soleillet se trouvent toujours dans l’indivision. Un grave incendie a détruit à peu près entièrement la forêt appartenant à la commune (août 1907). Pour l’établissement du fort du Gros-Cerveau, l’État a acquis diverses parcelles soit des hoirs Soleillet, soit de la commune.

La mise au jour des documents suivants permettra d’anéantir une légende. Et cependant des tentatives d’usurpation sont indéniables. Rey avait barré par une construction la rue « traverse faisant immédiatement suite » à la rue St-Andrieu (an 13). L’année suivante le conseil municipal refusa à trois particuliers l’autorisation d’avancer la façade de leurs maisons, sises rue de la Crotte, de plusieurs mètres ! Cette rue était voisine du port45.

Le 18 juin 1810, les anciens receveurs de la viguerie d’Aix réclamèrent à la commune de St-Nazaire II.106 francs 72 cent., pour arrérages des contributions du Ier messidor an II (19 juin 1794) à ce jour, soit pendant 16 ans. En vertu de la loi du 24 août 1793, accorddant aux communes la faculté d’abandonner leur actif et leur passif à l’Etat, le conseil municipal avait usé de cette faveur et un arrêté du Préfet du Var avait validé la cession effectuée (2 vendémiaire an 14).

D’après le tableau des dettes dressé le 8 janvier 1792, les frères Pin receveurs à Aix étaient créanciers de 6.126 francs 6 sols 8 deniers pour les intérêts des impositions à raison de 6 1/4 % depuis 1790. Gagnière, vérificateur des domaines et le maire de Sanary Roustan46 dressèrent, le 28 brumaire an 14, la liquidation de l’actif communal. Le produit et les frais de cette formalité s’élevant à 433 francs 90 centimes furent perçus par Roland, receveur de l’enregistrement à la Cadière (31 janvier 1807).

L’administration des domaines vendit par acte passé devant le Préfet le 21 septembre 1808 au prix de 1.000 francs les anciens biens de Sanary sis à Portissol, à la Cride et à la Morvenede, à Picard, propriétaire à Toulon ce dernier les céda à Antoine Boyer, propriétaire à Sanary47 moyennant 1.200 francs, par acte reçu, Me Léon Reboul, notaire en ce lieu le 27 septembre 1808. Le presbytère communal avait été aliéné par l’administration du district de Toulon en faveur de Benoit Mayen d’OlIioules (1792) et lui-même l’avait remis à Joseph Michon de Sanary48.

Cette dernière ville ne possédant plus de biens aliénables, le conseil dut renvoyer les frères Pin à se pourvoir à la liquidation générale, la nation étant chargée du solde du passif (29 juillet 1810)49.

Gautier maire, put certifier le 7 août 1811 que la commune n’avait aucune dette postérieure au 10 août 179350.

Le 24 vendémiaire an 13 (16 octobre 1804) et conformément aux délibérations des 14 prairial et 24 thermidor an XII, le maire Roustan et son adjoint procédèrent à l’adjudication pour l’an 13, des

herbes communales comme précédemment. Ces herbes étaient celles des terres gastes de Portissol, de la Cride et de la Morvenede. Les troupeaux avaient la faculté de les traverser sans pouvoir y paître.

Le prix de l’adjudication s’éleva à 150 francs51. Les évènements n’avaient pas permis de profiter de ce revenu pendant un certain temps, Le bail précédent du 27 floréal an IX et comprenant une période de trois ans avait été passé au prix de 92 francs52. Le prix du bail suivant, du 6 brumaire an XIV, avait atteint 101 francs pour la durée de 15 mois. Le prix total des locations depuis 1793 s’éleva à 527 francs. La commune dut rembourser la somme de 426 francs perçue par elle et le nouveau fermier fut invité à se libérer de 101 francs entre les mains du receveur de l’enregistrement de la Cadière. Les impôts fonciers s’élevant à 60 centimes et payés par la commune lui furent restitués. Cette formalité exigea des écritures compliquées.

Antérieurement au bail de l’an IX, les terres gastes servaient au paturage des bestiaux. Le 27 novembre 1773, le parlement de Provence avait rendu un arrêt à ce sujet. A la demande officielle d’introduction de 2.400 chèvres,formulée par !a municipalité, et acceptée par M. de Vintimille, la cour accorda la permission d’y laisser paître 1600 chèvres à faire « marquer aux cornes de la marque de la communauté avec un fer rouge », avec défense de les laisser vaguer dans les endroits prohibés et avec injonction aux maîtres des troupeaux de les confier à un berger chargé de surveiller la dépaissance53.

Au XVIIIe siècle, deux sortes de terres gastes existaient donc à Sanary, les unes seigneuriales, les autres patrimoniales. Cette constatation offre une grande importance et la division de ces immeubles remonte à une époque fort reculée, car la tour féodale dont l’emplacement était tout indiqué sur la colline de Portissol, a été précisément élevée sur le territoire appartenant au seigneur, d’une façon peu pratique et hors de la base de la propriété de la communauté.

A la date du 31 décembre 1791, le passif de la communauté de Sanary s’élevait en capital à 33.117 livres 4 sols 8 deniers d’après l’état dressé officiellement54. Malgré les termes de la délibération du 2 décembre 179255 et la lettre du procureur syndic du district du 23 novembre 1792, l abandon des biens de la commune fut contesté par l administration supérieure en l’an XII. En réalité, le receveur des domaines avait oublié d’appréhender les terres gastes56 et s’était contenté de vendre la maison du presbytère. Cette erreur fut réparée et Sanary n’eût pas à payer la créance Robert, s’élevant à 15.000 francs et résultant d’une constitution de rente, dont l’acte était antérieur à la Révolution.

A la demande des manants et habitants d’Ollioules « lieu et château d’Ollioles », dont les beaux privilèges avaient été donnés et confirmés par François 1er, Henri II agit de même par lettres signées à Blois au mois de février 1550 (1551)57. Leur nature est inconnue, mais la plupart des faveurs maintenues au XVIe siècle devaient remonter à une époque antérieure à François 1er et devaient émaner des comtes de Provence. Cependant les libertés d’Ollioules ne sont pas citées avant ce dernier roi. Il existait à Hyères une rue dite la rue franche. Henri II consacra en 1548 les bienfaits concédés par Louis, roi de Sicile et de Jérusalem, comte de Provence « tant pour la diversité du lieu que aussi que les habitants en icelle rue sont subgetz d’estre souvent assailliz des coursaires de mer tant Mores barbares que autres ennemiz ». François 1er avait accordé la continuation des privilèges58.

De nombreuses formalités analogues aux précédentes furent faites par François 1er et par Henri II. Une seule, à ma connaissance vise les faits et gestes des ravageurs des côtes de la Provence.. II ne m’a pas été possible de retrouver les libertés d’Ollioules lesquelles s’appliquaient également à Sanary. Était-il question dans leur texte du tribut cruel prélevé quotidiennement par les nouveaux minotaures ? Nous l’ignorons pour le moment. Quoi qu’il en soit, le texte relatif à Hyères établit la franchise d’une rue, c’est-à-dire l’exemption de la taille des immeubles qui la bordaient. La question de l’exemption dans quantité de lieux a été déjà traitée, mais jamais je n’avais rencontré une telle gracieuseté concédée à une rue particulière59. D’autre part, les Maures n’étaient pas seuls à dépeupler cette rue par leurs spéculations honteuses ; des représentants d’autres peuples

se livraient aux mêmes expéditions. Les travaux de quelques érudits nous ont transmis divers noms sans preuves très plausibles. Il est fâcheux que les lettres de François 1er ne soient pas plus explicites.

Les incursions des barbaresques sur les côtes orientales de la Méditerranée ont laissé des souvenirs vivaces quoique confus au sein de la population varoise. La véritable industrie du trafic des chrétiens admise par le Coran eut de bonne heure pour corollaire le rachat des captifs. Un ordre spécial fut fondé par St-Jean de Matha, né en Provence à Faucon et mort en 1213, aidé en cela par St-Félix de Valois60. Plus tard, une confrérie fut créée et ses ramifications s’étendirent au loin61. Toutefois, c’est seulement en 1624 que fut instituée dans la régence une mission officielle et définitive.

Le rez-de-chaussée de diverses maisons était voûté comme on l’a observé en d’autres lieux, mais à Sanary la destination de ces pièces était spéciale. C’est là que les habitants auraient déposé leurs barques pour les soustraire aux invasions périodiques et aussi, à ce que je crois, pour les mettre à l’abri du mauvais temps. La tradition cite comme ayant rempli ce but, la salle du Café de la Marine et la partie inférieure de trois autres maisons sises à l’ouest. A notre époque, elles ont été modernisées, bien entendu, mais les murs sont restés d’une épaisseur remarquable. Les anciennes voûtes en plein centre ont disparu en partie et les murs eux-mêmes en formaient l’épaulement. La rue de la Crote rappelait une disposition analogue. Elle était d’ailleurs sise au centre du quartier des pêcheurs et l’emploi de sa dénomination au singulier atteste l’importance attribuée à cette crote unique, servant de refuge aux bateaux.

Une rue des Crottes ou Crotes se retrouve dans diverses villes du midi. Croto, dérivé du bas-latin crotum, signifie en langue vulgaire voûte, cave.

Les actes de piraterie étaient fréquents, mais parfois régnèrent d’assez longues périodes d’accalmie. Gautier mourut en 1728 à Tunis « en Barbarie » se trouvant à bord d’un bâtiment parti deSt-Nazaire. Au contraire, les 28 et 29 novembre 1721, furent célébrés les services d’André et de Cyprien Després, matelots. Le premier était mort esclave en Barbarie et le second des suites d’une maladie sur le vaisseau probablement maure, où il servait. Décidément le bombardement d’Alger (1683-1684), destiné à réprimer les méfaits des habitants de la régence et à la punir de l’accueil rencontré dans ce port par les corsaires62 avait produit peu d’effet. Nous voyons encore Joseph Reboul abjurer dans son pays natal, car il avait renoncé à la foi chrétienne « parmi les Mores en Barbarie » (1705) et Granet mourir en mer, esclave sur un vaisseau turc, à l’âge de 25 ans (1719).

A partir du milieu du XVIIIe siècle, les ravages causés par les écumeurs africains devinrent de moins en moins fréquents. Jean Cadière, capitaine d’un bâtiment, épousa sans difficulté à Tripoli dans le « royaume de Tripoli en Barbarie » Virginie Terrazoni. Leur enfant fut baptisé à Sanary (1777) et l’un des témoins fut son oncle Cadière, docteur en médecine à Ollioules. En 1788, un Sanaryen mourut de la peste à Tunis, son domicile.

Les tristes exploits des forbans d’outre-mer prirent fin graduellement. Ce véritable fléau sévit durant de longs siècles et la ville de Toulon elle-même fut saccagée par ces étrangers63. L’impunité des attentats dérivait à la fois de l’insuffisance de la marine royale et de l’absence .de toute force armée en dehors des principaux points stratégiques. Quoi qu’il en soit, le débarquement des Maures et la capture aux environs de Sanary d’hommes, de femmes et d’enfants paraissent avoir cessé au milieu du XVIle siècle. Si l’insécurité des côtes avait disparu, la saisie des bateaux dans la haute mer ou à proximité du rivage continua de plus belle. Rarement l’équipage était tué ; il était le plus ordinairement emmené en esclavage. L’essor pris par Bandol, St-Nazaire et la Seyne date précisément de la fin de la première moitié du XVIle siècle64.

La dernière descente pratiquée par les « infidèles » à Sanary, dont l histoire ait gardé trace remonte simplement à l’année 1610. Les Maures, à la suite de deux tentatives successives, tuèrent les 7 enfants mâles de Laget, tandis qu’il se trouvait à Ollioules. Ces derniers moururent en héros et une chapelle commémorative rappelle ce triste événement, dont plusieurs auteurs nous ont transmis les détails65.

Commentant l’une des clauses des franchises de Villeneuve-les-Avignon contenues dans l’ordonnance de Louis d’Anjou (1369) et permettant l’emploi et le commerce des esclaves, selon l’usage pratiqué à Narbonne, Sagnier, de regrettée mémoire, a pu retrouver des actes de vente d’esclaves faits à Avignon des années 1435 à 1614 inclus. Le texte de 1435 est formel ; l’esclave vendue était du sexe féminin et d’origine maure66. Les chrétiens se bornèrent à user de représailles vis-à-vis des procédés employés par les musulmans, tout en se montrant plus généreux67. L’institution de l’esclavage était tolérée en Provence comme dans le Languedoc et l’on peut citer des affranchissements faits à Arles à la fin du XVe siècle.

Le mérite de la disparition de l’esclavage en France revient à Louis XVI. Par la déclaration pour la police des noirs (9 août 1777), il interdit d’amener dans le royaume des esclaves nègres sauf dans des conditions strictement déterminées. Les prohibitions édictées étaient telles que la traite y était devenue impossible, les colonies exceptées. La loi du 28 septembre 1791 déclara que le fait d’entrer en France rendait libre tout individu et celle du 16 pluviose an II abolit l’odieuse institution dans les colonies, etc68. L’édit de 1777 avait enrayé l’abus de l’emploi d’esclaves nègres en France au détriment des colonies, mais le manque de bras n’avait pas permis d’étendre le bénéfice de cette disposition à ces dernières.

Le croissant ornant les armes de Sanary atteste les luttes soutenues contre les musulmans et le territoire de la commune voisine, Six Fours, nous montre d’autres souvenirs des conflits incessants, tels que N.-D. de Bonne-Garde, par exemple. Ces derniers sont plus précis et plus certains que le croissant du blason de Sanary imaginé vers 1696. Dans tous les cas, la présence de ce meuble d’écu correspond bien aux principes de l’art héraldique. La famille de Raymond de Chanternerle comptait parmi ses aïeux Hugues Raymond parti avec les Adhémar pour la première croisade et qui fit preuve d ‘un tel courage que les terres de La Combe (Dauphiné) et de Chantermerle lui furent inféodées à son retour. Par allusion au fait d armes contre « le Turc », ses descendants portèrent trois croissants surmontés d’une molette69.

La maison de Baux, de prolifique nature, eut des biens à Ollioules par suite du mariage de Raymond de Baux de Marignane avec Marie de Marseille, fille et héritière de Bertrand de Marseille dernier coseigneur. Il vivait encore en 1316 et serait mort sans postérité. Déjà Barrai de Baux avait traité avec l ‘abbé de St-Victor au sujet des produits de Ceyreste et de la Cadière et spécialement des droits d’ancrage et autres sur les barques et les navires des ports de Bandol et de l’Aigle existant sur leur territoire (1259)70. Une sentence arbitrale ne tarda guère à affirmer de nouveau l’existence de ces ports (1287). Celui de St-Nazaire n’est cité nulle part à cette date.

