Découverte d’un cimetière romain à Portissol en 1882

Extraits du quotidien Le Petit Var :

Saint-Nazaire

un cimetière romain

11 janvier 1882

Les pluies dernières et la grosse mer, qui ont fait ébranler une partie des terres argileuses qui se trouvent à la pointe de Port-Issol, à cinq minutes du village de Saint-Nazaire, ont mis à découvert des sépultures antiques ; ce sont des tombeaux primitifs de l’époque romaine, composés de deux larges briques faîtières recouvrant des restes humains.

Ces briques mesurent environ 40 centimètres de large sur 60 ou 65 centimètres de long, avec un rebord en saillie, et sont presque intactes ; mais les ossements qu’elles protégeaient sont tellement calcinés par le temps, qu’ils tombent en poussière au moindre contact.

Ces tombaux sont absolument semblables à ceux qu’on a déjà découvert à différentes époques sur ce point du littoral et qui contenaient des monnaies de bronze. Du reste, les fondements d’un quai, qui paraissent encore sous l’eau, la quantité considérable de fragments de poterie et les médailles d’Adrien, de Vespasien et d’autres du bas-empire qu’on y trouve très fréquemment, prouvent d’une manière incontestable l’occupation de ce lien par les Romains.

Si les fouilles que l’on se propose de faire cet endroit, donnent quelques résultats intéressants pour l’archéologie, nous tiendrons nos lecteurs au courant des nouvelles découvertes.

Saint-Nazaire

Les antiquités de Port-Issol

16 janvier 1882

nous avons dit, dans un précédent numéro, que d’importantes découvertes de sépultures romaines avaient été faites aux environs de Saint-Nazaire. Les fouilles continuent et donnent d’heureux résultats. jeudi dernier, 12 janvier, dans al matinée, deux personnes de notre localité, M Moutton, instituteur adjoint, et M Guichard, se sont rendus au bord de mer, dans la baie de Port-Issol située à un kilomètre du village.

Munis des outils nécessaires, ils ont pratiqué des fouilles dans un lieu escarpé que M Moutton avait remarqué la veille et qui lui paru recouvrir une tombe gallo-romaine. Ses prévisions n’ont pas été déçues et nos deux chercheurs ont pu, après deux heures de travail, constater la présence d’un vieux tombeau, et de plus de retirer le crane et les principaux os d’un squelette romain.

Ces dépouilles, apportées par eux à Saint-Nazaire, ont été visitées par un grand nombre de personnes.

Les briques romaines, plates et à rebords, qui formaient la sépulture, portaient à leur centre la marque de fabrique MAR ou MARI, la dernière lettre ne pouvait bien se distinguer.

Trois fragments de fer travaillé, dont deux semblent être les restes d’un poignard, ont été retirés aussi du tombeau gallo-romain.

La chair adhérait encore à tous les os. Elle se présentait sous la forme d’une mousse fibreuse, et avait de l’analogie avec le vieux feutre pourri.

Saint-Nazaire

Les tombeau gallo-romain de Port-Issol

19 janvier 1882

Dimanche matin, 15 janvier, plusieurs personnes munies des instruments nécessaires pour faire des fouilles, se rendaient encore à Port-Issol, où ont déjà eu lieu les découvertes que nous avons rapportées.

Après un examen attentif des lieux et quelques légers coups de pioche donnés de part et d’autre, on a pu constater la présence d’un grand nombre de tombeaux romains ; une vingtaine, au moins, apparaissent à fleur du sol, par une ou plusieurs parties ; deux seulement ont été fouillées.

De la première tombe, découverte et visitée jeudi dernier par MM. Moutton et Guichard, on a encore retiré deux larges briques tumulaires à rebord, portant intact le nom de fabrique MARI imprimé en creux au milieu de plusieurs cercles concentriques, et deux urnes lacrymatoires parfaitement conservées , mais dont les goulots ont été brisés en partie en les enlevant , malgré toutes les précautions prises. On sait que les vases de cette espèce contenaient les baumes dont on arrosait le corps du défunt. On a encore trouvé quelques débris de fer oxydé qui paraissent avoir appartenu à une arme, mais dans un tel état de vétusté qu’il est impossible de reconnaître si c’était un poignard, une épée ou tout autre instrument.

Du deuxième tombeau, distant d’environ 150 à 200 mètres du premier, on n’a retiré que des briques à rebords, toujours très grandes, et d’un modèle particulier. Elles portent des entailles qui permettent de les assembler par le haut, et qui les empêchent de tomber sur le corps qu’elles recouvrent. Les ossements que renfermait ce dernier tombeau étaient réduits en poussière blanchâtre. il n’y avait là point d’urne, ni de monnaie, ni aucun de ces objets qu’on trouver ordinairement dans les sépultures antiques. Cette tombe est environnée de toutes parts de sépultures semblables que le peu de temps, dont on disposait pour les fouilles, n’a pas permis de visiter ; c’était peut-être là une fosse commune, et voilà ce qui expliquerait l’absence de tous autres objets.

Dans tous les cas, le fait matériel, indiscutable, qui ressort de cette découverte, et que nous tenons à signaler, est celui-ci : il existe à Port-Issol un cimetière romain très important, qui mérite d’être visité par les savants et particulièrement par les archéologues. En y faisant des fouilles méthodiques et bien dirigées, on y trouvera, nous en sommes certains, une foule d’objets précieux pour la science et pour l’histoire de la localité.

Chacun peut voir les urnes lacrymatoires trouvées dans le tombeau gallo-romain de Port-Issol, elles sont exposées dans la vitrine de M Michel, papetier et graveur, rue d’Alger à Toulon

Les commentaires sont fermés.