Une étape dans l’indépendance de Sanary

Retranscription d’une lettre manuscrite en vieux français. Les habitants du bourg de Saint-Nazaire demandent en 1669 au roi leur indépendance. L’indépendance fut accordée le 10 juillet 1688.

LE DUC DE BEAUFORT A COLBERT.
A Toulon, le 1. de juin 1669.

Je n’ay pu refuser aux instantes prières des habitans de Sannary d’aller visiter leur port et de leur faire expédier par escrit une déclaration de la manière que j’ay trouvé les lieux disposez. Il est certain qu’il s’y en peut faire un beau et bon, et avec peu de despense, n’y ayant qu’à le restablir dans l’estat où il a esté autrefois. Ceux du bourg se chargeroient volontiers de la despense nécessaire pour cela, si ceux d’0llioules, dont ils dépendent, vouloient consentir qu’ils se détachassent de leur communauté pour faire corps à part, comme d’autres de leurs voisins ont faict, qui se sont accrus depuis peu d’années. Je ne puis pas entrer dans ce particulier. Je ne vous en escris, Mgr, que par l’affection que j’ay pour nostre marine, qui me fait souhaiter au roy plusieurs endroitz où mettre ses navires en seurté et ses galères. Je me remets du surplus à votre prudence.

Le placet suivant était joint à la lettre :

Les habitans de Saint-Nazaire, vulgairement nommé Sannary en Provence, ont grand intérest de faire connoistre à V. Gr. que les récusations qu’eux et le sieur baron de Touruel ont proposé contre les sieurs d’Oppède et évesque de Marseille sont justes et légitimes, en ce que lesdits sieurs commissaires, après avoir déclaré de vonloir s’abstenir de la connoissance des différends qui sont entre lesdits habitons et ceux d’0llioules, ils n’ont pu entre commis ni donner leurs advis sur la séparation que Ies supplions demandoient pour avoir la liberté de construire un port audit lieu de Saint-Nazaire; lesquels avis estant contraires aux justes prétentions des suplians, ils ont suplié M. le duc de Beaufort de faire descente sur les lieux, lequel a fait voir, visiter et sonder en sa présence le port dudit Sannary, et l’a trouvé d’une situation favorable pour le facilité du commerce et seureté de l’armée e elle, ainsy qu’il l’a certiffié par son avis dont la copie est cy-jointe, par laquelle V. Gr. verra que le report de ce lieu est tout autre que celuy qui vous en a esté fait par lesdits sieurs commissaires récusez par les suplians, en sorte que V. Gr. jugera nécessaire que ledit port soit de nouveau veu, visité et sondé par tels commissaires non suspects qu’il vous plairra commettre, pour en conséquence estre permis aux suplians de restablir ledit port, ainsy qu’ils offrent faire à leurs frais, en les séparant de ladite communauté d’Olioulles, dont l’union donne lieu à toutes lesdites contestations, lesquelles seroient terminées par une séparation, si mieux n’ayme V. Gr., en jugeant dez à présent leurs offres raisonnables, leur permettre de se pourvoir par raison dé ce au conseil privé, oit il vous plairra d’en faire le renvoy au bas du pré-sent placet.

 

 

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