Le texte de 1287 semble accorder à Bandol un territoire particulier. Quoi qu ‘il en soit la Ciotat n’est pas mentionnée à propos du port de l’Aigle et nos documents établissent sans conteste que ce

port appartenait à la communauté de Ceyreste (B.-du-Rhône) aujourd’hui bien déchue comme d’ailleurs sa voisine immédiate, la Cadière, ayant donné naissance successivement à St-Cyr et à Bandol, au cours des temps modernes.

La création du chemin de fer a porté un coup mortel au mouvement commercial des ports de Sanary et de Bandol. Ce dernier peut recevoir des bateaux d’un tonnage un peu supérieur à celui des bateaux abordant à Sanary. Les dispositions de la baie de Sanary sont infiniment plus heureuses que celles provenant du fait de la nature et que celles dérivant de la main de l’homme, que l’on observe dans la rade de Bandol. Les fortes vagues dues aux tempêtes du large viennent se briser contre les montagnes sises à l’ouest de Six-Fours et les fureurs de la haute-mer sont à leur tour annihilées par le grand môle, complétant avec succès la barrière si pittoresque, formée par les îles des Embiez.

Au point de vue théorique, rappelons que le « fonds est ce qu’on appelle mat c’est-à-dire un banc d’oursins ou croûte de coquillages de 30 cent. d’épaisseur ». Cette définition d’origine ancienne prouve que les matières ayant comblé le port ne venaient pas du large et étaient charriées par les eaux pluviales. L’expression a dégénéré en matte et mate.

Sanary est qualifié dans de vieux documents de véritable port secondaire de Toulon. De Ceinturion commandaut les galères ( 1667) et le duc de Beaufort amiral (1686) avaient appelé l’attention sur lui. C est grâce au rapport de ce dernier que la séparation d’avec Ollioules fut prononcée. Faute de ressources, St-Nazaire sollicita un secours (1725). La dépense, fixée à 71.200 livres, devait être répartie par 1/3 entre le Roi, la province et la commune. En 1740, Louis XV accorda sa participation et les frais de réfection furent arbitrés à 100.000 livres. Ce prix écarta les travaux et en 1786, le ministre de le marine prêta une machine à curer provenant de TouIon. Le curage était pratiqué au cours de la belle saison et les vases furent transportées au large à 600 mètres du grand môle. Les frais furent acquittés par le département de l’Intérieur.

Le vice-amiral comte Emériau insista plus tard (1812) sur la valeur stratégique du port, seul refuge vers l’ouest des bâtiments ne pouvant pas doubler le cap Sicié ou atteindre la Ciotat, à cause des

croisières de l’ennemi et seul port permettant le ravitaillement de Toulon en cas de siège de cette place forte. Son intervention amena le gouvernement à promettre une somme de 36.000 francs pour commencer les travaux les plus urgents. En 1821, le curage n’était pas encore terminé, parce que la subvention fut suspendue.

Le port de St-Nazaire se trouve à l’extrémité de la rade du Brusc, rade fort étendue. D’après les registres du greffe de l’amirauté de Toulon, les relâches au port de Bandol et à la rade déserte du

Brusc s’élevaient à 400 par an. Les dangers de ce port étaient connus. Aussi 200 capitaines relâchaient à la Ciotat dont le port était « difficile à prendre comme à quitter ». Les denrées en vin et huile, en fruits secs et capres, provenant du Plan de St-Cyr, de la Cadière, du Castellet et du Beausset étaient embarquées au port de Bandol à destination de Marseille71. Toutes ces circonstances sont exposées dans un excellent mémoire dressé à la fin du règne de Louis XVI (1786) pour mettre en relief les excellents avantages que l’on pourrait tirer de la mise en valeur du port de Sanary, à l’abri du mauvais temps et susceptible de recevoir à moyenne marée des vaisseaux de 150 tonneaux. Jusqu’alors Marseille avait eu le monopole du commerce avec les colonies et ce commerce dit « des îles » venait d’être ouvert à tous les ports du royaume, pouvant accueillir des bateaux du tonnage précédent.

Plus tard ce port fut reconnu par Bonaparte « lors du siège de « Toulon, pour un de ceux très utiles à l’Etat par tous les avantages « qu’il en retira pour l’approvisionnement de l’armée ». C’était certainement le seul de la côte, capable d’abriter jadis un bâtiment venant de l’ouest.

En l’an 13, les quais étaient dégradés à un tel point que le port était en partie redevenu plage et lorsque « la mer devenait haute, « une grande partie des maisons restait isolée et les habitants n’en pouvaient plus sortir »72. D’ailleurs la jetée du côté de l’est était en grande partie démolie. Le devis des réparations à effectuer prévoyait le creusement du port à raison de 20 pieds à son embouchure et de 18 dans son intérieur et une dépense de 72.780 livres (an XII). Les pierres arrondies destinées à l’amarre des bateaux, étaient dites orail, bornes ou colonnettes. La pierre de taille, employée dans ce but, provenait des carrières d’Ollioules, mais celle destinée aux murs et au dallage des quais fut prise aux rochers des Baoux de Sanary. De même, la terre des remblais fut extraite au-dessous de ces derniers73.

Le môle du ponant ou de l’occident et le quai étaient l’objet de soins constants. Le budget de l’an 12 prévoyait de ce chef l’affectation de 800 francs74. Déjà en l’an 10, 600 francs avaient été dépensés dans ce but. Le 6 germinal an XI (1803), le maire exposa le triste état du môle et des quais qui privaient Sanary « de tous les gros bâtiments qui sont forcés de mouiller en rade du Brusc, où ils courent les plus grands risques » et le produit du droit de môle sur les bâtiments, atteignant à peine 300 francs, ne permettait pas de faire les réparations nécessaires. Et cependant, le délabrement de la « digue principale » était tel après la chûte de l’ancien régime

que l établissement de deux ateliers de charité pour sa reconstruction, fut voté (1793).

En 1806, le port était totalement « dégradé ». Le devis des réparations avait été dressé par Alciator, homme de lettres à Toulon et ses honoraires s’élevèrent à 150 francs.

Les moyens de chargement et de déchargement étaient si primitifs que les « équipages étaient obligés de se mettre à la mer pour effectuer les cargaisons dans toutes les saisons ». Aussi les bateaux allaient aborder ailleurs. Le maire Gautier proposa de faire un glacis au môle du ponant aux frais de la commune avec l’autorisation de l’autorité supérieure, car cette dépense incombait en principe à l’État (15 mai 1809)75. La réponse ne dut pas être favorable, puisque le budget de 1812 comporte la dépense de 500 francs pour parer aux inconvénients précédents. Les facilités nouvelles devaient en outre engager « les capitaines étrangers à venir prendre des vins et huile,

« que les habitants peuvent livrer au commerce ». Enfin la consolidation fut faite au cours des derniers mois de l’Empire. Établi à Toulon par Abrial, le projet de 1812 s’éleva à 164.171 francs 30c. Les évènements ne permirent pas d’effectuer une pareille dépense76.

La jetée du côté de l’est et larjetée du côté de la Reppe étaient détruites à la date de 1776. Il y avait là un vieux môle qualifié de la sorte en 1815. La digue existant de nos jours à proximité de ce

torrent a été édifiée pour préserver le port des alluvions de toute sorte qu’il charie, mais sa disposition a chassé le sable fin de la plage.

Un naufrage à l’extrémité du port coûta la. vie à 4 personnes (décembre 1741) et les documents révèlent en 1718 et au cours des années précédentes, des accidents analogues arrivés non loin de là à des bateaux ou à des tartanes provenant de Marseille. Un bateau sombra avec les 3 hommes de son équipage au mois de décembre 1721. Lors de l’affreuse tempête des 25 et 26 décembre 1821, les quais furent en partie démolis par la violence des vagues qui pénétrèrent jusque dans l’intérieur des maisons. La jetée du Sud-Est ou môle des Palangriers souffrit beaucoup. Celle du Sud-Ouest fut « écrasée et coupée en plusieurs endroits, ainsi que le quai où

abordent les bâtiments » et qui devint impraticable. Les démarches tentées par l’administration locale demeurèrent inutiles. Le 30 mai 1825, les très nombreux capitaines-marins d’Arles firent une pétition collective, le port de St-Nazaire constituant le seul refuge assuré de Marseille à Toulon. Ils transportaient spécialement les bois de construction à destination de Toulon. Les certificats délivrés par ces capitaines n’étaient pas des pièces de complaisance. Ils attestent sans réplique l’intensité de la vie de ce port et le rôle joué par les arlésiens dans le commerce maritime.

Faute de mieux, le conseil municipal vota une somme de 3.000 francs (1826). Le directeur général des ponts et chaussées avait rejeté purement et simplement le projet dressé en 1822.

En 1827, le maire Granet fit valoir la facilité d’avoir les matières premières, car la commune conservait « seule le droit d’usage » des terres gastes, où elle avait la faculté de faire des fours à chaux. Enfin, l’adjudication des travaux eut lieu le 18 février 1828, au prix de 2.380 francs. L’État et le département ne contribuèrent pas à cette dépense. Les travaux furent terminés au cours de l’été de 1828 et une somme de 205 francs fut ensuite appliquée à la mise en état des quais.

Plus tard (1834), la commune vota une dépense de 6.000 francs. Trois mille francs lui furent alors alloués par l’État et 2.000 par le conseil général. Les travaux commencèrent tout de suite. Le 13 août 1840, eut lieu l’adjudication du prolongement du petit môle, moyennant la somme totale de 77 .8-1-7 francs obtenue de l’Etat par la persévérance du député de l’arrondissement, Denis. De tous les gouvernements la monarchie de juillet a été le plus généreux vis-à-vis de St-Nazaire. Cependant Denis, considéré comme hostile aux intérêts de Toulon, malgré ses protestations, semble avoir favorisé Bandol au détriment de Sanary77.

Le passage se trouvait réduit à 5 m. 50 en face de l’église entre la fontaine unique et le lavoir. Le conseil municipal demanda le report du mur du quai à 10 mètres plus avant dans la mer sur une longueur de 150 mètres et invoqua même une raison tirée de la salubrité publique, car la mer ne présentait qu’une profondeur minime78 près de ces murs quelque peu primitifs (1860). Une épidémie dangereuse d’angine couenneuse finit par émouvoir l’administration (1865). L’énergie du maire Michel-Pacha triompha des derniers obstacles. Un premier devis s’éleva à 13.816 francs. La dépense fut de 21.000 francs, payés moitié par l’État, moitié par la commune (1867).

L’amiral Pothuau sollicita à son tour l’élargissement de la passe et l’agrandissement du grand môle. Dès 1849, ces questions avaient été posées. En 1866, 110 bateaux de pêche ou de plaisance stationnaient dans le port. Il fallut songer à rétablir aux extrémités de la darse les deux avant-cales détruites pour l’élargissement des quais. Diverses améliorations sont trop récentes pour que leur mention ici soit utile. La création d ‘un port de refuge à St-Nazaire, réclamé par les personnes compétentes et par le comité des assurances maritimes de Marseille aurait entraîné une dépense de 197.000 francs, tandis que le projet de 1849 ne dépassait pas 152.000 francs79.

Des désirs aussi légitimés n’ont pas été exaucés. Le môle du ponant, devenu le grand môle, a été mis en état par l’administration des ponts et chaussées. Il a été prolongé et la construction du môle lui-même et de ses joues a été effectuée avec le plus grand succès. L’ancien môle, dit de Ste-Catherine, a disparu lors de l’agrandissement du port ; il se trouvait en face de la chapelle de ce nom. Quant au vieux môle, cité dans des actes anciens, nous en avons déjà signalé la direction.

Le grand môle met désormais Sanary à l’abri des coups de mer80. Une seule critique pourrait être formulée au sujet des quais. Celui qui borde l’hôtel de la Tour n’a pas été assez élargi et là jadis, le passant était parfois obligé d’attendre la bonne volonté de la mer. Le grand môle appelé actuellement le vieux môle est emplacé sensiblement du nord-ouest au sud-est. La direction du môle neuf ou petit môle va du nord-est au sud-ouest.

Situé par 3°27′ de longitude et de latitude, le port de St-Nazaire comprenait en 1846 une superficie de 55.600 mètres carrés et il était desservi par un chemin vicinal de grande communication. La partie curée pouvait recevoir des bâtiments de 3 m. 50 de tirant d’eau et dans la partie non curée des bâtiments d’un tirant d’eau de 1 m. 50 environ81.

Le premier môle protège le port contre les vents du sud-ouest; le second le garantit des coups de vent, venant de la direction de la Corse. A l’époque où écrivait Noyon, l’embarcadère et, les quais étaient en mauvais état, comme on l’a vu. 42 bâtiments sont entrés dans ce port et 19 reçurent leur cargaison à la date de 1835. 760 tonneaux de marchandises avaient été reçus ou expédiés.

C’est là de l’histoire, ancienne et même très ancienne malheureusement.

Notons la présence en face du jardin de l’hôtel des Bains d’un groupe de pierres dit les pierres du ponton, gisant dans la mer après les mats et fréquenté par les poissons et par les pêcheurs. Il rappelle un incident du curage du port effectué sous le règne de Louis-Philippe. Le gardien du ponton en était le chef, comme lors des travaux effectués à Antibes, c’est-à-dire qu’il dirigeait la manœuvre82.

Le mouillage du Brusc, abrité par l’île des Ambiers ou Embiez était accessible dit-on, aux anciens bâtiment de guerre de toute grandeur. Une cale très ancienne s’y faisait remarquer en 1846, mais certainement les vaisseaux de haut bord devaient ancrer à une assez grande distance. Quoi qu’il en soit, la mort de Michel-Pacha, n a pas permis de réaliser le grandiose projet conçu par cet homme éminent et dont le coût n’eut pas dépassé 56 millions. Un vaste môle, reposant sur les Baux rouges et établi dans la direction du Brusc et une longue jetée construite à l’est de la ville dans la direction du Grand Rouveau, eussent permis de créer un port merveilleux, capable de renfermer une escadre de cuirassés et susceptible d’être mis en communication avec le port de Toulon au moyen d’un grand canal par la Seyne et au midi de la ligne du chemin de fer. Notre grand port militaire devenait imprenable et l’avenir de Sanary était assuré !

Des faveurs multiples furent accordées au port de la Seyne. Cette ville sollicita en 1788 la franchise des marchandises destinées à la construction et à l’équipement et la création d’une foire franche, à l’instar du privilège accordé à la Ciotat. Sa demande fut agréée et la ville de Toulon elle-même ne formula pas d’objections83. En 1783, l’assemblée générale des communautés décida que le Pays contribuerait pour un tiers au curement et au creusement du port de la Seyne, dont l’adjudication s’éleva à 300.000 livres. La Seyne reçut une vie indépendante en 1657 seulement. Sa municipalité avait-elle à la fin de l’ancien régime de puissantes relations ? Fit-elle preuve d’une habileté exceptionnelle ? Dans tous les cas, les progrès accomplis par elle furent extrêmement rapides et ils se succédèrent même au détriment dès intérêts de la ville de Toulon. L’inertie involontaire ou l’insouciance forcée témoignées par l’administration de Sanary existant à cette époque sont très regrettables et l’histoire doit les blâmer énergiquement. Soit au point de vue commercial, soit au point de vue militaire, l’abandon du port de Sanary, beau au point de lui avoir valu la dénomination de Sanary-Beauport, constitue véritablement un crime de lèse-patrie84.

Constatons une fois de plus combien la côte du département du Var est accidentée et parsemée de falaises d’aspect parfois grandiose, offrant de ci de là d’excellents abris tels que la rade de Bandol et la baie de Sanary85. Malheureusement, le vent de l’est et le mistral soufflent avec une rare violence dans le premier de ces lieux et le dragage récent (1911) exécuté d’ailleurs à grand frais, du port de Sanary ne suffira pas à lui faire secouer sa torpeur, quoiqu’il passe pour constituer l’un des meilleurs mouillages de la Méditerranée. Lors des grands travaux exécutés à diverses reprises, une partie de ce port n’a d’ailleurs été creusée qu’à 5 mètres.

Si la pêche, ce plaisir divin, compte des dilettantes sur les bords de la mer en nombre restreint, les pêcheurs de profession sont légion à Sanary. Les types de barques les plus variés ont fait successivement leur temps. La faveur se porte à notre époque sur les bateaux faits à Marseille (St-Victor), plus légers que ceux de la Seyne et exigeant un personnel moins important. Les patrons capables fabriquent eux-mêmes les voiles le plus souvent86. Les bateaux, construits à Marseille, sont livrés munis du mât, du gouvernail et des antennes. Les avirons et le pouliage sont achetés à Toulon ou à Marseille où se trouvent nombre de marchands spéciaux ; les cordages sont de provenance locale. Les bateaux à éperon, œuvre des charpentiers de Bandol et de la Ciotat, étaient autrefois fort renommés. Leur vogue a disparu comme les neiges d’antan.

Le port de Sanary compte actuellement (1912) une dizaine de « gros » patrons pêcheurs, une quarantaine de patrons pêcheurs, moins bien outillés et une centaine de bateaux armés en pêche et de plaisance.

Les poissons pêchés par ces vaillants marins comprennent des poissons blancs et des poissons de couleur. Les premiers sont pris au filet dit tramail87 et à la battue, le plus ordinairement. On peut citer parmi eux le maquereau, la raie, la blade, le sard, la saupe, la daurade, le loup, le mulet, la sardine, l’aiguille, le pajot, le célerin, le pataclet, la bogue, etc.

Les seconds revendiquent dans leur groupe l’anchois, le rouget, le thon ou la bonite, la girelle, l’anchois, le serran, la dame, le capon, la fameuse rascasso ou scorpène, dont les nageoires dorsales sont munies de rayons si hérissés, qu’ils font penser involontairement au tempérament d’une faible partie des représentants du sexe féminin. Ce poisson sert de base essentielle à la véritable bouillabaisse. Le tramail, la palangre et d’autres filets servent à la pêche des poissons blancs.

Si les gourmets recherchent la sarcelle, si certains admirent le sar Peladan, les pêcheurs font peu de cas du sard. Mais, trêve de plaisanterie. Parfois dans ces parages, des marsouins détruisent le poisson blanc et dévorent même les rougets. Les petits requins abondent sur les côtes provençales. Cependant une très grosse lamie a été capturée, il y a quelques années, près de Sanary. Lasaveur des langoustes de grande taille est médiocre. Toutefois les langoustes de cette partie de la Méditerranée ont une chair plus fine que celles de l’Océan. La pêche aux mulets dans le port est quelque peu légendaire, car ces fins compères n’hésitent pas à sauter par dessus les filets.

La pêche est de moins en moins fructueuse. Si le gibier fuit le chasseur, pourquoi le poisson ne chercherait-il pas à échapper aux pêcheurs trop adroits et plus particulièrement aux Sanaryens ? Certes ces derniers méritent cet éloge, malgré l’infiltration génoise et même napolitaine qui se produit dans leur sein.

De temps à autre, de superbes mulets se livrent à leurs ébats, véritables sauteries, au-dessus de l’eau du port, bravant les pêcheurs et les filets, objet de dédain pour eux comme une vulgaire pomme. La légende engage les étrangers à se méfier des chiens de la Beylesse pour désigner l’influence du vin mousseux de St-Péray, pourquoi ne pas invoquer à l’occasion le flair habituel des mulets du port de Sanary ?

Des teintures fréquentes sont indispensables pour assurer la conservation des filets. Une grande partie de ces renseignements m’a été fournie par un habile patron-pêcheur, M. Ourdan, ancien conseiller municipal.

Les filets langoustiers ou les langoustières sont usités pour la pêche des langoustes. La dangereuse murène est prise au panier, le congre et l’anguille sont pêchés au palangre. Ce dernier engin était si usité autrefois à Sanary que les abords du petit môle portent en core le nom de quartier des palangriers. Les filets sont calés au soleil couché et levés au soleil levé, pour employer l’expression locale. Les matelots et les mousses sont rétribués proportionnellement aux prises. La moitié est attribuée au matériel (engins et bateau) et la répartition du surplus est effectuée ensuite par tête, le patron ou capitaine ne recevant pas plus que chaque homme de l’équipage. En principe, le meilleur emplacement pour la pêche est la pointe de la Cride, mais le voisinage des côtes de la totalité de la rade du Brusc est poissonneux. Les requins de diverses variétés, les bleus, les marteaux, les lamies, les chiens de mer ou roussettes n’y font pas trop de dégâts. Quelques beaux thons y sont capturés de temps à autre, de telle sorte qu’il est pour ainsi dire de ban ton d’y en prendre.

De nombreux mariniers apparaissent dès le début de la constitution de la communauté. Peu à peu, les patrons-pêcheurs fournirent une pépinière de capitaines au long cours ou de cabotage et même des officiers de la marine royale. Notons le capitaine Guigou (1731), le patron Laurens Roustan (1732), ancien nocher du roi c’est-à-dire ayant conduit une barque de l’État, Delévy patron de barque (1738), Villecrose patron de bâtiment (1737) etc. Évidemment cette expression ne saurait désigner dans tous les cas, un très grand bateau, un navire de belles dimensions. En 1738, figure le capitaine Granet sans doute le même que le suivant. Joseph Granet, ancien capitaine de bâtiment, fut inhumé dans l’église, à la chapelle de N.-D. de Grâce (1753)88. En suivant l’ordre chronologique, nous trouvons avec cette qualité et en service actif Antoine Granet (1754)89, et Antoine Arnaud (1754), plusieurs autres à ce moment-là, Delévy ou de Lévy (1778), Leydet, Marlet, Fournier, Flotte, Boyer, Arnaud, Bernard, Tournaire, Barrin, Lantier90, Giboin, Roux, Dot, Deprat, Cay, Coulomb, Icard, etc.,etc.,etc. Le capitaine Bernard (1718) est au nombre des premiers Sanaryens ayant commandé un bâtiment, et le capitaine Antoine Daniel pourrait bien être le plus ancien,car sa veuve Magdeleine Granet mourut en 1709 à 70 ans.

Quantité de capitaines originaires du voisinage, séjournèrent parfois à Sanary. Le capitaine Tortel, de la Seyne, partant pour l’Amérique (1718), se trouva dans ce cas. Le patron Sanaryen Antoine André, succomba au cours du voyage qu’il fit au Nouveau Monde et au Cap (1734). Les longues traversées furent bientôt à l’ordre du jour. Clément Vitalis mourut à Plymouth (1747), prisonnier des anglais qui s’étaient emparés de lui, lors de son voyage en Amérique à bord du vaisseau l’Intrépide de Marseille, commandé par le capitaine Jacques Roux. Ce sont là les propres termes du registre des sépultures. Peu de temps auparavant, un marinier91 décéda à l’hôpital de Constantinople atteint « du mal contagieux » (1745). Quelques années plus tôt Jacques Vidal fut enlevé par la même maladie au Levant sur le bâtiment du capitaine Granet (1730) et Andrac, fils du notaire, fut victime de la peste dans le même milieu (1740). La distinction du mal contagieux et de la peste, faite par les textes, est-elle fondée ? C’est peu probable quoique les mentions de 1740 et de 1745 soient l’œuvre d’un seul curé. La peste emporta de même un matelot en service sur le brigantin du capitaine Roustan, dans la traversée de Chypre (1778), etc.

En 1782, se maria Jean-Baptiste Aicard, appelé « ancien capitaine américain ». Sauveur Roustan, qualifié tantôt capitainede vaisseau américain, tantôt capitaine de navire marchand, devint major de la garde nationale (1793). Conservons précieusement le nom de deux autres « anciens capitaines américains », Jean Cadière et Blaise Granet. Le premier d’entre eux devint officier auxiliaire à bord de la frégate royale, la Sultane et le second reprit son titre de « capitaine de vaisseau marchand ».

A première vue, la présence à Sanary de tant de capitaines américains paraît singulière, car si des voyages au long cours furent effectués en des temps divers d’après les documents analysés ci-dessus, pourquoi des capitaines nés en ce lieu sont-ils dénommés américains ?

Amodieu, ou Aimedieu, patron à St-Nazaire, était originaire de la Rivière de Gênes (1723). Quelques années auparavant, apparurent dans la région le nom Amourdedieu et ses déformations. Nous reconnaissons là sans peine des immigrés d’origine italienne. Cette donnée nouvelle offre un intérêt assez vif, car elle permet de retrouver la signification d’un nom propre ardéchois, dont la forme singulière avait piqué ma curiosité depuis bien des années. Dans le canton de St-Péray, le nom Amourdedieu et ses dérivés se montrent fréquemment dès le XVIe siècle92 . Eh bien! il y a été importé par des italiens, venus là lorsque pour repeupler la vallée du Rhône, l’autorité supérieure fit appel,au XVe siècle, aux sources les plus diverses.

Rien de pareil n’exista au sujet de nos capitaines américains. Depuis le siège de Toulon (1707), les Anglais étaient devenus plus que jamais l’ennemi héréditaire, sur les côtes de la Provence. Aussi le départ de l’amiral de Grasse93 à la tête de 38 vaisseaux souleva-t-il un enthousiasme indescriptible (1781). Le goût des aventures et l’espoir d’appliquer à l’Angleterre la loi du talion entraînèrent quantité de ses compatriotes provençaux à prendre part à la guerre de l’indépendance94.

Adieu, patrie !

Ciel, forêt, prairie,

Adieu, patrie,

Adieu95

Parmi les capitaines de la marine marchande, les uns obtinrent la faveur d’être employés comme officiers auxiliaires par la marine royale, les autres remplirent vaillamment leur devoir en mettant leurs services à la disposition de la république naissante et plusieurs d’entre eux commandèrent des bâtiments de guerre américains, sans perdre pour cela leur nationalité. De retour dans leur patrie, le surnom de capitaine américain leur fut donné en souvenir de la lutte qu’ils avaient soutenue. Sanary eut à lui seul l’honneur de compter quatre au moins de ces braves au nombre de ses enfants. Gloire à eux !

J’ai réservé pour la fin le nom du capitaine Fabre présent à Sanary en 1707, car il semble s’agir d’un étranger à cette localité. Sous la Révolution apparurent les capitaines Pons, Cusin, Trotabas, Paul, Geoffroy et d’autres encore. Deprat parvint à obtenir le grade d’enseigne de vaisseau non entretenu. Enfin souvenons-nous d’Antoine Icard, capitaine de la marine marchande, condamné à mort le 8 mai 1794, par la commission révolutionnaire de Toulon « pour avoir chargé des vivres destinés pour les puissances coalisées ». Une incursion dans l’histoire de la marine marchande au XIXe siècle paraît être parfaitement inutile.

Sur les bords de la mer, le terme charpentier ne désigne pas ce qu’un vain peuple pense. Sa signification est tout autre qu’à l’intérieur des terres et un charpentier est l’artisan employé à la construction des barques et même de grands bateaux. Au besoin il est appliqué au chef de l’industrie 011 de l’entreprise. Quelques années avant le milieu du règne de Louis XV, les actes mentionnent divers charpentiers à St-Nazaire, ainsi que des maîtres-charpentiers.

Deprat, charpentier, vivait en 1781. Joseph Coulomb, constructeur, mourut à 80 ans à sa maison de campagne (1791). Autre Coulomb est qualifié charpentier, l’année suivante et constructeur en 1789. Joseph-Louis Coulomb, constructeur en 1778, doit être identifié avec ce dernier ; il était né à Sanary et était fils de Joseph le précédent et de Catherine Fournier. Il testa le 27 juillet 1831 devant Me Granet, notaire et déclara être le fils d’un constructeur de navires et être lui-même ancien constructeur et propriétaire96.

Un autre constructeur de ce nom, était né à Marseille. Joseph Coulomb épousa en 1783 à St-Nazaire Marie-Magdeleine Corey ou Coreil et y fixa son domicile au même moment. Il est appelé maître-charpentier en 1790 et constructeur en 1791, année au cours de laquelle il fut père de 2 jumeaux. Le 2 août 1793, il fit preuve d’une grande générosité et souscrivit 800 livres de concert avec deux autres personnes, au geste moins large que le sien, pour l’achat de blé. Tantôt le titre de constructeur (1793), tantôt celui de charpentier (1797), furent donnés.

Probablement l’expression constructeur de navires renfermait une simple formule de politesse, comme la qualité de receveur des domaines attribuée à des receveurs de l’enregistrement n’ayant à s’occuper d’aucun bien de l’Etat dans le ressort de leur bureau. Tant que de nouveaux documents n’aurout pas été découverts, nous en sommes réduits à supposer que de grands bateaux et des tartanes virent seuls le jour à Sanary, au XVIIIe siècle, à l’-exclusion de véritables bâtiments ou navires.

André, constructeur de navires, marié à Marie-Anne Lantier (1782), ne paraît pas avoir laissé de traces sérieuses et quoique sa famille fut sanaryenne, il produisit fort peu. Jacques Martinenq,

charpentier, était très connu après la Révolution. Il déclara le 3 mai 1806 devant le maire de Six-Fours qu’il allait habiter Sanary ; il était alors constructeur de bateaux97. Mentionnons enfin : Tournaire ci-devant charpentier (1791), charpentier (1783), constructeur de navires (1788) ; André Fournier, charpentier (1793) et constructeur (1795) Joseph Tournaire. maître-charpentier (1801), etc.

Sarrut, maître-charpentier à Reynier (1790), aujourd’hui chef-lieu de la commune de Six-fours, jouissait d’une certaine réputation. Relatons un seul nom rappelant l’art du calfatage. François Senès, maître-calfat à Toulon, mourut à St-Nazaire dans sa bastide (1709).

Avec le XIXe siècle, nous quittons le champ des hypothèses pour voguer à pleines voiles dans le domaine de la réalité et c’est le cas ou jamais de recourir à cette métaphore. Les dépenses importantes faites au siècle dernier pour l’amélioration du port amenèrent la création de véritables chantiers de construction. Les travaux des précurseurs furent bientôt dépassés et la légitime réputation des barques confectionnées à Sanary s’accrut considérablement. Jadis aux environs de Noël des eaux énormes, mal contenues par le grand môle, causaient les plus grands dégâts aux barques amarrées et à celles se trouvant en réparation ou en construction sous les Baux ou les rochers de N.-D. de Pitié. La consolidation, sommaire pourtant, de ce grand môle diminua singulièrement la violence de l’irruption des flots et augmenta considérablement la sécurité des chantiers et des bateaux à voiles. Cependant lorsque le tonnage de ceux-ci était par trop élevé, ils mouillaient au besoin au midi de ce môle, si le temps le permettait. Des bricks-goëlettes, pourvus de 2 mâts et ayant remplacé les fameuses tartanes, s’y montraient souvent.

Divers facteurs essentiels concourent au succès d’une entreprise ou consomment sa ruine, Certes la main d’oeuvre était moins élevée à Sanary qu’à la Seyne, mais les débouchés étant restreints, l’industrie des bâtiments ne pouvait être prospère et lucrative. Les chantiers de la Seyne suffisaient aux besoins du port marchand de Toulon et celui de Marseille faisait appel lui-même à leur activité. Dès lors, même sans le développement pris par le chemin de fer, la tentative si intéressante qu’elle fût, était vouée à un échec certain.

Noyon mentionne simplement les chantiers de construction de la Seyne, de St -Tropez, d’Antibes et de Cannes, car à l’époque où il écrivait (1846), ceux de Sanary étaient à peu près insignifiants.

Les plus habiles constructeurs étaient au XIXe siècle Barbaroux, Rouden, Lemelle, Delévy et Verne et la plupart de tous les patrons étaient eux-mêmes fils de charpentiers. Au premier rang d’entre eux se plaça rapidement Guéry, originaire de la Seyne. Après son départ de Sanary, (vers 1860), il continua son industrie dans son pays natal et le Socrate fut encore son œuvre98. Il avait, paraît-il, succédé à Bérenger, né à Sanary et c’est Bérenger qui aurait commencé les Trois-Soeurs, le trois-mâts achevé par Guéry. Les bâtiments étaient destinés les uns à des capitaines Sanaryens, si nombreux alors, les autres à des capitaines marseillais.

Guerri ou Guéry et Denans étaient à la veille de faire mettre à l’eau un navire en construction et de 600 tonneaux (1853). Guéry avait fait ce bateau pour le compte de ce capitaine-marin Denans. Les documents de l’époque blâment son imprévoyance et critiquent le choix de l’emplacement fait par lui, la cale des Baux.

Voici la liste des bateaux construits de 1847 à 1853 :

Le Lynx, Goëlette 1847 120 tonneaux.

Les 3 Soeurs, Trois-mâts 1848-9 400 »

Le Jeune Michel, Trois-mâts 1850 300 »

L’Isis, Trois-mâts 1851 300 »

Madelène, Trois-mâts 1852 325 »

Le jeune Alphret (sic) goélette 1853 130 »

Etaient sur le chantier le brick-goëlette le St-Jean-Baptiste de 130 tonneaux et le trois-mâts Amélie de 600 tonneaux99. Suivant la commune renommée la Belle-Virginie, trois-mâts, serait également d’origine Sanaryenne et le Lynx aurait été non une goélette ou bâtiment à 2 mâts, mais un trois-mâts.

On releva près du chantier 16 pieds d’eau en 1847 et 10 pieds en 1853 avec 12 pieds, lors des hautes marées. La vase molle composant le fonds de la mer compensait relativement le défaut de profondeur. L’administration ajourna l’agrandissement du chantier de construction et l’établissement d’une avant-cale. Toutefois, l’année suivante l’État alloua 6.000 francs pour l’approfondissement du port en face du chantier.

Quelques données sur une profession disparue seront utiles. Les bois employés dans la construction des gros bateaux et des bâtiments étaient le chêne de Bourgogne et celui d’Italie. Les bordages provenaient de la Norvège et les mâts étaient en bois du Nord, pour employer l’expression générique. Parfois le bois d’Arkhangel était usité pour les bordages et pour les mâts. Les cordages étaient confectionnés à la Seyne et quelquefois à Marseille ; les voiles provenaient de la Seyne. Les ferrures, les fers, les clous et les chevilles étaient fabriqués à Sanary même, par Pons, forgeron, né à la Seyne. Son atelier se trouvait sur le quai de la Consigne dans la maison occupée actuellement par le Cercle l’Union. Les ancres, les objets en cuivre rouge et les objets en fonte avaient une origine assez lointaine.

Durant de longues générations, les riverains du Rhône ont vu descendre avec une rapidité vertigineuse de fiers radeaux sur ce fleuve sans se douter parfois de la destination de ces bois liés ensemble. Les chênes de la Bourgogne et plus antérieurement les sapins du Dauphiné étaient destinés à la mise sur pied de bâtiments importants.

La tradition orale a conservé le nom d’un autre constructeur ayant également installé son chantier aux Baux, Bernard, dont le prénom était André.

Le maximum du tonnage des bâtiments sortis des ateliers de Sanary n’a jamais dépassé 600 tonneaux et le nombre de ces bâtiments n’excéda guère II ou 12. Nous pouvons ajouter à la liste précédente le Zéphtr et le dernier construit, Marie-Euphrasie, qui courut les mers lointaines et accomplit divers voyages en Angleterre. Le plus puissant aurait été la Belle Virginie. Si, comme on

l’affirme, ce bâtiment a jaugé 600 tonneaux, sa longueur devait atteindre 45 à 50 mètres et sa largeur ne devait pas être supérieure à II ou à 12 mètres. Cette indication due à l’obligeance du sympathique maire de Sanary, M. Grondona, permettra de fixer les idées. Il sera possible, ainsi, de se rendre compte des dimensions approximatives des bateaux dus à Guéry, en ayant recours à la règle de proportion.

Guéry fut le dernier des constructeurs Sanaryens. Le chemin de fer a-condamné l’emploi des bateaux à voile de diverses natures sortis de ses mains. La loi du progrès est formelle : ceci tuera cela. Actuellement Sanary, ne possède plus de charpentier proprement dit et le sieur Bony fait les réparations urgentes.

Les bateaux de divers modèles fréquentant le port de St-Nazaire avaient rarement une cargaison à destination d’Ollioules et à part quelques tonneaux d’huile et quelque quantité d’olives, ils n’exportaient aucune marchandise provenant de ce bourg. La délibération ,pu 15 janvier 1792 rappelait l’urgence de réparations à effectuer à ce port « l ‘un des plus beaux bassins qu’on puisse trouver sur les côtes de la mer Méditerranée et sans pareil au point de vue de la sûreté et de la commodité. » Selon celle du 26 février suivant, son importance le classait immédiatement après ceux de Toulon, Marseille et la Ciotat. De tout temps, il y avait eu un bureau des classes, un délégué de l’amirauté, un commis-greffier et un commis du receveur de M. l’amiral. En termes de métier, c’était un port oblique. Malgré la netteté de ces affirmations, ces diverses institutions avaient été établies après la séparation de 1688. Le maire Pardigon insista sur la nécessité de charger un ancien navigateur ou capitaine de veiller au lestage et au délestage et de désigner quatre anciens navigateurs pour procéder alternativement à la visite des navires.

Décidément le port de Sanary était de plus en plus fréquenté au commencement des temps nouveaux. Par son arrêté du 28 avril 1791, le directoire du département du Var avait rattaché au quartier de la Seyne les syndicats des gens de mer de la Seyne, de Six-Fours et de Sanary et les paroisses d’Ollioules et du Beausset devaient faire partie du syndicat de Sanary.

Le hasard des recherches vient de me faire retrouver un texte important. Pierre Imbert exposa au Conseil de Marseille, qu’au cours des dernières années, lui et ses associés pour la construction des navires à St-Nazaire, sous la juridiction d’Ollioules, avaient fait couper du bois sur le territoire de Six-Fours, placé sous la juridiction de l’abbé de St-Victor et cela en vertu des libertés de Marseille. Or, l’abbé ou ses officiers avaient instrumenté contre eux et ceux-ci demandaient l’intervention du Conseil de Marseille, lequel prit une décision conforme (4 juillet 1469)100. Au XVe siècle, Sanary vit donc construire de vrais navires ou de gros bateaux, puissants pour cette époque.

La bibliographie de la peste de 1720-22 en Provence est considérable et comprend peut-être cent brochures ou volumes. Nous ne nous attarderons pas à y puiser des renseignements de seconde main101.

La légende du chat, introducteur de la peste à Toulon, a eu peu de succès102. D’Antrechaus, premier consul de cette ville et qui fit preuve de tant de courage, a laissé une Relation remarquable des tristes événements dont il fut témoin et il vit frapper de mort 16.000 personnes environ, sur un total de 26.276 habitants, révélé par un recensement minutieux, effectué au mois de septembre 1720. Incontestablement, le fléau fut introduit de l’une des îles de Marseille à Bandol et de Bandol à Toulon, à la faveur d’un billet de santé (5 octobre 1720), visé en cours de route par les consuls de Sanary le même jour.

La viguerie de Toulon comprenait alors 8 communautés autres que cette cité, La Valette, La Garde, La Seyne Ollioules, Revest, Evenos, St-Nazaire et Six-Fours. Le régent accorda une subvention de 300.000 livres par mois, distribuable en argent, en farines et en bestiaux, à toutes les localités contaminées de la Provence, à partir du 1er Juin 1721. Sanary ne dut pas être comprise dans cette répartition, car l’épidémie n’y avait pas encore pénétré et ses ressources durent lui suffire. Elle figure avec raison sur la liste des petites ville atteintes, mais la maladie y sévit plus longtemps qu’on ne l’a affirmé. Le 7 novembre, dans l’acte déclaratif de la santé, souscrit devant Dupont, brigadier des armées du roi, commandant à Toulon et dans le pays et devant le consul d’Antrechaus, les consuls de la viguerie affirmèrent sous la foi du serment que la contagion avait cessé à :

Toulon : 8 septembre (seul cas depuis le 18 août) ;

Ollioules : 10 août ;

La Valette : 2 juillet ;

St-Nazaire : 15 août, etc.

Ce procès-verbal était évidemment un « trompe-l’œil » destiné uniquement à faire cesser ks craintes et à « rétablir le commerce ». Ces dates sont fausses. Le même document constate que la viguerie avait été « entièrement détruite par la peste ». C’est là encore une erreur, car Sanary dut à la salubrité de son climat d’être singulièrement privilégiée. Toulon ne fut « déconsigné » que le 9 février 1722. Un retour offensif de l’épidémie à Marseille provoqua une nouvelle réunion, à Toulon, des représentants légaux des localités de sa région (11 mai). Sanary fut chargée de la surveillance de la côte de son territoire. Six-Fours dut garder l’avenue d’Aran ou Arrenc, conjointement avec ce dernier lieu et le Brusc du côté de la mer103.

Analysons maintenant des textes irréfutables et autrement exacts que la déclaration du 7 novembre. Une délibération du bureau de la santé de St-Nazaire, prise le 21 avril 1721, constata l’absence de l’épidémie et le 3 juin suivant, le même bureau déclara que la peste sévissait à Ollioules, où elle fit d’ailleurs des ravages « extraordinaires ». Coulomb, habitant cette dernière ville, fut trouvé mort sur le territoire de Sanary (18 juin). Il fut enterré sur place. Le 21 juin, un habitant de Six-Fours eut la même destinée à tous égard. Il fut délibéré, le 22 juillet, de faire donner la sépulture dans leur jardin, en cas de décès, à deux jeunes filles malades. Tardivement, le 25 juillet, la présence de la peste fut signalée à Sanary.

La peste y fit 47 victimes environ. Le 13 juillet était morte Théodore-Rose Reboul, femme du notaire François Andrac. Plusieurs inhumations, comme celles de la femme Andrac104, eurent lieu au cimetière, mais elles ne tardèrent pas à être faites à la campagne, à cause de la contagion pour employer la formule de l’époque. Du 15 juillet inclus au 19 septembre, 43 sépultures eurent lieu de cette façon. Le notaire Andrac passa de vie à trépas le 10 août et l’un de ses fils, âgé de 14 ans, avait été enlevé le 3 août. Le chirurgien Combal succomba le 28 août dans les mêmes conditions (?).

L’épidémie éclata probablement le 13 juil!et et le curé Infernet administra les sacrements avec courage. Les personnes, mortes à la suite de maladies ordinaires, continuèrent à être enterrées au cimetière communal. La peste causa plusieurs décès subits. Beaucoup d’enfants et de jeunes gens furent les victimes du fléau. Les personnes âgées de plus de 45 ans offrirent une plus grande résistance. L’hermite fut frappé à son tour.

Des familles entières disparurent à peu près complètement. Le ménage Andrac, composée des parents et de trois fils, ne compta bientôt plus que deux membres, dont Antoine Andrac105. Du reste de rares épidémies fauchèrent la population de Sanary au cours du XVIIIe siècle, contrairement à ce que l’on a observé :par ailleurs. On compta pour

1727 65 baptêmes 11 mariages 21 décès

1731 50 » 13 » 71 »

Du mois de janvier 1731 à fin mai, beaucoup d’enfants périrent106. La nature du mal n’est pas indiquée. En 1752, plusieurs décès furent causés par la petite vérole. De même une « infection répandue » fit périr quantité d’enfants du mois de septembre au mois de novembre 1780107.

Rien n’est plus éloquent que les documents. Aussi userons-nous d’eux. Voici le relevé, par ordre de date des morts, de l’âge de quelques pestiférés :

D’après cette copieuse liste, un seul sanaryen avait dépassé 45 ans. La peste s’attaquait donc en principe de préférence aux jeunes. Cet aperçu est entièrement nouveau. Les cadavres de ces malheureux furent tous transportés à la campagne. Au contraire, deux « trépassés », âgés l’un de 70 et l’autre de 50 ans, furent « déposés » entre-temps dans le cimetière. Ces deux derniers étaient donc exempts du fléau.

Le 5 et le 14 juillet étaient décédées de la façon la plus ordinaire deux personnes de 55 et de 80 ans. Après avoir atteint (?) le 13 à la sourdine une femme de 45 ans, l’épidémie emporta, le 15, 3 infortunés. Postérieurement au 19 septembre, les obsèques furent célébrées sans interruption au cimetière et les baptêmes reprirent leur cours normal.

Des pestiférés recouvrèrent-ils la santé? On l’ignore. Le 30juillet, il fut décidé de « prendre » la bastide du vicaire Infernet et la chapelle de N.-D. de Bonrepos pour y loger et soigner les malades. Quelques morts reçurent la sépulture autour de cette chapelle, comme si cette mesure n’était pas de nature à augmenter les dangers d’infection. Les textes écrits nous apprennent que la « contagion » avait disparu de Six-Fours bien avant le 19 octobre.

Un hôpital insignifiant est indiqué en 1776 et en 1780. Au contraire, celui d’Ollioules était assez important et plaçait des enfants en nourrice à Sanary. Au XVIIe siècle, les hôpitaux de Marseille et. de Toulon agissaient de même. La mortalité parmi ces nourrissons était élevée (1698). A cette époque, les registres témoignent d’un certain nombre de mariages, contractés entre des futurs âgés de 16 à 21 ans. Ces exemples devraient bien être suivis de nos jours108.

Le petit tableau suivant permettra de se rendre un compte exact du mouvement de la population :

J’ai compté pour l’année 1780 94 décès ! La mortalité qui sévit au cours de cette année-là fut véritablement effroyable. Les causes n’en ont été conservées, ni par les documents écrits, ni par la tradition.

L’examen de la statistique que nous venons de dresser permettra de se faire une idée exacte du mouvement de la population de Sanary au XVIIIe siècle109. Comme il est aisé de le voir, les moyennes, que l’on voudrait établir par périodes décennales, seraient absolument arbitraires. D’autre part, les conclusions que notre relevé permet de formuler peuvent être appliquées aux diverses localités du département du Var pour le même laps de temps. Toulon fait seul exception à cette règle, à raison de la méconnaissance des principes les plus élémentaires de la propreté.

Les cas de longévité sous l’ancien régime semblent avoir été assez peu fréquents. Mentionnons cependant Suzanne Soleillet, Antoine Tassy, Dorothée de St-Maurice, veuve d’Antoine Soleillet, Joseph Michel, veuf de Marguerite Gabriel et hermite et deux femmes, parvenus à l’âge respectif de go (1717), 97 (1752), 91 (1768), 90 (1773) et 90 ans (2) (1773). N’oublions pas deux personnes ayant atteint l’une 92 ans en 1769 et l’autre go ans en 1778110.

Les décès entre 80 et 90 ans sont peu communs. Toutes ces indications sont simplement approximatives, car alors les registres adhoc étaient tenus d’une façon sommaire.

Comme on l’a déjà constaté, les administrations municipales, qui se succédèrent, songèrent à procurer à leurs concitoyens les soins médicaux. Quoique le terme chirurgien doive être appliqué à des barbiers-chirurgiens, sans rapport avec les chirurgiens de notre époque, relevons pour le XVIlle siècle, les noms des chirurgiens :

Antoine Dupré (1703), André Mourenc, décédé avant, de Lévi (1706), Daniel (1707), Mourenc (1708), Maunier (1712), Baron (1715-8), Girard (1723), Combal 1721) foudroyé le 28 août par la peste (?\ Soleillet (173°), mort alors à 85 ans, Gautier (1737), Louis Roustan (1739 et 1757), Jean Deprat (17531, Jean Garçon (1759), Cadière, chirurgien et invalide de la marine (1773), etc.

Pour rendre ce récit plus attrayant, narrons une aventure, dont un chirurgien fut le héros. En 1706, Jean-Henri de Lévi, maître chirurgien, fils de feux Henri et d’Anne-Marie de Montaud et veuf de Marguerite Bernard, épousa, quoique appartenant à une excellente famille, la fille du ménager Brun. Il était âgé de 60 ans.

Quoique le titre de chirurgien ait été attribué à Garçon dès 1759, c’est seulement le 23 juin 1760, que Jacques-Philippe de Boucault, écuyer, chirurgien-major de la marine à Toulon, délivra à cet enfant de Sanary des lettres de maître chirurgien-barbier avec résidence en ce dernier lieu. Des examens supplémentaires permirent à Garçon de devenir officier de santé et il survécut à la Révolution111.

Les docteurs en médecine avaient droit à la qualité de maître précédant leur nom. Pour les singer les chirurgiens se qualifiaient Me chirurgien. Cette particularité me remet en mémoire une fantaisie d’un officier de santé habitant un chef-lieu de canton de la Haute-Provence. Son prénom étant Dominique, il faisait précéder la signature de ses ordonnances dont il était fort prodigue, de la lettre D absolument comme s’il était docteur.

Le rôle des apothicaires était évidemment modeste. Sanary en posséda un de très bonne heure puisque Colomb, apothicaire local, mourut en 1720, âgé de 70 ans. Un de ses successeurs s’appelait Marin (1745). Le nom d’un seul médecin a survécu, celui de Joseph Gautier (1737)112. Peu à peu les médecins, presque tous officiers de santé et maniant avec plus d’habileté la lancette que les chirurgiens, pratiquèrent les saignées. Dès lors les chirurgiens disparurent113. Joseph Gautier, vivant encore en 1752, était docteur en médecine et c’est le seul homme de l’art, muni d’un diplôme sérieux, qui ait exercé à Sanary avant la Révolution114. A notre époque, un pharmacien est à la disposition des malades, à qui trois médecins peuvent donner leurs soins.

Si les épidémies furent peu fréquentes dans cette ville au cours du XVIIIe siècle, les registres des sépultures révèlent une fréquence relative des morts subites. Selon les termes d’une délibération municipale, l’augmentation du nombre des habitants de 1688 à 1733 fut constante. Cette affirmation doit être accueillie avec réserve. Les archives de la mairie conservent un relevé de la population depuis 1796. A cette date, Sanary aurait compté 2.082 habitants.

Mais, comme je l’ai montré ailleurs, le recensement, prescrit cette année-là, ne s’étendit pas aux enfants âgés de moins de 12 ans115.

Nous avons péniblement recueilli la trace de 12 nonagénaires pour le XVIIIe siècle et encore ces données sont-elles quelque peu suspectes. Au XXe siècle, la longévité s’est accrue et cette fois nous entrons dans le domaine de la certitude. Pour la période décennale 1901-1910, les résultats sont les suivants :

Les tentatives d’acclimatation d’espèces exotiques116 ont généralement réussi au-delà de toute attente. Citons l’eucalyptus globulus et les autres variétés de l’eucalyptus, le palmier rustique, divers palmiers, les poivriers, etc. Le mimosa offre de la résistance aux intempéries. La palme revient encore à l’eucalyptus, qui supporte y au dessous de zéro117.

Les noms de divers précurseurs méritent d’être conservés et ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ollioules a précédé son ancienne section dans le commerce des fleurs coupées. Vers 1865, les fleurs de narcisses produites par le territoire de cette ville, étaient déjà vendues à Toulon et à Marseille. En 1871-72, après la guerre avec l’Allemagne, les envois à Paris, puis à Londres, furent tentés grâce à l’esprit de décision de quelques habitants d’Ollioules, fort intelligents. Nous pouvons citer, en adoptant l’ordre alphabétique : Audibert, Cadière, Fenouillet, Gautier (Jean), etc.

Le commerce de cette nature a débuté à Sanary en 1878. La culture du narcisse grandiflora et son introduction dans le commerce ont été imaginées par les frères et cousin Emeric, et ceux-ci ont créé les expéditions.

Un document isolé et égaré dans les archives de Sanary nous donnera une idée nouvelle de l’agriculture, il y a 100 ans et plus. Pierre Raphel, propriétaire à Marseille, afferma pour la durée de deux ans (ans XIV à XVI) une terre avec une bastide, sise à Sanary au quartier de Bon repos, au prix annuel de 900 francs et moyennant une redevance annuelle, payable en nature, de 1.000 sarments, 50 livres de raisin, 25 livres de figues sèches et 6 livres de raisin etc. D’après la tradition, le commerce des fruits secs, spécialement celui des figues sèches, était jadis considérable aux environs de Toulon.

De nos jours, le touriste est surpris d’apercevoir sur le territoire de cette ville de superbes figuiers, dont l’utilité pratique est devenue presque nulle. L’aspect, au point de vue agricole, des abords de Toulon est complètement différent de la physionomie de la campagne aux environs de Sanary. De leur côté, les champs d’Ollioules offrent un cachet tout particulier.

L’une des rares propriétés d’agrément ou bastides, ayant conservé leur empreinte provençale est la villa La Marine, appartenant à Mme Victor Brun, née Angèle Jarret de la Mairie, représentante d’une ancienne famille de Baugé (Maine-et-Loire), et auteur de nombreuses variétés parues dans La République du Var et dans d’autres journaux, sous le pseudonyme de Jacques Verd. Les aloès, panachés ou non et de grandes dimensions, y prospèrent comme les citronniers, les cactus géants et de nombreux spécimens de la végétation de la Provence méridionale. L’archéologue charmé est heureux de retrouver là, réunis avec le plus grand soin, une belle urne vernissée d’apparence singulière, exhumée dans le domaine, et de nombreux fragments d’urnes rondes provenant des abords de la plage de Portissol.

La route de Toulon à Ollioules se poursuit monotone à travers des champs d ‘oliviers. A l’entrée de cette petite ville dont la mairie est coquette et moderne, mais dont l’église est sombre et massive,

avec une allure lourde, se trouvent quelques orangers en pleine terre, quoique la culture des fleurs et des oignons à fleurs en ait fait supprimer un grand nombre. Les chaleurs de l’été se font particulièrement sentir en ce lieu, à tel peint que la cigale, ayant disparu partout en Provence, y chantait encore à la date du Ier sept. 1912. Le bruit parfois strident des vents à travers les gorges semble rappeler à l’historien les plaintes des victimes des bandits Gaspard de Besse et Ferrandin. La Rèpe, ordinairement à sec à Sanary, ren erme un peu d’eau à Ollioules, malgré les saignées pratiquées en faveur d ‘un canal d’arrosage traversant la route des Vaux. En avant de ceux-ci et entre le canal et le torrent, se montrent d’intéressants spécimens de la culture des fleurs. De l’autre côté et à mi-coteau, des pavillons, dont les murs sont revêtus de couleurs tendres, jettent là une note claire.

Passons du règne végétal au règne animal. Les chasseurs recourent volontiers au cabanon et à l’agachon ou agachonette, c ‘est-à- dire à « l’espère » ou au poste, pour la chasse aux petits oiseaux. L’appeau est d’un usage fréquent.

D’après l’un des plus habiles chasseurs du pays, M. Louis Gautier, le gibier à poil se compose : de lapins, de lièvres relativement nombreux, de renards, de martres, de fouines, de blaireaux, d’écureuils, de rares chats sauvages et de rabas ou putois. Les sangliers ne fréquentent plus guère ces parages118. Les oiseaux de passage au mois de septembre sont : le cul-blanc, le rouge-gorge, le bec-figue et la tête-rousse. Le mois .d’octobre voit les corbeaux, le pigeon-ramier, la bécasse, le sansonnet ou étourneau, l’épervier, quelques aiglons et des faucons, l ‘alouette. Sont de passage, également, le canard (février et mars), quelques flamants accompagnant les canards, l’oie sauvage, la poule d’eau, la sarcelle, la bécassine (mars), etc.119. Il y a une trentaine d’années, des vols de grues étaient aperçus assez souvent aux mois de février et de mars; de nos jours. ils apparaissent rarement. Peuvent encore être chassés les cailles, les perdreaux, les grives, les grives siffleuses, les chachas ou litornes, les seras de la famille des grives, etc. Au cours de l’hiver, des mouettes et des goélands se livrent à la pêche dans la rade et dévorent avec avidité les débris rejetés par les pêcheurs. Mentionnons enfin pour la forme le moineau et l’hirondelle.

Aux temps passés, le moindre noyau de population possédait une auberge, c’est-à-dire une maison où l’on trouvait à manger et à coucher moyennant paiement. Ainsi, Le Brusc, qui comprenait un petit nombre de pauvres maisons de pêcheurs, eut- de bonne heure une auberge tenant à la fois de l’auberge et du cabaret. Il y a quelques cinquante -ans:, la situation de ce petit village était la même à tous égards120. Au contraire, Sanary eut des établissements assez relevés. Citons quelques noms : l’hôte Antoine Brun (1698) ; le logis Deprat (1710) ; la veuve Canesenque, hôtesse (1700) ; les sœurs Magdeleine et Anne Cabre, cabaretières et donnant à manger (1701);

Pierre Gris, dit Beauséjour, hôte, mort en 1754 ; André, aubergiste ( 1773- 1781), La Rose, «hôte», s’il vous .plaît ( 1689), et Maurel, cabaretière (1795), eurent une grande vogue. Le logis Deprat subsistait encore en 1752 et se maintint pendant plus de 50 ans.

Pendant une période au moins égale; au cours du XIXe siècle, la meilleure auberge de Sanary fut l’hôtel de Saint-Nazaire, tenu par la mère Couraou, cordon extra-bleu d’après un auteur, mais qui. fut tout au moins un cordon outremer, dont la réputation dépassa de beaucoup les limites du département du Var. Le nom exact est Courrau, d’après un jugement rendu en 1904 par le tribunal

civil de Toulon.

L’hôtel des Bains, dirigé avec tant de succès par M. et Mme Grillon depuis 1898, rallie tous les suffrages. Son jardin, orné de palmiers -gigantesques, de beaux mimosas, etc., est infiniment précieux et pendant l’été et durant l’hiver. De véritables colonies de moineaux trouvent un asile assuré au sein des vigoureux eucalyptus sis dans la partie occidentale. Tout respire le calme dans véritable Eden. La salle à manger de l’hôtel, doublée d’une précieuse véranda, peut contenir jusqu’à 50 personnes. Une vue idéale de Sanary et de sa tour, à une époque ancienne, a été exécutée avec un réel talent par Mazerani, peintre à fresque à Hyères121. Les spécialités culinaires de la maison sont la langouste à l’américaine, les fondus fondants, les croumeskys, les bouchées de dames à la Grillon (figurant au dictionnaire culinaire), la bouillabaisse traditionnelle, le poulet chasseur Grillon, la mousse au foie gras, le turban de filets de sole, etc., etc. Les gourmets les plus délicats n’ont que des éloges à décerner au talent culinaire de M. Grillon, vanté par plusieurs

d’entre eux dans divers journaux.

La gare d’Ollioules-Sanary, mal emplacée par suite d’influences locales, se trouve à 2 kilomètres 200 m. de cette dernière ville. Les roulets, dus à l’initiative de M. Cheval et ayant succédé aux entreprises Brest à partir du ier janvier 1907, rendent de grands services aux Sanaryens et à la population cosmopolite, quoique le tarif de 20 cent. par place soit un peu élevé122 (1).

Un état très important renferme la comparaison de la situation des arts, métiers et professions entre les années 1789 et l’an 9. Il permet de préciser les modifications, apportées par la Révolution, aux conditions de l’existence de maint Sanaryen. Demeura sans variation le nombre des laboureurs, charretiers, charpentiers, bouchoniste. pêcheurs, tisserands, maréchaux-ferrants, employés à l’expression de l’huile d’olives (32), fileuses de chanvre (30) et manœuvres (40).

Se modifia et augmenta, en l’an 9, le nombre des tonneliers (8 au lieu de 3), cordonniers (b-6), maçons (10-4), cordiers, serruriers, boulangers (4-3), bouchers-revendeurs (3-0), menuisiers, chirurgiens (2-1), maître d’écriture, médecins (2-1), tailleurs d’habits, billardiers (2-1), perruquiers, revendeurs (15-6), huissier (1-0″), couturières, marchands en détail (2-0), fermiers de terres (35-30), savetiers (4-2), et détailleurs de tabac (12-3).

Les notaires furent réduits à 1 au lieu de 2, car une étude fut supprimée. L’une des constatations les plus saillantes concerne un groupe de personnes au rôle modeste, les tricoteuses passées de 100 à 60. Un garde-champêtre fut créé non pas pour refréner leurs manifestations, car elles n’eurent pas l’ardeur de leurs camarades parisiennes, mais pour veiller aux récoltes que des voleurs n’hésitaient pas à s’approprier partiellement.

A la date de 1693, Sanary comptait 249 officiers mariniers ou matelots et 27 mousses. Les temps étaient déjà bien changés cent ans plus tard, mais les petits navires de ce port et de celui de Saint-Raphaël faisaient alors presque exclusivement le cabotage de Italie et du Levant.

Dans un État des bâtiments de mer possédés en 1686 par des Sanaryens, nous relevons la mention de :

1° Monsieur Dedons ) possesseur de 2 vaisseaux de la portée de 4.000 quintaux, l’autre de celle de 2.000 quintaux. Seul Dedons est qualifié Monsieur.

2° Jean Granet, patron, ayant une tartane de la portée de 800 quintaux. Serait-ce la personne, transformée en héros par la légende ?

Les divers possesseurs de bateaux sont appelés patrons avec barque, tartane, etc.

L’encadastrement des droits fonciers perçus par l’évêque de Toulon comme codécimateur de St-Nazaire eut lieu le 1er mai 1790. La part de ce prélat dans la dîme fut évaluée à un capital fictif de 445 livres comprenant une boute de vin et 1/4 des grains et nadons sur les 3/4 de la portion de dîme revenant au sacristain de l’église de Toulon. Cet encadastrement eut lieu sur la base de 17 petites livres cadastrales 1/2 et toutes charges déduites, le produit annuel était de 200 livres. Après la révision des feux au commencernent du VIlle siècle, le cadastre comprit 160 livres grosses cadastrales. Les nadons désignaient les petits agneaux et peut-être aussi les petits chevreaux, lorsque les animaux étaient tout petits, c’est-à-dire à peine nés. La discussion des droits respectifs de chacun des co-décimateurs nous entraînerait trop loin.

L’hermitage de N.-D. de Pitié était quelque peu célèbre. Fait singulier, les hermites, dont la communauté fournissait l’habit, n’étaient pas généralement originaires de cette partie de la Provence. Chauvet (Louis) enlevé par la peste était né à Pertuis. Joseph Dieu avait vu le jour à Jonquières près d’Orange et il mourut en 1783 à 78 ans. Jean-Baptiste Pourchaille habita longtemps l’hermitage. Par exception, le Sanaryen Joseph Michel, veuf de Gabriel (Marguerite), devint hermite au cours de son veuvage et mourut à 90 ans au domicile de sa fille (1773). Son successeur fut le frère Louis-Henri-Sulpice de Gamaches.

L’église actuelle de Sanary est au moins la quatrième élevée de puis le XIIe siècle. Celle du commencement du XVIe siècle a été remplacée par celle de la fin du XVIIe siècle, d’ailleurs entièrement dépourvue de caractère et menaçant ruine. A son tour, celle-ci a fait place à une construction d’apparence élégante, mais dont la disposition intérieure a été mal comprise (1892). Elle est due à la générosité de Michel Pacha. Par un acte de justice tardive, la place sise devant l’église, dépourvue de nom jusqu’à présent, vient de recevoir officiellement l’appellation, place Michel Pacha123. Peu satisfaite de la nouvelle église, la population aurait préféré le choix d’un emplacement dans la direction de St-Roch. De nombreuses sépultures eurent lieu dans l’ancienne église soit dans la nef124 soit dans les chapelles de N.-D. des Grâces ou de Grâce, Ste-Anne, St-Pierre, St-Nazaire, du Rosaire, etc. Ces soi-disant chapelles n’en constituaient pas au sens strict des mots; c’étaient des ares, de simples autels généralement.

Un nouveau cimetière fut béni le 7 décembre 1710 et il se trouvait au lieu dit « l’hoir de Moustier ». Le curé avait acheté le terrain; la communauté s’engagea à y faire charrier la terre de l’ancien sis au-devant de l’église, tandis que le nouveau se trouvait au nord de cette dernière d’après une mention inscrite sur le registre125. Cette indication n’est pas exacte. Malgré l’édit de 1776 et malgré les démarches tentées en 1782 par Laidet, le projet de transfert hors de la ville n’avait pas abouti. L’ancien cimetière fut enfin supprimé par un arrêté préfectoral du 4 frimaire an XIV (25 novembre 1805). Il servait encore en 1810 et au cours de cette année le nouveau fut enfin mis à contribution126.

Les réparations effectuées à une maison bordant la rue de la Prud’homie ont fait retrouver des ossements dans le sol de cette maison, il y a quelques années. Autrefois cette rue était dénommée

rue du Bonrepos à raison du cimetière qu’elle longeait et sur l’emplacement duquel se trouvent de nos jours une maison et un enclos. De même la dénomination N.-D. de Bonrepos127 rappelle l’existence d’un très vieux cimetière disparu à une époque indéterminée. Tout le quartier l’avoisinant était appelé autrefois quartier de Bon-repos. Diverses sépultures eurent lieu au XVIIIe siècle dans la chapelle de ce nom en dehors de la période de la peste. Les inhumations furent rares à cette époque dans les chapelles rurales et dans celle de Ste-Ternide (1738), comme les mariages d’ailleurs.

L’emplacement du vieux cimetière fut pavé (1712), après que les ossements et les débris que l’on put recueillir eurent été transportés au nouveau.

Le pavage des rues fut poussé avec activité à dater de l’an XIII. Déjà en 1749 plusieurs rues avaient été pavées à la fois. Les municipalités s’étant succédé depuis deux cents ans n’ont jamais reculé devant les améliorations possibles128. Grâce à l’activité inlassable de M. Grondona, capitaine au long cours, et maire depuis 1899, vaillamment secondé par les adjoints successifs MM. Flotte et Gautier, Boggiano et Gautier, d’importants progrès ont été réalisés au cours de ces dernières années : construction de l’abattoir et de l’école mixte de Ste-Ternide, extension du groupe scolaire, réfection du tuyautage de la canalisation de la source l’Huide, perfectionnement du service des eaux et de l’éclairage électrique, élargissement notable du quai Ste-Catherine avec le concours de Michel Pacha, achat du lais pour l’étendage des filets., assainissement du pays, dragage du port, élargissement de l’entrée de la ville dans la rue des Écoles, pont métallique sur la Rèpe, payé par Michel Pacha (1902) etc. Enfin la première partie du boulevard de Portissol de 10 mètres de largeur a coûté 19.170 francs et la deuxième partie prolongée en 1913-14 reviendra à 29.000 francs.

Les budgets locaux ont été respectivement de 43.142 francs et de 43.503 francs pour les années 1911 et 1912, y compris les droits d’octroi, d’allure tempérée et qui se sont élevés à 11.566 francs pour l’année 1910 par exemple. La sagesse de l’administration municipale est digne d’éloges.

Dès 1751, des arbres avaient été disposés sur la place publique voisine de la tour. Le 28 décembre 1808, Gautier, maire, fit voter une somme de 150 francs pour la plantation d’arbres le long du port « pour l’utile de la commune comme l’agréable ». Les arbres de 1751 étaient morts graduellement Le germinal an XII (1804), il fut décidé que l’on tenterait la plantation sur la place de 6 platanes « couverts d’une caisse en bois et des épines nécessaires pour les garantir de la malveillance. » La plantation effectuée en 1809 en fut le complément. Trente francs, puis vingt francs, furent successivement dépensés en 1810 et en 1812 dans le même but. Les rangées d’arbres divers déjà frappés de décrépitude ornent actuellement l’abord des quais et empruntées à des essences acclimatées, ont été installées grâce à l’intervention de Michel Pacha.

La situation d’Ollioules où les touristes admirent les ruines majestueuses du château-fort, est l’une des causes de l’augmentation constante de sa population. Mais la principale raison de cet accroissement dérive de la préférence des retraités, des ouvriers de l’arsenal et d’autres personnes pour cette ville, où la vie est à bien meilleur marché qu’à Toulon. Et certes les malédictions des génies protecteurs de Die et de Montélimar n’ont pas manqué à cette localité, où l’on fabrique du nougat blanc et même du nougat noir, s’il vous plait ! La réputation du nougat de Provence est l’œuvre des fabricants d’Ollioules.

Les criées aux fleurs et aux primeurs de ce dernier lieu sont bien connues. Le marché à la criée (fleurs, fruits et primeurs) de Sanary, transformé en institution stable par E. Imbert, se tient tous les jours, dimanches et jours de fêtes exceptés. Son utilité est incontestable, car le produit des ventes dépasse 60.000 francs annuellement.

Les tentatives d’acclimatation d’espèces exotiques129 ont généralement réussi au-delà de toute attente. Citons l’eucalyptus globulus et les autres variétés de l’eucalyptus. le palmier rustique, divers palmiers, les poivriers, etc. Le mimosa offre de la résistance aux intempéries. La palme revient encore à l’eucalyptus qui supporte 5° au-dessous de zéro130.

Les noms de divers précurseurs méritent d’être conservés et ne doivent pas tomber dans l’oubli. Ollioules a précédé son ancienne section dans le commerce des fleurs coupées. Vers 1865, les fleurs de narcisses produits par le territoire de; cette ville, étaient déjà vendues à Toulon et à Marseille. En 1872, après la guerre avec l’Allemagne, les envois à Paris, puis à Londres, furent tentés grâce à l’esprit de décision de quelques habitants d’Ollioules fort intelligents. Nous pouvons citer en adoptant l’ordre alphabétique : Audibert, Cadière, Fenouillet, Gauthier (Jean), etc.

Le commerce de cette nature a débuté à Sanary en 1878. La culture du narcisse grandiflora et son introduction dans le commerce ont été imaginées par les frères et cousin Emeric, et ceux-ci ont créé des expéditions.

Ollioules avait envoyé des députés aux États tenus à Tarascon au mois de décembre 1396 et à ceux de 1397. Cette communauté était au nombre des plus importantes du midi de la Provence, car elle eut deux représentants. Inféodée, elle perdit le caractère de ville domaniale et n’eut plus d’entrée aux États. Son affouragement de 33 feux 3/4 l’engagea à demander aux États de 1627 le droit qu’elle avait perdu et c’est seulement en 1632 que son désir fut exaucé. La base de sa taxation à l’égard de la taillabilité témoigne de sa richesse au point de vue foncier.

Un membre de la famille Soleillet fut longtemps commis au bureau de poste d’Ollioules au XVIIIe siècle. Jadis le courrier d’Aix pour Marseille, Ollioules et Toulon partait d’Aix les dimanche, mardi et jeudi et il arrivait dans cette ville les lundi, mercredi et vendredi131. Ollioules était alors un centre postal important et son bureau desservait le territoire de Sanary.

En dehors du chantier de construction, de quelques modestes tuileries et de fabriques de poterie, etc., ayant pu exister à diverses époques, cette. ville n’a jamais bénéficié du produit de véritables établissements industriels. Notons incidemment que Charles de Pezenas, propriétaire à Ollioules, fut autorisé à établir dans la propriété qu’il possédait à Sanary au quartier de la Tourrelie ou Tourelle des fours à plâtre temporaires (1835).

Le nom exact de l’auteur de la belle décoration de la salle à manger de l’Hôtel des Bains est Masserano (]:-B.), peintre artiste et professeur. Dans le Midi on appelle à tort fresque toute peinture murale et la simili-fresque est généralement confondue avec la véritable fresque.

Une étude complète du « poisson de Sanary » nous aurait amené à distinguer deux espèces de poissons : les poissons migrateurs et les poissons sédentaires132. Les pêcheurs locaux appellent bonite un poisson plus petit que le thon et paramide un poisson plus gros que ce dernier. Tous les trois appartiennent cependant à la même famille. D’autre part, la scorpène très voisine de la rascasso, serait un peu plus volumineuse qu’elle et sa chair serait un peu plus grossière, au dire de certains. Mentionnons enfin quelques poulpes peu dangereux et la présence aux mois de février et de mars de sèches ou seiches en grande abondance près des côtes, où elles vivent volontiers.

Parmi les bienfaiteurs de Sanary, étrangers à ce lieu mais qui y ont séjourné pour diverses raisons, mentionnons : la Marie Esménard, décédée à Billom (Puy-de-Dôme) et ayant légué par son testament une rente de 2.075 francs, devant être appliquée à 12 familles de pêcheurs, conformément à ses intentions; 2° le général de division Rose, né à Toulon, ayant habité pendant plusieurs années son domaine de la Millière et ayant laissé à la commune de Sanary son buste et une somme de 10.000 francs, etc. Trois plaques de marbre noir rappellent en lettres d ‘or dans le vestibule de la mairie la générosité de maintes personnes en faveur de la ville, de la Société de secours mutuels des hommes remontant à 1861 et de la Société de secours mutuels, les Dames de St-Nazaire, fondée en 1899133 (1).

A la fin de cette étude, quelques notes doivent être consacrées à certains Sanaryens qui se sont acquis, à des titres divers, des droits au souvenir de la postérité non compris le quelque peu légendaire Barthélémy de Don et le pseudo-héros Jean Granet, dont la vie a été étudiée plus haut :

I. Marratius de St-Nazaire était podestat de Marseille (1228-9) et un second texte le dénomme Guy Marratius de St-Nazaire134. Il appartenait à la famille des premiers châtelains de Sanary et l’on

sait d’après les travaux de M. de Mauteyer que les châtelains prirent ou reçurent à une époque reculée hors de leur résidence le nom de la cité ou du château confiés à leurs soins dès le second

tiers du XIe siècle.

De même Mathieu d’Ollioules fut nommé notaire à Marseille en 1477. Ce nom ne rappelle pas un lieu d’origine, car Jean d’Ollioules habitait cette ville peu de temps avant (1474). L’histoire de cette cité nous révèle l existence de deux familles, d’extraction dauphinoise à noms analogues. Jourdan de Nyons fut juge du palais à Marseille (1385), tandis que le viguier Pierre Guitard y était qualifié alors chevalier, seigneur de Pierrelatte. L’affaire de Barthélemy de Gap, soupçonné à Marseille d’être atteint de la lèpre (1470), mériterait une étude spéciale. Ce dernier, probablement membre de la famille des anciens châtelains de Gap, parait devoir être rattaché à la maison de Gap que l’on retrouve à Pertuis en 157 l (Jaume de Gap, bastide des Gap, hoirs de Loys de Gap, Francès, Jehanne et Jaumète de Gap) ; 2° à Jacques de Gap ayant habité Avignon. L’érudit M. Lucien Gap pourrait bien représenter de nos jours cette antique race.

II. Reimond de St-Maurice ou de St-Maurisse, capitaine des vaisseaux et les brûlots du roi. Il avait adopté la seconde de ces orthographes (1663) et il fut consul en 1689 notamment. C’était le beau-frère de Michel de Chabert aussi capitaine des vaisseaux du roi et i! remplit comme officier d’importantes fonctions. La véri table forme du nom de l’une des familles apparentées à la sienne est Bouis. L’un des martins-pêcheurs les plus réputés de cette époque fut François Ordan (1689) dont le nom propre a fini par être transformé en Ourdan.

III. Michel (Blaise-Jean-Marius), fils de Jean-Antoine, marin, et de Joséphine Lautier, né le 16 juillet 1819, est mort à Tamaris (février 1907). Maire de Sanary à deux reprises (1865-1871) et (1892-4), officier de l’a légion d’honneur, capitaine au long cours,commandant les paquebots des messageries impériales, administrateur général des phares de l’empire ottoman il a joué un rôle considérable. Créateur de Tamaris, station qui a reçu une si vive impulsion à partir de 1883, cet éminent philanthrope a couvert Sanary de ses largesses. Divers écrivains lui ont déjà consacré des notices biographiques, auxquelles on pourra se reporter135.

Nous comprendrons uniquement trois autres noms, dans cette liste que nous avons dressée exprès très courte pour ne pas répéter des indications déjà données par d’autres écrivains et qu’il est inutile de reproduire. Les préférences d’un bibliophile se manifestent toujours pour la bibliographie.

IV. Granet (Marie-Alphonse Roch) (( 845-1910), notaire à Sanary (1875-1906), président à diverses reprises de la Chambre des notaires de l’arrondissement de Toulon et auteur d’un excellent mémoire juridique : Des origines et du caractère des partages descendants. Rapport fait par Me Granet, notaire à S a in t-Naza ire, (assemblée du Il novembre 1879) Toulon, Massone, tn-S, 52 p.

V. M. Gos (François-Emile-Théophile), né le 6 juillet 1860, ancien conseiller général du canton d’Ollioules, ingénieur-agronome, ayant publié des études agricoles d’un grand intérêt et d’un réel mérite, dont une a été mentionnée au cours de ce mémoire. Espérons qu’un jour ou l’autre l’histoire définitive de la flore et de l’agriculture de l’arrondissement de Toulon tentera la plume d’un spécialiste.

VI. M. Pignol (Louis-Paulin-Joseph), né le Ier septembre 1864, compositeur de musique et dont une seule œuvre a été imprimée.

M. Coreil, ancien député du Var, est né à Toulon et appartient à une famille originaire de Sanary. Joseph-Edouard Rouden, né en ce dernier lieu le 21 vendémiaire an XI et oncle de M. Théodore Rouden, fut médecin militaire de l’armée de terre et épousa une créole. Son fils Édouard, né à St-Pierre de la Martinique, fit ,preuve d’un tel courage et d’une habileté si exceptionnelle dans sa batterie au cours de la guerre de Crimée qu’il reçut la croix de la légion d’honneur sur l’un des champs de bataille, quoique simple servant d’artillerie136. Il est mort à Tamaris.

1 Roger Vallentin Du Cheylard (1862-1931). Licencié en droit, historien local. Officier de l’Instruction publique, receveur de l’Enregistrement et membre de plusieurs sociétés savantes du Dauphiné, du Comtat et de la Provence – note par OT.

2 A la Cride, dans la calanque de Portissol, se trouve une source d’eau douce près de la mer ; elle est dite lou Baou d’aiguo douço. Son volume était jadis plus considérable qu’actuellement et son accès plus facile. Peut-être trouvera-t-on un jour une station préhistorique à proximité.

3 Cartulaire de l’abbaye de St-Victor de Marseille, nos 844 et 848.

4 Cette expression mortalitas s’est maintenue dans certains pays. Dans l’ancien Beaujolais, par exemple, les droits de succession sont encore appelés de notre temps le droit de mort. Il est à peine utile d’ajouter que l’impôt prélevé de ce chef au XIIe siècle en Provence ne rappelle pour ainsi dire en rien les taxes successorales contemporaines.

5 Cartulaire de l’abbaye de St-Victor de Marseille, nos 32, 843, 844, 450 et 971.

6 Cartulaire de l’abbaye de St-Vicior de Marseille, no 157

7 Il est impossible d’étudier l’histoire ancienne de la Provence sans avoir recours à la magistrale étude de M. de Manteyer, La Provence du Premier au Douzième siècle.

8 Plumassa a complètement disparu.

9 Archives départementales des Bouches-du-Rhône, B. 5, fa 227.

10 Bulletin de la Société etc. du département du Var, 1849, p. 166.

11 En 1308, l’inventaire des biens des Templiers à Ollioules fut dressé. (Archives des Bouches-du-Rhône, B. 433). Avaient-ils des droits à Sanary ?

12 Coll. de documents inédits. etc., Mélanges historiques, etc., t. IV, p. 641-2.

13 Espèce de casque.

14 Variétés de cuirasses.

15 Anselme Ferri vendit, en 1237, au comte de Provence les terres de la Cadière et de Six-Fours (Archives, des Bouches-du-Rhone, B. 328). Ne posséda-t-il rien à Sanary ?

16 Cette branche de la maison de Vintimille prit le nom de Marseille à la suite de cet héritage. Selon Robert de Briançon. ce Bertrand, grand oncle du fils de Boniface, était frère de Sybille d’Evenos. C’est de son héritier Bertrand que sont issus les Vintimille qui se qualifièrent « de Marseille, des comtes de Vintimille », des comtes de Marseille ». (L’état de la Provence dans sa noblesse.

17 De Juigné, Ilist. de la maison de Villeneuve en Provence, t. III, p. 216.

18 Hist. de la principale noblesse de Provence, Ire partie, p. 283, et 2e partie, p. 37-8.

19 Promenade,.. etc., p. 113-4.

20 Garcin, Dictionnaire, etc., p. 251-2. — Meyer, Promenade sur le chemin de fer de Marseille à Toulon. p. II4. — Brun, Histoire de St-Nazaire, p. 33.

21 R.V.C., Essai sur la population des taillabilités du Dauphiné d’après les mémoires des intendants (1698-1762), passim.

22 Cf. la vie aventureuse de ce capitaine, notamment dans Denis, Chronique et traditions provençales, ire livr., p. XXVIII, et [quelques notes sur sa famille, dansTeissier, Hist. de Bandol, p. 8 et s.

23 Lambert, Histoire des guerres de religion cii Provence (1530-1 598), t. II, p. 77

24 Garcin, o. p. I., p. 252 — Meyer, o. p. I., p. 114 — Brun, o. p. l.; p. 34 et s…

25Registre des délibérations

26 Ce capitaine aurait perdu un bras au cours de la lutte soutenue par les habitants à la tête desquels il se trouvait, contre la flotte anglo-sarde et le canon aurait été tiré de la plate-forme de la tour. Cf Sènes, Provençaux, Notes biographiques, ira série, p. 267 et s. Noyon, Statistique, etc., du Var, p. 525. — Achard, Dictionnaire, etc., Vo St-Nazaire. — Garcin, o. p.. I., p. 252. — Meyer, o. p. I., p. 116, etc.

27 Reçus des 5 août, 7 août et 10 septembre 1707. (Archives de Sanary).

28 Mêmes archives. A. A. 1-10, Lettre du 15 décembre 1682. Charles 1 d’Agoult épousa le 20 février 1619 Blanche d’Autric de Vintimille, fille de Gaspard et de Françoise de Simiane-la-Coste. Son fils Hecror 1 fut conseiller au parlement de Grenoble, devint baron par l’achat de la baronnie de Montmaur de la maison de Flotte, épousa Uranie de Calignon et testa le 22 janvier 1680, Le date de son décès n était pas connue (Géizéaloffi de la maison d’Agoult), in (i s. 1. 11. n. n. d., se trouvant aux archives de la Drôme, ] XIX et XX) Cf, aussi Pilot, Parlement de Gre noble, etc.. p. 104. La Seigneurie de Sanary ne demeura pas longtemps aux mains de la maison d’Agoult, car le curé célébra en 1717 un service pour le repos de l’âme de François de Vintimille, décédé à Paris, en qualité de seigneur du lieu.

29 Registre des délibérations f° 388.

30 Dans son Essai sur l’histoire de Provence, Bouche ne cite pas le capitaine de vaisseau de Don ou Dedons au nombre des provençaux célèbres. La famille savoisienne Lalard de Pierrefeu à laquelle je suis apparenté par le mariage d’Antelme Latard de Pierrefeu avec Louise Pinet de Manteyer, décédée en 1912, n’a aucun rapport avec Pierrefeu (Var). Cf encore Artefeuil Hist. héroïque et universelle de la noblesse de Provence, t. I.p. 309 et s., l’ouvrage complet, passim et t. IV, p. 57. Si l’on se reporte à Pithon-Curt, on constate l’existence d’une maison à nom analogue, Doni, puis de Donis, sans rapport avec celle qui nous occupe. Enfin la première famille de Pierrefeu subsistait encore sous François 1er, (Archives des B.-du-Rhône, B. 30).

31 Registre des mariages, fos 466-467.

32 Archives de Sanary, 13.

33 Registre des délibérations, fos 281, 296, 3°1 et 347.

34 Circulaire préfectorale du 12 juin 1809 (Var).

35 Archives de Sanary, No 2.

36 Cf. aussi le Registre des délibérations de l’an XI fus 259.

37 Non commune aujourd’hui et formant une forêt bien connue. Le monastère de ce lieu est cité en 1217-1218 (Achives des B.-du-Rkône, B. 310). Cf. les Notices hist. et stat. sur les anciennes chartreuses de N.-D. de Laverne et de Montrieux (Bult. trim.etc. du Var. 1839. Nos 3 et 4, p. 73).

38Date certainement fausse

39 Avec le sens de débarquement

40 Selon des Mémoires relatifs à la reconnaissance des limites de la seigneurie de Brégançon,les terres, gastes, vaines ou vagues connues sous le nom des Maures d’Hyères furent annexées au terroir de cette ville antérieurement à 1566 et l’on pourra lire dans ces études de curieux détails sur ces terres gastes (Mètn. Rouard, p. 26; Mém. de la partie adverse, p. 69 et s). L’attention de l’assemblée administrative du Var avait été attirée en 1790, « sur les Maures, sous le plus beau climat, terres immenses couvertes de pins et de cistes, tandis que l’olivier, la vigne et le châtaignier pourraient les embellir ». Ces terres incultes d’après le procès-verbal appartenaient presque généralement à des seigneurs ou à des communautés (Procès-verbal etc. p. 134 et s.) C’est la première fois, semble-t-il, que les terres gastes sont étudiées en détail.

41 La date du 11 décembre 1507 est parfois donnée « dominos in solidum ejusdem Turris universitatem et particulares homines Turris de Olliolis ».

42 Mêmes archives N° 2

43 Martel rédigea à Toulon un très curieux mémoire non imprimé au sujet des droits d’usage de la commune de St-Nazaire et de ses habitants. (Mêmes archives et série).

44 Acquise par Antoine Soleillet le 24 brumaire an 5 de l’administration centrale du Var au prix de 3.234 francs payés en mandat territoriaux, cette forêt contenait 342, 936 toises.

45Registre des délibérations, fo8 91 et x26,

46 Ce maire mérite une mention spéciale à raison de l’énergie déployée par lui pour parvenir à la capture d’un corsaire près de l’île des Rouvaux (floréal an IX)

47 La date avait été laissée en blanc.

48 Acte Hermitte notaire à Sanary, du 17 ventose an 7.

49 Registre des délibérations, fo 377.

50 Registre des délibérations, fo 432.

51 Registre des délibérations de l’an XII. folio 292.

52 Ibid, fo5 9 et 22. D’après l’état de 1819, les contenances respectives étaient de 5,50 et 25 arpents I¡2.

53 Registre des délibérations, folios 102, 108, 130, etc.

54 Ibid, folios 70 et 156.

55 Cf. aussi celle du 2 avril 1703.

56 Des terres gastes existaient également à Six-Fours, à Ansouis et sur les côtes de la Provence, en général.

57 Archives des Bouches-du-Rhône B42, folios LU et s. (Recestrum Perdicis etc.)

58 Mêmes archives, B41, folios XLIX et s. Cf. en général Denis et Chassinat,

Hyères ancien et moderne, p. 71, 187 et s. Le texte donné par ces auteurs est inexact.

59 R. V. C. Essai sur la population des taillalilitès du Dauphiné d’après les mémoires des intendants (1698-1762), passim.

60 Cf. Barthélémy, Inventaire etc. de la maison de Baux

61 Cf. La confrérie de ta terre-sainte Trinité et rédemption des captifs de valence, Viret, s. d., in-12, 120 p. Cet opuscule a vu le jour à la fin de l’ancien régime.

62 Moreau de Beaumont, Mémoire concernant les impositions en Europe, t. II.p. 2-3.

63 Teissier, Histoire de Toulon etc., p. 4. Ces événements eurent lieu notamment

en 1178 et en 1197.

64 L’ordonnance d’août 1681 permit aux femmes de s’obliger pour payer la rançon de leur mari et les tirer d’esclavage (Guyot, Répertoire etc. t. VII p. 7

65 D après la tradition, lorsqu’un pirate tombait vivant entre les mains des provençaux, il était purement et simplement décapité. Sa tête était clouée à l’une des portes du lieu le plus voisin et au besoin à la première porte venue. Cet usage était également observé pour les oiseaux de proie, avec une arrière-pensée superstieuse.

66 Privilèges et franchises de Villeneuve-les-Avignon au moyen-âge, p. 13.

67 La singulière affaire du corsaire d’Alger, coulé bas aux îles d’Hyères par un vaisseau napolitain, peu après la capture par ce corsaire de 2 bâtiments génois, Brun, Guerres maritimes de la France, etc., t. Il. p. 155).

68 Renseignements dus à l’obligeance de M. Busquet, archiviste des Bouches-

du-Rhône).

69 De Maynier, Op. 1. 2e partie, p. 105.

70 Cf. Barthélémy, Op, 1. P,zssiin et Pithoa-Curt, Hist. de la noblesse, etc. passim

71 En 1821, l’exportation se réduisit aux vins, à cause de la mortalité des oliviers.

72 Cf. la délibération du 26 pluviose an XIII.

73 Projet de 1815 relatif aux quais.

74 En l ‘an XIII, d urgentes réparations au grand môle sont encore mentionnées.

75 Le devis s’éleva à 2.275 francs.

76 Les règlements de la police des ports de Bandol, Cannes et la Seyne ont été imprimés en 1845 à Draguignan par Bernard et celui de la police du port d’Antibes l’a été l’année suivante par le même.

77 Archives de Sanarv, série O.

78 10 à 20 centimètres.

79 Un navire en relâche dans le port de Bandol, à cause du mauvais temps, y avait fait naufrage.

80V ers 1896 une tempête éclata avec une telle violence. le 24 décembre, que les vagues couvrirent ce môle. Elle aurait duré de 4 heures de l’après-midi à minuit.

81 Noyon, Stat. du département du Var, p. 39. L’édition de 1846 fut vendue au prix de 16 francs et l’auteur étant conseiller de préfecture, la souscription à cet ouvrage fut imposée à chaque commune (Archives de Sanary).

82 Archives de Sanary, série O

83 Procès-verbal de l’assemblée, etc , p. 331-2 et 164.

84 Cf Lentheric, La Provence maritime ancienne et moderne etc., p. 193 et s. Ardouin-Duinazet, Voyage en France, Provence Maritime t. L, p. 261 et s.

85 Les textes montrent en 1793 la formule : rade du Brusc, côté du canton de Six-Fours, golfe du canton de Sanary.

86 Les navettes destinées au raccommodage des filets, coûtent neuves 25 cent. Elles sont en os, buis ou noyer. Le salaire moyen des raccommodeuses de filet ne dépasse pas 1 fr. 50 par jour.

87 Filet à 3 mailles.

88Plus tard (1782), un autre Granet fut officier auxiliaire à Toulon

89Il épousa Françoise Bernard. Leur fille Geneviève-Françoise eut pour parrain André Granet et pour marraine Jeanne de Flotte, fille de messire Jean-Baptiste (1759).

90Peut-être une erreur sur le nom Lautier, note OT

91Étaient compris sous ce nom, ceux dont la profession était de conduire les bateaux

92 R. V. C. Notes sur le mandement de Crussol au XVI• et au XVII- siècles passim.

93 L’amiral de- Crasse, de la branche de Tilly, est né à Ru-sur-Loup. Il avait de nombreuses attaches en Provence (Gén. p. 305 et s.)

94 D’ailleurs, dès que la guerre de l’indépendance battit son plein, des provençaux portèrent secours aux insurgents.

95. Victor Hugo, Le chant de ceux qui s’en vont sur mer

96 Il laissa 9 enfants, dont un capitaine de la marine marchande, un rei et un second rei de la madrague du Brusc. La dernière représentante de cette ancienne famille du pays Emma Coulomb, veuve Daniel, est toujours en vie. (1912). Elle a des filles et un fils, patron-pêcheur, dont le concours m’a été utile. Joseph-Louis habitait une maison, à côté des chantiers de construction, au quartier du Levant.

97 La déclaration a été datée par erreur de 1786 (Archives de Sanary. I2).

98 Renseignements fournis par l’émérite M. Théodore Rouden, ancien contre-maître charpentier de la marine.

99 Archives de Sanary, série O.

100 Inventaire sommaire des archives communales, etc., BB, t. 1, p. 212.

101 Je profite volontiers de I occasion pour témoigner publiquement ma reconnaissance à M. Mary-Lasserre, l’excellent conservateur de la Bibliothèque de Toulon, dont l’obligeance est sans bornes pour les chercheurs qui lui sont redevables d’un excellent catalogue, merveilleux instrument de travail. La compétence de M. Raibaud, bibliothécaire-adjoint, m’a été très utile.

102 Hist. de la dernière peste de Marseille. etc., p. 193.

103 Relation de la Peste dont la ville de Toulon fut affligée en 1721, etc. Imprimée à Paris en 1756, elle est devenue fort rare et a été réimprimée en 1820 dans Pièces historiques sur la peste de Marseille et d’une partie de la Provence en 1720, 1721 et 1722, t. II, 2e partie, p. 201 et s.

104 Elle fut ensevelie le même jour.

105 L’un d’eux mourut de la peste au Levant, comme on l’a vu.

106 L’épidémie fut surtout grave aux mois d’avril et de mai. Les familles prolifiques et composées de 6 enfants au moins ont toujours constitué une exception. La famille Bernard, encore plus nombreuse que la famille Flotte, avait donné son nom à une rue, la rue des Bernards, devenue la rue Barthélemy de Don.La population cosmopolite fréquentant la station hivernale et estivale de Sanary

107 Sanary fut à l’abri du choléra en 1884. Un seul cas se produisit et concerna un étranger. Quantité de toulonnais y trouvèrent un refuge assuré. En 1835, 7 décès seulement.

108 Les années 1694 à 1696 donnèrent à Sanary 154 décès et 143 baptêmes ; les années 1708 à 1711 fournirent 220 décès et 143 baptêmes; les années 1718 à 1721 virent 250 décès et 195 baptêmes. Le maximum des morts fut atteint en 1710 (82) et celui des naissances en 1720 (53), Les minima correspondants furent respectivement de 37 (1709) et de 31 (1710).

109 J’ai compté pour 1694 les nombres respectifs de 47, 18 et 50 (sépultures).

110 Pour être complet, relevons encore 9° ans en 1738 et 1783, 95 ans en 1730 et 1782.

111 Registre des délibérations de l’an X, fo 142.

112 Joseph Giraud, docteur en médecine, témoin à un mariage (1705), était étranger à Sanary.

113 Malgré l’apparence contraire, plusieurs chirurgiens coexistaient simultanément. En 1757, Aycard était le collègue de Roustan. Ce dernier était du reste si peu occupé qu’il était en même temps viguier de Sanary, Ajoutons pour finir Decugis (1740), Icard (1759), Coulomb (1783) et Roustan (1788).

114 En 1792, le docteur Andrieu habitait cette localité.

115 Bulletin des lois de la République, n° 188 (Loi du 10 vendémiaire ail III,)

116 Cf. le Cat. des plantes indigènes des environs de Toulon par. lettres alphabétiques d’après la flore française, s. 1. n. d., in-4°, 8 p. — Cf. aussi GUHIIDAN, Manuel des cultures pour la Provence et le midi .de la France, passim.

117 On peut consulter, au sujet de l’état de la culture au milieu du XIXe siècle, l’étude de Pellicot intitulée Ds la culture telle qu’elle existe^aux environs de Toulon (Bulletin de la Société etc. du département du Var, l840, p. 266).

118 Les documents du XVIIIe siècle citent de-ci de-là la destruction de bêtes « féroces »

119 Pour le poisson et le gibier, cf. MEYER, Op. p. 21 et s. Cf. aussi RIMBAUD, De la pêche côtière de la France, etc. L’auteur a consacré un chapitre aux espèces de poissons ayant diminué ou disparu complètement » dans le golfe de Marseille et dans la baie de Toulon.

120 Au sujet du Brusc, cf. PAUL, Le Brusq (Revue de Provence, 1902, p. 107, etc.).

121 Celte peinture est bien supérieure à celle de l’ancien hôtel de la Tour.

122 Pour la viabilité d’autrefois, cf. ACHARD, Dictionnaire de la Provence, t. II, p. 318 et s, mon étude Sanary et le siège 4e Toulon. et Brun, Op. I., p. 48 et s. La municipalité fit réparer le chemin du Mortier en 1789.

123 Une délibération du 28 septembre 18go attribua au quai Victor-Hugo la dénomination quai Michel-Pacha. Par modestie, ce dernier refusa cet honneur. En même temps, la rue du Repos et parfois du Bonrepos rappelant un ancien cimetière, devint la rue Gaillard en souvenir d’un bienfaiteur des temps passés.

124 L’expression locale était « le tombeau de la grande nef »

125 Cf la même registre (délibération du 26 avril 1711).

126 Registre des délibérations, fos 135, 198 et 256.

127 Un oratoire se trouve près de l’emplacement de cette chapelle.

128 Au XVIIIe siècle, une fontaine ornait la place de la Fontaine, située devant l’auditoire de justice.

129 Cf. le Cat. des plantes indigènes des environs de Toulon par lettres alphabétiques d’après la flore française, s. 1. n. d., in-40, 8 p. — Cf aussi Gueidan, Manuel des cultures pour la Provence et le Midi de la France, passim.

130 On peut consulter, au sujet de l’état de la culture au milieu du XIXe siècle, l’étude de Pellicot intitulée, De la culture telle qu’elle existe aux environs de Toulon (Bulletin de la Société, etc., du département du Var, 1840, p. 266).

131 Almanach de Provence pour l’année de grâce mil sept cent soixante-dix (mention au VU du titre). Cet almanach ne donne pas les foires de Sanary.

132 La tempête des 25-26 décembre 1821 fut effroyable.

133 On peut consulter à l’occasion au sujet de la flore de Sanary, Albert et Reynier, Coup d’œil sur la flore de Toulon et d’Hyères. Cet ouvrage relativement récent a paru en I891.

134 Inventaire Sommaire des archives de Marseille, A. A” p. 14 et 16 et divers travaux d’érudits tels que celui de M. Portal, auteur de La République Marseillaise du XIIIe siècle (1200-1263) p. 112.

135 L’ « avancement » du quai en face de la douane, a été effectué grâce à la somme de 4.000 francs remise par Mme Michel, née Deprat, conformément à la promesse de son mari.

136 Thérèse de Bérulle, de la grande famille de ce nom et sous-prieure du monastère St-Barthélemy d’Aix fut créancière de Sanary 11697) sans avoir d’autres attaches en ce lieu.

Un terminal pétrolier à Sanary

Le 1er avril 1911, monsieur Pluche qui représentait la société Pluche et Cie (siège à Paris dans le 9ème arrondissement), demanda à monsieur le Préfet du Var l’autorisation de créer un terminal pétrolier à Sanary.

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L’entrepôt pétrolier était prévu sur la commune d’Ollioules à proximité de la Gare.

M Pluche souhaitait implanter ce terminal contre la jetée est (actuellement la maison du tourisme).

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Les navires citernes en fer accosteraient sur ce quai et des pompes à vapeur refouleraient le pétrole par oléoduc vers l’entrepôt d’Ollioules.

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Le 7 mai 1911, le conseil municipal de Sanary rejeta à l’unanimité ce projet. Les arguments de la ville :

  1. Risque de pollution ce qui nuirait aux pêcheurs
  2. Aucun avantage ni bénéfice pour la commune
  3. Danger pour la population : risque d’explosion

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Le 17 avril 1911,  le maire Grondona organisa une réunion publique. La pétition des habitants comportait 700 signatures contre cette implantation pétrolière.

Le 26 juin 1911, la Chambre de commerce de Toulon donna un avis défavorable au projet (10 voix contre une). Les arguments de la Chambre :

  1. Sanary est une station hivernale et estivale. Une telle installation portuaire nuirait au développement économique
  2. Ce terminal peut être installé dans d’autres ports limitrophes (La Seyne)

La préfecture du Var interrogea M Pluche sur son projet. Les pompes à vapeur seraient installées dans un bâtiment à construire sur pilotis. M Pluche précisa que le volume du chargement moyen était de 300 tonnes et que chaque débarquement durait 6 heures.

M Chauve, ingénieur des ponts et Chaussées, refusa l’autorisation le 22 décembre 1911. Son argument consistait essentiellement dans le risque pour la population. L’ingénieur mentionna dans son rapport au Préfet : “le terre-plein [situé à proximité] , planté de palmiers, constitue une des promenades les plus fréquentées et les plus agréables de la ville de Sanary“. Il rajouta : “la ville est en développement croissant, c’est une station estivale et hivernale qui progresse chaque année et qui devient de plus en plus fréquentée par les étrangers“.

Monsieur le Préfet du Var enterra définitivement ce projet de terminal pétrolier.

Olivier Thomas septembre 2015

Les hôtels sanaryens du début du XXème siècle

Les hôtels sanaryens du début du XXème siècle
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